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Avant de dire quoi que ce soit sur André Boisclair, il faut dire
ce qu'il n'est pas. Il n'est pas René Lévesque. Lévesque
était courbé, hésitant, habillé à la
va-vite. Boisclair se tient droit, ses phrases ont un début, un
milieu et une fin. Son budget vestimentaire est à l'évidence
considérable.
Il n'est pas Jacques Parizeau, qui portait la colère de la génération
ayant arraché chaque mètre de pouvoir francophone à
l'establishment anglophone. Boisclair livre un discours positif, nullement
revanchard, débarrassé (trop ?) du poids du passé. Il n'est pas Lucien Bouchard. On sentait Bouchard janséniste,
socialement conservateur, issu d'un Québec désargenté,
accablé par les malheurs de son peuple, anciens, actuels et - les
huissiers sont à la porte ! - à venir. Boisclair sort tout
droit du Québec nouveau, sûr de lui, du Québec qui
réussit et qui profite - parfois à l'excès - des
plaisirs de la vie. Les Québécois de 2005 ont, comme moi, estime et affection
pour ces leaders, qui ont de nombreuses qualité auxquelles André
Boisclair ne peut prétendre. Cependant les membres électeurs
du PQ et les citoyens, en réponse aux sondeurs, disent qu'ils veulent
quelqu'un d'autre. Jeune et nouveau, certes. Différent, surtout.
Quelqu'un qui incarne le présent et le chemin à parcourir
plutôt que le chemin parcouru. Ils avaient donné ce signal dès 2002, flirtant avec Mario
Dumont avant d'en être désenchantés. Ils l'ont donné
encore en 2003 alors que, satisfaits des politiques du gouvernement de
Bernard Landry, ils voulaient changer les têtes. Ils se sont retrouvés
avec un Jean Charest de méchante humeur, malheureux dans sa peau,
voulant être ailleurs. (André Boisclair gagne beaucoup de
n'être pas Jean Charest.) Je ne parle pas de programme mais de personnalité. Boisclair n'est
pas bien défini, au plan des idées. Défenseur d'un
programme social-démocrate, il envoie des signaux de centre et
de centre droite. À quoi tient-il vraiment ? Trop tôt pour
le dire. Le sait-il lui-même vraiment ? De ce flou se dégage,
comme chez le Tony Blair pré-Irak, une approche non-idéologique,
pragmatique, à juger sur pièces. Voilà pourquoi des
gens aux approches diverses investissent Boisclair de leurs espoirs. Cela
durera jusqu'à ce qu'il doive trancher. Mais, j'y tiens, le choix de ce chef est stylistique. Comme le Canada
choisissait en 1968 un Pierre Trudeau non représentatif de la société
telle qu'elle était, mais de la société telle qu'elle
voulait être, le Québec de 2005 veut se renvoyer l'image
d'André Boisclair. Celle d'un Québec décomplexé,
déchargé d'une partie de ses épuisants démons.
Un Québec sérieux et appliqué, mais moins grave,
plus léger. Il y a, chez Boisclair et dans le choix de Boisclair,
un goût, une soif, une illusion peut-être, de liberté. Cela va-t-il tenir ? Cela dépend de lui. De l'homme derrière
l'image. De son habileté et de son intelligence. Il était
épatant d'entendre le ministre Jacques Dupuis comparer la popularité
de M. Boisclair à celle dont jouissait Jean Charest lors de son
arrivée au PLQ en 1998. Il paraissait invincible. Six mois plus
tard, on ne donnait pas cher de sa peau. M. Boisclair ne deviendra-t-il
pas rapidement aussi impopulaire que mon chef, demandait-t-il en des mots
à peine moins crus ? Peut-être. Mais contrairement au Charest échouant à
son test d'entrée en politique québécoise en 1998,
le Boisclair de 2005 a traversé avec succès sa première
épreuve. La course a donné à ses supporters trois
raisons de se détourner de lui. Les aveux sur la cocaïne mettaient
en doute la qualité de son jugement. Puis la controverse, entretenue
par ses adversaires, illustrait le risque permanent que fait courir à
Boisclair cet écart et les rumeurs qu'il charrie. Les membres du
PQ et l'opinion ont jugé et maintenu leur appui. Finalement, est apparu un véritable choix de remplacement. Pauline
Marois a su s'imposer comme une candidate vigoureuse, bénéficiant
d'appuis grandissants et d'une assurance décuplée. En fin
de campagne, elle était devenue redoutable. Les membres et l'opinion
ont quand même choisi Boisclair. Sa victoire n'en est que plus convaincante.
Cela témoigne surtout de la force du lien que l'électorat
et les membres du PQ ont décidé de tisser avec lui. Ancien conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, l'auteur
est directeur exécutif du CERIUM.
Il s'exprime ici à titre personnel.
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