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Aux Olympiques, le camp du NON devrait rendre sa médaille d'or
Québec - Réticent jusqu'à lundi à l'égard
de la thèse du «référendum volé»,
l'ancien conseiller péquiste Jean-François Lisée
dit maintenant que «le scandale d'Option Canada nous force à
remettre en question la crédibilité du résultat de
la consultation de 1995», a-t-il confié au Devoir hier.
«Si on était aux Olympiques, on retirerait la médaille
d'or au camp du NON», a déclaré l'ancien journaliste,
maintenant directeur du CERIUM, un centre de recherche sur les relations
internationales à l'Université de Montréal. S'il
avait obtenu ces informations dans les deux années qui ont suivi
le référendum, le 30 octobre 1995, alors qu'il était
conseiller de Lucien Bouchard, M. Lisée affirme qu'il aurait «soulevé
l'hypothèse d'une reprise immédiate du vote». Avant la sortie du livre de Lester, lundi, M. Lisée raconte qu'il
n'avait jamais été «de ceux qui soutenaient que le
résultat référendaire avait été vicié
de façon certaine par le fédéral». Même
que dans Sortie de secours (Boréal), son livre-choc publié
en 2000, il avait tenté d'évaluer combien d'électeurs
supplémentaires le NON avait pu obtenir grâce à l'opération
«d'accélération de la délivrance des certificats
de citoyenneté». Au terme de l'exercice, il avait conclu
que la marge du NON aurait certes été réduite, mais
pas suffisamment pour entraîner la victoire du OUI. Sauf qu'aujourd'hui, avec les allégations de Lester et Philpot,
le portrait semble modifié. Il note que «l'on est plutôt
poli en disant que ce sont des allégations parce que les documents
sont du domaine public et semblent absolument probants». Tout porte
à croire donc que des dépenses considérables ont
été faites pendant la campagne référendaire
de 1995 pour augmenter l'impact publicitaire et organisationnel du camp
du NON, «en contravention des plafonds de dépenses fixés». Le fait qu'un camp ait plus d'argent que l'autre a-t-il une importance?
Le chef adéquiste, Mario Dumont, a répondu par la négative
hier. Soulignant qu'on parlait «à peu près juste de
cette question depuis un an», M. Dumont s'est dit incapable de se
convaincre «que les gens ne savaient pas ce qu'ils faisaient [lorsqu'ils
ont voté] et qu'ils ont été influencés par
une seule campagne de publicité ou par une commandite». De
même, l'éditorialiste de La Presse, André Pratte,
écrivait mercredi que «les écarts n'ont pas conféré
au camp du NON un avantage perceptible en termes d'affichage ou de publicité». M. Lisée réfute ces interprétations et cite en appui
la Cour suprême du Canada. En 1997, dans l'arrêt Libman, elle
affirmait que «la limitation de ces dépenses est primordiale
pour préserver l'équilibre des moyens financiers et pour
garantir le caractère juste et équitable de la consultation
populaire». Aussi, il y avait selon elle nécessité
«d'empêcher une distribution inégale des ressources
financières entre les options» car cela «saperait l'équité
du processus référendaire». Autrement dit, plaide
Lisée, la justesse et l'équité du processus dépendent
du respect des plafonds. «Donc, l'irrespect des plafonds de façon
significative met en cause le résultat.» Pour M. Lisée, cela ne devrait «en aucun cas» entraîner
une annulation du résultat de 1995 ou même une «obligation
légale de tenir une nouvelle consultation». Non, «nous
ne sommes pas aux Olympiques!». Mais il devient cependant «plus
difficile qu'avant» de prétendre que cette question-là
a été réglée en 1995, soutient-il. Et il est
donc normal, dans ces circonstances, que dans l'opinion on refuse moins
la tenue d'un autre référendum, argue-t-il. «Il y
a à peu près deux ans, trois Québécois sur
quatre ne voulaient pas d'un nouveau référendum. Récemment,
il n'était plus qu'un sur deux.» Un cas à la Enron Par ailleurs, Jean-François Lisée considère qu'une
enquête publique s'impose pour permettre à tous les acteurs
de l'affaire de s'exprimer. Il compare la situation en 1995 de Jean Charest,
vice-président du camp du NON, et de Daniel Johnson, président
du même camp, aux dirigeants de grandes entreprises comme Enron,
aux prises avec des problèmes de gouvernance. «Ils ont dirigé
une organisation, le Comité du NON, qui a profité d'entrées
de fonds probablement illégales. Peut-être ne le savaient-ils
pas, peut-être le savaient-ils. Mais comme pour un président
de compagnie dont une filiale a commis un acte illégal, on doit
leur poser certaines questions: pourquoi ne le saviez-vous pas? Qu'avez-vous
fait pour le savoir? Avez-vous instauré des mesures normales pour
savoir ces choses-là et les rectifier? Avez-vous fait en sorte
que vous ne vouliez pas le savoir? Peut-être qu'ils ont de bonne
réponses.»
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