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Le discours de la défaite du Oui de 1995 que M. Parizeau n'a pas
prononcé La Presse, jeudi 1 avril 2004
«Un extraordinaire événement s'est déroulé
aujourd'hui. Un peuple s'est levé debout. Un peuple a voulu prendre en main
sa destinée. Un peuple a touché son avenir, et il lui a
manqué un tout petit souffle, un tout petit élan, pour y
arriver. Vous savez, les Québécois n'ont jamais rien fait comme
les autres. Et le monde entier nous regarde ce soir, et le monde entier
partage notre tristesse. Si proche, et pourtant si loin. Mes amis, René Lévesque serait fier de nous ce soir. Il
serait fier de vous. Vous avez créé la plus vaste coalition que le Québec
ait connue. Vous avez fait faire à la souveraineté du Québec
un énorme pas en avant. UN ÉNORME PAS EN AVANT. Aujourd'hui, mes amis, la victoire nous échappe, mais tous les
espoirs sont permis. Aujourd'hui, mes amis, le peuple du Québec
a donné avis : jamais il n'acceptera autre chose que d'être
considéré comme un peuple. Jamais il n'acceptera d'être
une province égale et normalisée. La souveraineté du Québec n'est pas tout à fait
née aujourd'hui. Mais le statu quo canadien est définitivement
mort. Je n'ai pas reçu aujourd'hui le mandat de modifier le statut du
Québec. Mais je n'ai pas reçu aujourd'hui le mandat de me
contenter du statut du Québec. Si près du but, grâce à vous. A vous les militants du Parti québécois, le navire amiral
de la coalition du changement. Sans vous, rien n'aurait été
possible. Mme Monique Simard, merci. Merci à vous et à toute
votre équipe. À vous les militants du Bloc québécois et de l'Action
démocratique, à vous les partenaires qui avez donné
du coffre et de la diversité à cette coalition. À vous les dizaines de milliers de Québécois qui
avez participé avec votre coeur et votre tête à la
plus grande campagne de conviction que nous ayons connue. A vous les membres du caucus québécois, et les membres
du Conseil des ministres. Je devrais les nommer tous, je n'en nommerai que quelques-uns. Camille
Laurin, qui était à nos côtés quand personne
n'y croyait. Pauline Marois et Guy Chevrette, qui ont donné leur
sensibilité et leur fougue à cette campagne. Et Bernard Landry, qui a fait une campagne exemplaire. Merci. Merci aussi aux deux autres chefs du camp du changement: M. Lucien Bouchard
et M. Mario Dumont, qui ont formé avec nous une équipe sans
pareille. Ce soir, mes amis, plusieurs seront tristes, à bon droit. Mais si nous n'avons pas emporté la victoire, nous ne pouvons
pas parler d'échec. Nous pouvons parler d'une équipe, l'avant-dernière, sur
le chemin de notre indépendance. M. Lévesque nous avait dit : à la prochaine. Il a fallu
attendre quinze ans. Aujourd'hui, je sais que le temps ne sera pas aussi long. Ce soir, je
sais qu'aucun peuple ne mérite davantage un pays que les Québécois. C'est pourquoi ce soir, je sais que notre avenir est à portée
de la main. Je vous invite à inventer, dès demain, la nouvelle route
qui nous mènera à notre pays. Merci. »
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