|
Les Québécois ne veulent pas que l'État mette son
nez dans leur assiette. Mais l'obésité les guette. Quelques
trucs et astuces pour la tenir en échec.
Les jeunes libéraux du Québec ont eu une idée. Pour
endiguer la montée de l'obésité, ils ont voulu limiter
les aliments offerts dans les cafétérias des écoles
à ceux du Guide alimentaire canadien. Dehors, la poutine! La proposition
a été ridiculisée et rejetée. Étonnant
que le parti de la liberté individuelle ait songé à
ce que l'État mette son nez dans nos assiettes. L'idée est
cependant à l'essai aux États-Unis, où l'incidence
de l'obésité juvénile a triplé en 20 ans.
Une école du Rhode Island a récemment banni les frites de
son menu. Résultat: après une semaine de boycottage de la
cafétéria par les étudiants, les frites sont revenues.
On prévoit donc des remous semblables à New York, où,
depuis la rentrée, les distributeurs automatiques n'offrent ni
boissons gazeuses, ni bonbons, ni beignes. Raviolis et macaronis pourraient
aussi disparaître des plateaux. Montréal a beau être, avec Vancouver et Toronto, une des
trois métropoles nord-américaines où le taux d'obésité
est le plus bas (plus bas qu'en Europe de l'Ouest, la France comprise),
nous savons que la marée grasse monte. L'annonce culinaire du mois:
l'ouverture prochaine de 225 restaurants de la chaîne Dunkin' Donuts
et l'expansion au Québec de son concurrent Krispy Kreme. Craignait-on
une pénurie de beignes? (Avis aux jeunes libéraux: on ne
peut interdire les beignes. Les policiers accepteraient-ils seulement
de sévir?) On sait qu'en matière de lutte contre l'obésité
l'inertie n'est pas la solution; c'est le coeur du problème. En
ces temps de restrictions budgétaires et de souci pour la liberté
de choix, je propose donc deux solutions bon marché et à
faible teneur en gras. Comment blâmer un ado de penser que la pizza et le burger sont
les piliers d'une saine alimentation si l'école le lui enseigne
tous les midis? Jouons plutôt sur une corde sensible: le désir
d'économiser. On sait que le prix des cigarettes a une incidence
sur le tabagisme. De même, l'Université du Minnesota a montré
qu'en réduisant de 25% le prix des produits sains, leur vente grimpe
de 40%. Réduisez-le de moitié, les ventes doublent. C'est
vrai à la cafétéria de l'école et à
celle de l'usine. Surprise: l'augmentation des ventes amortit la perte
de revenus. Et en haussant le prix des produits riches en gras, on peut
faire des profits. Celui qui veut sa poutine la paiera plus cher. Mais
le comportement général sera modifié. Manger mieux, c'est bien. Garder la forme, encore mieux. Étonnamment,
dans un coin aussi enneigé que le Québec, on pratique le
vélo presque deux fois plus qu'aux États-Unis. Les trois
quarts des Québécois et la quasi-totalité des jeunes
ont une bicyclette. Chaque fois qu'on leur ouvre la voie, ils la prennent
d'assaut. Il suffit de longer le canal de Lachine ou de sillonner les
pistes cyclables de Sherbrooke (une des villes où la population
est la plus mince sur le continent) pour s'en convaincre. Un demi-million
de Québécois font déjà leurs courses ou vont
au travail à vélo. Un nombre qui pourrait doubler ou tripler
pour peu qu'on rende les villes plus respectueuses des cyclistes. On peut aménager le réseau urbain sans entreprendre de
grands travaux. Sur les artères principales, l'auto est reine.
Mais désignons un certain nombre de voies secondaires "priorité
vélo". Les voitures y auront encoreaccès, les résidants
y gareront toujours leurs véhicules, mais ils sauront en s'y engageant
que, trois saisons sur quatre, les vélos y seront prioritaires.
Qu'on choisisse ces rues - une sur six ou sur huit - en privilégiant
celles qui donnent accès aux écoles, au métro ou
à la station du train de banlieue, où on pourra laisser
sa bécane. À bon nombre d'intersections, les voitures devraient
céder le passage aux pédaleurs, notamment lorsqu'ils montent
une côte. Ces changements n'exigeraient aucune infrastructurenouvelle: seulement
un plan, des pancartes, des dessins au pochoir sur l'asphalte. Bien sûr,
les rues "priorité vélo" devraient être
zonées de façon à ce que l'implantation des futurs
Dunkin' Donuts et Krispy Kreme y soit interdite... Ancien conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, l'auteur
est directeur exécutif du CERIUM
et de PolitiquesSociales.net.
Il s'exprime ici à titre personnel. |