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Lisée, argument dorigine : Faux. Pour un certain nombre de leaders dopinion, la cause est entendue : le modèle économique ontarien est un bolide admirable, bien calibré, qui avance à vive allure sur la route du progrès économique. Le modèle québécois, lui, serait encrassé, retardataire, peu performant.
Il est rare quon puisse, en ces matières, présenter un démenti définitif. Léconomie est une partie qui ne se termine jamais, les chiffres varient selon les années. Or nous avons ce mois-ci une chance qui se présente rarement. Puisque la période de croissance économique des années 1990 est terminée, nous détenons un point de départ et un point darrivée définissant une « période » économique claire. Lannée 1989 ouvre la période. Cétait, pour le Québec et lOntario, le sommet du cycle économique précédent. Les deux sociétés sont ensuite entrées et sorties du ralentissement économique à des rythmes différents, puis se sont dirigées vers un même nouveau sommet, celui de 2000. Statistique Canada a publié le 30 octobre, dans ses Comptes nationaux, les chiffres provinciaux pour 2000. Nous avons donc le résultat de la période.
Bien sûr, il faut rappeler quau point de départ, en 1989, lOntario était plus riche que le Québec. Cétait vrai depuis quon tient des statistiques. Il ne sagit donc pas de savoir si le bolide ontarien est devant le québécois, cest une certitude. Il sagit de savoir si lengin québécois sest déplacé plus ou moins rapidement que lontarien pendant la dernière période. Si lécart qui les sépare sest creusé ou refermé.
Léconomie ontarienne « grossit » plus rapidement que léconomie québécoise (34% contre 28%), parce que sa population augmente davantage (16% contre 7%). Mais on peut grossir et sappauvrir en même temps. Le meilleur indicateur de la croissance économique dune société est lenrichissement global, divisé par le nombre de personnes qui lhabitent. À ce titre, le Québec a davantage progressé en 11 ans, avec 19% de croissance, que lOntario, avec 16%. Bref, si vous êtes un Produit intérieur brut, vous avez davantage grossi en Ontario. Mais si vous êtes une personne, votre avoir collectif réel a davantage augmenté au Québec.
Picher, commentaire : M. Lisée a raison: effectivement, depuis 1989, le PIB par habitant a augmenté de 19% au Québec, comparativement à 16% en Ontario.
Picher, commentaire : M Lisée nie que l'augmentation de la population est un signe de prospérité, même s'il s'agit d'un principe largement accepté en économie. Mais ce n'est pas une vérité absolue: certains pays européens dont la croissance démographique est négligeable comptent aussi parmi les pays les plus riches de la planète. Il est donc exact que la taille du marché n'est qu'une des composantes de la prospérité, et pas la plus importante. En revanche, il semble exagéré de traiter d'emblée ce principe reconnu comme un «mythe». Tout au plus pourrait-on conclure qu'il y a là matière à discussion.
Lisée, nouvelles remarques : Nous ne sommes donc pas très éloignés sur ce point. Il est tout à fait exact quune progression démographique zéro, et plus précisément une immigration zéro, serait le signe dune économie malade au point de nattirer aucun nouveau travailleur. Ce principe nest pas un mythe. Ce quil lest, cest croire que la progression ontarienne représente la normalité et que, si le Québec fait moins bien, il est fautif. Il faut savoir quau contraire, le Canada et lOntario sont « hors normes ». Comme le notait un rapport récent du ministère québécois de limmigration, « si lon fait exception du cas particulier que représente lÉtat dIsraël, le Canada déploie le niveau deffort le plus élevé parmi les pays pratiquant une politique ouverte dimmigration ». Selon les chiffres de la Banque Mondiale, le Canada affiche sur la période 1980-1999 une progression démographique annuelle presque au quadruple (1,1 % par an) de la moyenne des autres pays du G7 (0,3). Avec son 0,7 % par an, le Québec naffiche « que » le double de cette moyenne. Utiliser la progression de lOntario, plus que quintuple de la moyenne (1,6), comme « norme » dimmigration, cest dire que ceux qui ne sont pas obèses sont sous-alimentés.
Avec sa propre progression, essentiellement due à limmigration, le Québec franchit amplement le seuil dattraction requis pour démontrer la bonne tenue de son économie, et le fait avec dautant plus de mérite que le Québec nest pas une destination nord-américaine naturelle : dune part son caractère distinct, francophone, est assez net et connu pour détourner vers le reste du continent les immigrants qui veulent vivre le « rêve américain » classique, donc anglophone et, dautre part, labsence de la souveraineté ne permet pas au Québec doffrir avec force et clarté un « autre rêve américain » aux immigrants potentiels. Dans ce contexte le taux dimmigration et le taux courant de rétention des immigrants, denviron 75%, est remarquable.
Picher, commentaire : Ici, on peut bien se demander comment M. Lisée peut affirmer que cela est faux. En fait, il base sa conclusion sur deux données: le taux d'emploi et le taux de chômage. C'est largement insuffisant pour fournir un juste portrait de la situation. En fait, nous avons là un assez bel exemple de raccourci dangereux. Tous les économistes vous diront que la donnée la plus importante, lors de la publication de l'enquête mensuelle sur la population active, est le taux d'activité, c'est-à-dire la proportion de la population adulte qui détient un emploi ou qui est à la recherche active d'un emploi.
Le taux d'activité est le meilleur indicateur de l'état de santé du marché du travail. Par exemple, il se peut que le taux de chômage diminue, et que cela soit une mauvaise nouvelle; si le taux d'activité diminue en même temps, cela peut signifier que de nombreux chômeurs découragés ont cessé de chercher un emploi et sont venus grossir les rangs des assistés sociaux. Plus le taux d'activité est élevé, mieux c'est. Assez curieusement, M. Lisée n'en glisse pas un mot. Voici pourquoi: entre 1989 et 2000, le taux d'activité est passé de 64,4% à 63,5% au Québec. En Ontario, les chiffres correspondants sont de 67,4% et 66,9%. Il y a donc eu détérioration dans les deux cas, mais rien ne permet d'en conclure que le Québec performe mieux que l'Ontario. Au contraire: toutes proportions gardées, la détérioration est un peu grave au Québec.
De plus, et là aussi c'est assez suspect, M. Lisée parle de création d'emplois, mais ne fournit aucun chiffre. Voici pourquoi: entre 1989 et 2000, l'économie québécoise a créé 278000 emplois. Pendant la même période, l'économie ontarienne a créé 593000 emplois. Cette croissance, exprimée en pourcentage pour comparer les comparables, donne 8,8% pour le Québec comparativement à 11,3% pour l'Ontario. Méchant «mythe»!
Lisée, nouvelles remarques : Claude Picher ne conteste pas la justesse de mes deux indicateurs mais en ajoute deux autres. Examinons-les : je ne partage pas son enthousiasme pour le taux dactivité, justement parce quil ne distingue pas entre chômeurs et travailleurs et ne donne donc pas une bonne photographie du travail. Mais ajoutons-le aux deux premiers et constatons que, comme je le dis, lemploi régresse en Ontario selon cet indice - et contrairement aux mythes courants. Je ne comprends cependant pas comment M. Picher peut conclure quil régresse davantage au Québec « toutes proportions gardées ». La régression québécoise est de 1,5%, lOntarienne, de 4%.
Pour ce qui est de la création demploi, M. Picher commet lerreur de ne pas ajuster ses chiffres en fonction de laugmentation de la population. Or cest essentiel de le faire. Si, en 10 ans, un million de Belges déménagent au Québec et que la moitié dentre eux se trouvent un emploi, le nombre demplois créés va exploser... mais le taux de chômage aussi. Il faut donc ajuster pour la croissance démographique. Lorsquon le fait, année sur année 1989 et 2000, on constate que le nombre demploi a régressé de 2,2% en Ontario, quil a progressé de 3,4% au Québec.
Nous avons maintenant quatre indicateurs demploi pour notre cycle économique : taux demploi, taux de chômage, taux dactivité et taux de création demploi per capita. En Ontario, les quatre indicateurs montrent une régression de lemploi. Au Québec, deux indicateurs montrent une progression, un indicateur une régression nettement plus faible que lontarienne, un indicateur une stabilité. Bref, la tendance est nettement meilleure au Québec.
Picher, commentaire : Selon M. Lisée, les Québécois s'enrichissent pendant que les Ontariens s'appauvrissent. En fait, les revenus disponibles après impôts, dans les deux provinces, ont augmenté sensiblement dans les mêmes proportions entre 1989 et 2000. Pour en arriver à sa conclusion, l'auteur tient compte de l'évolution des prix. Il est clair que si l'Ontarien doit payer plus cher que Québécois pour se procurer les mêmes biens et services, pendant que les revenus des deux augmentent au même rythme, c'est le Québécois qui sort gagnant.
La démarche est rigoureuse, mais elle comporte une faille. Elle ne tient compte que des
revenus, et pas de l'avoir net. En 1998, le ministère québécois des Finances a publié une étude solidement documentée, où il ressort de façon très claire que la grosse différence du coût de la vie entre Montréal et Toronto, c'est le logement. Le ménage ontarien, à mesure qu'il rembourse son hypothèque, augmente son avoir net plus rapidement que le ménage québécois, et réalisera à la revente un gain en capital non imposable beaucoup plus Certes, ce ne sont pas tous les Ontariens qui sont propriétaires, et le coût du logement, les régions ontariennes, est plus bas qu'à Toronto.
Malgré cela, un calcul de l'enrichissement qui ignore la valeur nette des ménages est forcément incomplet. Dans ces conditions, la conclusion de M. Lisée n'est pas dépourvue de fondement, mais un peu hâtive.
Lisée, nouvelles remarques : Claude Picher ne conteste pas mes chiffres, mais rétorque avec exactitude quune bonne partie des économies ainsi réalisées par les Québécois est attribuable aux coûts de logement plus élevés à Toronto. Puis, étrangement, il vante les mérites de ces coûts plus élevés en affirmant que le Torontois y gagne car il investira davantage dans sa propriété et fera davantage de profit lorsquil la vendra. Si cétait vrai, cela ne sappliquerait quà une minorité, car 66% de ménages de lÎle de Montréal sont locataires. Surtout, M Picher trouve bien des vertus à une tare. Le coût plus élevé du logement à Toronto (et à Vancouver, et à New York, et à Boston, etc.) est dabord un important facteur dappauvrissement. Il contribue largement à pousser le taux de pauvreté ontarien (et états-unien) à des niveaux plus préoccupants quà Montréal, sans parler de crises des sans-abris nettement plus aiguës et socialement coûteuses quau Québec. Mais même si on se concentre sur lexemple du professionnel qui veut acheter une propriété, le Montréalais est avantagé par rapport au Torontois. Le Montréalais pourra acheter pour 100 000 $ la maison que le Torontois devra payer 150 000 $, et il pourra investir les 50 000 $ restant dans un véhicule financier plus performant que limmobilier. Le Torontois, lui, na pas le choix : il est obligé dinvestir dans limmobilier torontois une plus grande part de son épargne. Or une proportion croissante déconomistes et de conseillers financiers affirment que limmobilier personnel nest pas un bon investissement. Il doit être considéré comme une dépense. Le Torontois est piégé. Pas le Montréalais.
Picher, commentaire : Mythe que cela? Bien sûr que non. Sans aucune espèce de doute possible, le fardeau fiscal contribuable ontarien, incluant impôt sur le revenu, impôts fonciers, taxes de vente et spécifiques, est moins lourd que celui du contribuable québécois.. Pour en arriver à sa conclusion, M. Lisée commence par admettre cette évidence, c'est-à-dire que les impôts sont plus élevés au Québec. En revanche, fait-il observer, le gouvernement du Québec offre plus de services, comme les garderies à 5$, le régime public d'assurance-médicaments ou le maintien des droits de scolarité à des niveaux dérisoires.
Cette argumentation est beaucoup trop fragile pour conclure qu'il reste au bout du compte plus d'argent dans les poches des Québécois, même s'ils paient plus d'impôts. Prenons un couple où les revenus des deux conjoints sont respectivement de 35 000 $ et de 50 000 $. Au Québec, couple paie 6259 $ de plus en impôts qu'en Ontario. Cela fait 522$ nets par mois de plus pour payer son hypothèque, dépenser ou investir. À vous d'évaluer laquelle des deux approches vous convient le mieux. Ces 522 $ par mois que le Québécois paie en impôts ne contribuent évidemment en rien à augmenter son avoir net, alors que l'Ontarien, comme on l'a vu plus haut, peut mettre ce montant sur son hypothèque et gonfler d'autant son avoir net.
Lisée, nouvelles remarques : Claude Picher pense que mon argumentation est trop fragile et quune démonstration globale doit être faite. Il a raison. Cette démonstration navait pu être publiée dans mon premier texte faute de place. La voici :
Grâce au gouvernement de lAlberta, peu penché vers la gauche, nous disposons dune mesure qui a le mérite dintégrer au moins une partie de ces coûts évités (il ne tient malheureusement pas compte des frais de scolarités moitié moins élevés au Québec). Selon une étude KPMG/Alberta, à revenu égal et dans tous les cas étudiés - revenus de 40 000 à 150 000 $ par an - le contribuable de Montréal, avec ou sans enfants, terminera 2001 en ayant dépensé nettement moins dargent pour lensemble de ses besoins de base que le contribuable de Toronto (mais pas dEdmonton). La différence est considérable : à 40,000 $ de revenus, le Torontois doit débourser plus de 8990 $ de plus. À 60 000 $, cest 7600, et ainsi de suite. Voici ce que létude révèle, lorsquon compare les coûts sur une base de 100 pour Montréal.
Étude coûts et fiscalité 2001, KPMG/Alberta
Le Montréalais conserve par conséquent une plus grande proportion de son revenu pour investir dans son équité, pour épargner, pour jouir de la vie. Cest énorme ! Et contraire à presque tout ce qui se dit, sécrit, sur la question. Le Québec avait fait produire par KPMG une étude similaire en 1998 - celle à laquelle M Picher fait référence, mais sans en tirer toutes les conclusions quelle recèle. Elle étendait la comparaison jusquaux revenus de 250 000 $ par an et aux 14 plus grandes villes du Canada et des États-Unis. Résultat : tous impôts et taxes compris, Montréal était la moins chère du continent pour les personnes seules gagnant jusquà 30 000 $ par an et les familles gagnant jusquà 50 000 $ par an (donc une grande majorité). Montréal était dans la moyenne des 14 villes pour les familles jusquau sommet de léchelle (250 000 $), dans la moyenne également pour les personnes seules jusquà 75 000 $ par an, jamais moins que onzième au-delà. Cest dire que malgré « lenfer fiscal » dont on nous rebat continuellement les oreilles, la totalité des contribuables montréalais conservent une plus grande part de leurs revenus que leurs voisins de Toronto. Qui plus est, limmense majorité des contribuables montréalais - et la quasi totalité des familles - conservent une plus grande part de leurs revenus que leurs voisins des onze principales villes américaines. (1) Mythe #6 : Il y a plus de pauvreté au Québec quen Ontario.Lisée, argument dorigine : Faux, archi-faux. Chaque année le Conseil canadien du développement social relance ce mythe, fondé sur des données virtuelles qui ne tiennent compte ni du coût de la vie réel à Montréal, ni du taux dimposition plus faible - en fait inexistant -- au Québec pour les démunis. Chaque année, les chroniqueurs et spécialistes, dans ce quotidien comme à Statistique Canada, réprouvent ce calcul faussé. Depuis deux ans, nous disposons de mesures plus fiables. Un rapport interministériel canadien de 1999, basé sur des données de 1996, démontrait que le Québec avait le troisième taux de pauvreté le plus bas au Canada, loin devant lOntario qui obtenait la septième place. Le rapport Fraser sur la pauvreté publié cet été a été critiqué avec raison pour le niveau irréaliste auquel il plaçait le seuil de pauvreté. Mais il avait le mérite de comparer correctement les provinces entre elles. Résultat : le Québec détenait le quatrième taux le plus bas, et ce taux se réduisait depuis 1984; lOntario obtenait le septième taux et ce taux augmentait depuis 1984.Picher, commentaire : Sur ce point, M. Lisée est en terrain solide. Il s'agit effectivement d'un mythe, amplement diffusé par les lobbies antipauvreté qui s'appuient essentiellement sur les chiffres du Conseil national du bien-être social. De nombreux experts ont déjà déploré que le Conseil utilise abusivement les seuils de faible revenu de Statistique Canada afin de gonfler artificiellement le phénomène de la pauvreté. Les études sérieuses démontrent, comme le souligne justement l'auteur, qu'il y a plus de pauvreté en Ontario qu'au Québec. Lisée, nouvelles remarques : Nous sommes donc daccord. Jajouterais quelques éléments. Si on reporte le taux de pauvreté Québécois sur les données des Nations Unies, on se rend compte que, loin dêtre un mauvais élève dans la lutte contre la pauvreté, le Québec affiche le cinquième taux de pauvreté le plus bas au monde. Malgré la croissance fulgurante des années 1990, nos voisins américains affichent un taux de pauvreté deux fois plus élevé que celui du Québec. Voilà une statistique intéressante : le Québec a deux fois plus de chômeurs que les Américains, mais deux fois moins de pauvres, et on y vit deux ans et demie plus longtemps. Lequel sen tire le mieux ? Les raisons de ces écarts : la société québécoise répartit mieux la richesse que ses voisines. Selon Statistique Canada, le Québec est aujourdhui la région dAmérique du Nord où les inégalités de revenus sont les moins importantes. Selon lindice Gini qui mesure linégalité, pendant la décennie, de 1990 à 1999, les inégalités entre les familles se sont accrues deux fois plus en Ontario et aux États-Unis (de 8 à 10% de plus) quau Québec, (+4,5%). Pour les personnes seules, linégalité a légèrement régressé au Québec (-1%) et bondit en Ontario (+14%). Au début du mois, lenquête internationale sur léducation de lOCDE révélait que, lors des trois tests internationaux conduits depuis 1994, les élèves québécois de 15 ans sont les meilleurs en Occident en mathématiques et en sciences. Aucune autre société nobtient au total des résultats aussi élevés tout en affichant aussi peu de différences entre les étudiants de milieux économiques favorisés et défavorisés. Ces résultats placent le Québec daujourdhui, en qualité et en répartition de ces savoirs, devant lOntario et loin, très loin, devant les États-Unis. Cest, à mon avis, extrêmement significatif de la réussite dune société. Ces constats ne doivent nullement pousser le Québec à relâcher ses efforts contre la pauvreté, mais au contraire lencourager à poursuivre dans une voie qui donne déjà des résultats. Mythe #7 : LOntario favorise davantage lentrepreneuriat que le Québec.Lisée, argument dorigine : Faux. Merci encore à lAlberta davoir mis à jour, sur son site internet et pour lan 2000, la comparaison la plus complète de la fiscalité des entreprises au Canada, et qui démontre le caractère nettement compétitif de la fiscalité québécoise sur lontarienne. Cest sans compter, en plus, les résultats dune étude KPMG réalisée pour le gouvernement de lAlberta en 2000 qui confirme une précédente étude québécoise : les coûts totaux - toutes taxes comprises bien sûr - sont inférieurs au Québec. Donc, à investissement équivalent, lentrepreneur peut dégager une marge plus importante au Québec quen Ontario. Le poids réglementaire québécois est certes plus lourd, car plus progressiste. Mais il faut compter également les dégrèvements massifs consentis ces dernières années par le Québec pour la création dentreprise (congé de taxe pendant cinq ans) et pour linvestissement de plus de 100 millions (congé de taxe pendant 10 ans). En fait, aujourdhui au Québec, une entreprise qui démarre ou qui investit doit avoir un comptable particulièrement inepte pour payer un impôt provincial digne de mention. Et tout cela, avant même que la taxe sur le capital soit abolie, dans 13 mois, pour 58% des entreprises québécoises et nettement réduite pour les autres. Intéressant de noter, dans ces conditions, que le nombre dentreprises actives (qui ont des salariés), a augmenté de 3,6% au Québec pendant la période, légèrement plus quen Ontario, avec 3,5%.Picher, commentaire : M. Lisée appuie sa conclusion sur le fait que le traitement fiscal qui s'applique entreprises établies au Québec soutient avantageusement la comparaison. Il a raison sur ce point, mais la fiscalité n'est qu'un volet de la question, et pas le plus important. Ce dont les entreprises québécoises se plaignent le plus, ce n'est pas de la fiscalité des sociétés, mais des tracasseries administratives. Le Québec est une des sociétés les plus beaucratisées d'Amérique du Nord. M. Lisée reconnaît d'ailleurs que le poids est plus lourd au Québec, mais soutient que c'est là un indicateur d'une société progressiste L'affirmation est discutable. C'est évidemment au nom du progrès social que les gouvernements multiplient les bureaucratiques. Dans la vraie vie, la résultat peut être contraire à l'effet visé. La gestion de la taxe de vente provinciale par Revenu Québec est un cauchemar pour des milliers de petites entreprises. Il existe de nombreux secteurs où les organismes de réglementation se chevauchent quand ils ne se contredisent pas; c'est ce qu'on a pu voir cette semaine avec dépôt du rapport Martineau sur l'encadrement des services financiers. Autrement dit, en tenant compte à la fois du contexte fiscal et de réglementaire, il est hasardeux de nier que l'Ontario favorise davantage l'entrepreneuriat. Lisée, nouvelles remarques : Le jour où le Conseil du Patronat et la Chambre de Commerce admettront, comme le fait ici M. Picher, que la fiscalité dentreprise au Québec est compétitive avec lOntario, un grand pas sera franchi. Lavantage ontarien ne serait donc que purement réglementaire. Or dans ses comparaisons de coûts de production, KPMG additionne la totalité des coûts, y compris les coûts administratifs liés à la gestion de la réglementation où les coûts de mise aux normes, et il en tire toujours la conclusion que les coûts totaux sont plus faibles au Québec. Il est donc hasardeux de déclarer, sans pouvoir le chiffrer, que la réglementation ontarienne procure des économies qui compensent les coûts québécois plus bas. Je suis cependant aux côtés de M. Picher dans son combat pour lallégement réglementaire lorsque la chose est tatillonne, inefficace, centrée sur le fonctionnaire plutôt que sur les besoins du client, sur les processus plutôt que les résultats. Il y a de nouvelles économies à faire de ce côté, à nen pas couter. Cependant il faut reconnaître quune bonne partie du fardeau réglementaire québécois est de nature progressiste. Le Québec a adopté une loi sur léquité salariale, lOntario a aboli la sienne. Le Québec a réduit la semaine normale de travail de 44 à 40 heures, lOntario a « déréglementé » les heures de travail, donc retiré de la protection aux travailleurs. Le Québec a une loi anti-scab, lOntario a rescindé la sienne. Le processus détude environnemental du BAPE québécois est plus contraignant que ce lui de son équivalent ontarien. Etc. La protection des travailleurs, des femmes, de lenvironnement, ont un coût. Et dans une économie aussi exportatrice que celle du Québec, nos entreprises doivent maintenir des coûts compétitifs - notre richesse collective en dépend. Le point déquilibre que la société québécoise doit atteindre est, à mon avis, non pas dadopter une attitude néo-libérale en matière de réglementation, mais plutôt de compenser, dans les coûts de production, notamment par une fiscalité dentreprise plus légère, les coûts supplémentaires imposés aux entreprises par une réglementation nettement plus progressiste quailleurs sur le continent. Pour linstant, cest le cas. Il faut maintenir cet équilibre. Dans cette logique, il est malheureux que lallégement très important de la taxe sur le capital ait été accordée sans aucune contrepartie sociale. Lisée conclusion : On ne peut conclure de toutes ces données que rien ne doit changer au Québec. Au contraire, cest parce que la société québécoise sest superbement adaptée cette dernière décennie quelle a pu progresser autant. En décembre, la Banque Nationale affirmait que que la tendance observée depuis 11 ans était durable : la croissance du Québec par personne allait continuer à progresser plus rapidement que celle de lOntario cette année 2001, en 2002 et en 2003. Il ny a pas de prévisions au-delà. Lécart de richesse entre Québécois et Ontariens, qui était de 26% en 1960 et nétait plus que de 13% en 2001, devrait donc continuer à se réduire. (Et il faut savoir quune bonne partie de cet écart - 5,2 des 13 points - vient du fait que les Québécois travaillent moins dheures et moins de semaines que les Ontarien. En estimant quil sagit, seulement une fois sur deux, dun choix - davantage de vacances, de congés de maternités, moins de temps supplémentaire - lécart réel est ramené à 10%.) On peut en conclure que le Québec a développé un modèle de développement économique et social qui marche mieux et plus équitablement quailleurs. Il faut le parfaire, mais en aucun cas le défaire. Et il faut travailler, bien sûr, pour faire monter les taux dinvestissement et de productivité et réduire le fardeau réglementaire inutile. Tout cela étant dit, je ne suis nullement surpris que plusieurs lecteurs aient réagi avec incrédulité à mon premier texte et aient écrit à M. Picher pour lui demander son avis, ni quun conseiller du PLQ (Alain Paquet, dans un autre article) se rebiffe à ce quon souligne ce qui va bien au Québec. La réticence, pour ne pas dire le refus, de reconnaître les réussites globales du Québec est ancré dans notre culture et dans nos médias, pour ne rien dire des biais politiques en jeu, biais idéologiques (« une société social-démocrate ne peut pas faire mieux quune société néo-libérale ») et nationaux (« vanter les succès du Québec, cest cautionner le discours souverainiste »). Faire les démonstrations nouvelles qui montrent un Québec gagnant, cest nager à contre-courant. Fin novembre, devant le Cercle des chefs-mailleurs du Québec, léconomiste Pierre Fortin ne disait pas autre chose. Décrivant lui aussi comment la situation de lemploi avait mieux évolué au Québec quen Ontario ces dernières années, il se désolait du fait que « cette résilience retrouvée de léconomie québécoise est passée complètement inaperçue dans les comptes rendus de la situation économique au cours de la décennie 90. La presse nationale fut plus intéressée à raconter des histoires dhorreur sur la soi-disant ``fermeture`` de la rue Sainte-Catherine quà reconnaître dans les faits que, du sommet au creux de la récession, le taux demploi avait diminué deux fois plus à Toronto quà Montréal.» Mais les faits ont une grande qualité : celle de simposer graduellement dans le discours. La richesse collective du Québec croît désormais plus vite que celle de lOntario, les Québécois senrichissent davantage que leurs voisins ontariens et leur richesse nouvelle est mieux répartie quen Ontario ou ailleurs sur le continent. Ces trois constats sont essentiels à tout débat sur le modèle québécois et sur les réformes quil doit continuer à connaître. Remontant le courant, ils finiront par émerger. FIN ___________ (1) Ministère des Finances du Québec, Budget 1998-1999, La fiscalité des particuliers et le coût de la vie - Comparaison entre Montréal et différentes villes nord-américaines, février 1998, (à: www.finances.gouv.qc.ca/francais/budget/1998-199/PDF/fiscpafr.pdf ) et KPMG Consulting, The Personal Tax and Costs of Living Study, April 2001, (à: http://www.alberta-canada.com/statpub/pdf/kpmg_col.pdf ) Lecture suggérée : Pierre Fortin (2001), Has Quebecs Standard of Living Been Catching up ?, in Patrick Grady and Andrew Sharpe (eds.), The State of Economics in Canada: Festschrift in Honour of David Slater, John Deutsch Institute, Queen's University, Kingston, 2001, pp. 381-402 à http://www.csls.ca/slt/fortin.pdf Annexe : Tiré de : Conseil de la science et de la technologie du Québec, Rapport de conjoncture 2001 : pour des régions innovantes, mars 2001, p. 78, à http://www.cst.gouv.qc.ca/ftp/Conjoncture2001/Rap_conj.pdf
* Données manquantes pour certains pays
Mythes et réalitésClaude PicherLa Presse Le jeudi 13 décembre 2001
Vous avez peut-être remarqué, dans La Presse de jeudi dernier, un long article de Jean-François Lisée, ancien conseiller politique du gouvernement péquiste, où l'auteur se met en frais de déboulonner un certain nombre de «mythes» qui, selon lui, présentent une fausse image du Québec. L'auteur soutient que, contrairement à une opinion largement répandue, la société québécoise s'est «superbement adaptée à la dernière décennie» et a «développé un modèle de développement (sic) économique et social qui marche mieux et plus équitablement qu'ailleurs». Cet article a suscité de nombreux commentaires de votre part, amis lecteurs. Manifestement, vous avez du mal à y croire. «C'est bien connu que nous sommes les meilleurs, et que le modèle québécois est le summum de la social-démocratie», ironise M. Rabeau. «C'est du délire ou quoi? La pensée magique à son meilleur?» «Je suis très sceptique car il me semble qu'il n'a pas beaucoup de crédibilité», renchérit M. Gauthier. «Vous serait-il possible de confirmer ou infirmer ces propos?» «Je vais plusieurs fois par mois en Ontario pour mon travail», témoigne M. Leduc. «N'importe qui le moindrement éveillé peut voir et comprendre, sur le terrain, que les propos de M. Lisée sont déconnectés de la réalité.»
M. Lisée a comparé les chiffres ontariens et québécois pour la période de 1989 à 2000. Comme il l'admet lui-même, les résultats auraient pu être fort différents s'il avait retenu d'autres dates. Mais regardons quand même les chiffres pour la période de référence qu'il a lui-même choisie. Voyons donc tout cela de plus près. Les mythes - «MYTHE» No 1: L'économie ontarienne progresse plus rapidement que celle du Québec. C'est vrai si on compare la croissance du produit intérieur brut (PIB), admet M. Lisée. Mais il ajoute que la population ontarienne augmente plus vite que celle du Québec. En conséquence, le PIB par habitant augmente moins rapidement en Ontario et, donc, l'avoir collectif des Québécois augmente plus vite au Québec. Le raisonnement est pour le moins douteux. En dollars constants de 1997 (c'est la mesure utilisée par Statistique Canada dans la publication des derniers comptes économiques provinciaux), le PIB par habitant au Québec est passé de 18869$ à 29337$ entre 1989 et 2000; en Ontario, pendant la même période, les chiffres correspondants sont de 23099$ et 36510$. Ces données tiennent évidemment compte à la fois de la croissance économique et de la croissance démographique. En pourcentage, cela donne une progression de 55,5% au Québec et de 58,1% en Ontario. L'écart entre les deux provinces ne se rétrécit pas, il se creuse. - «MYTHE» No 2: L'augmentation de la population est un signe de prospérité. M. Lisée nie cela, même s'il s'agit d'un principe largement accepté en économie. Mais ce n'est pas une vérité absolue: certains pays européens dont la croissance démographique est négligeable comptent aussi parmi les pays les riches de la planète. Il est donc exact que la taille du marché n'est qu'une des composantes de la prospérité, et pas la plus importante. En revanche, il semble exagéré de traiter d'emblée ce principe reconnu comme un «mythe». Tout au plus pourrait-on conclure qu'il y a là matière à discussion. - «MYTHE» No 3: L'emploi progresse beaucoup plus rapidement en Ontario. Ici, on peut bien se demander comment M. Lisée peut affirmer que cela est faux. En fait, il base sa conclusion sur deux données: le taux d'emploi et le taux de chômage. C'est largement insuffisant pour fournir un juste portrait de la situation. En fait, nous avons là un assez bel exemple de raccourci dangereux. Tous les économistes vous diront que la donnée la plus importante, lors de la publication de l'enquête mensuelle sur la population active, est le taux d'activité, c'est-à-dire la proportion de la population adulte qui détient un emploi ou qui est à la recherche active d'un emploi. Le taux d'activité est le meilleur indicateur de l'état de santé du marché du travail. Par exemple, il se peut que le taux de chômage diminue, et que cela soit une mauvaise nouvelle; si le taux d'activité diminue en même temps, cela peut signifier que de nombreux chômeurs découragés ont cessé de chercher un emploi et sont venus grossir les rangs des assistés sociaux. Plus le taux d'activité est élevé, mieux c'est. Assez curieusement, M. Lisée n'en glisse pas un mot. Voici pourquoi: entre 1989 et 2000, le taux d'activité est passé de 64,4% à 63,5% au Québec. En Ontario, les chiffres correspondants sont de 67,4% et 66,9%. Il y a donc eu légère détérioration dans les deux cas, mais rien ne permet d'en conclure que le Québec performe mieux que l'Ontario. Au contraire: toutes proportions gardées, la détérioration est un peu plus grave au Québec. De plus, et là aussi c'est assez suspect, M. Lisée parle de création d'emplois, mais ne fournit aucun chiffre. Voici pourquoi: entre 1989 et 2000, l'économie québécoise a créé 278000 emplois. Pendant la même période, l'économie ontarienne a créé 593000 emplois. Cette croissance, exprimée en pourcentage pour comparer les comparables, donne 8,8% pour le Québec comparativement à 11,3% pour l'Ontario. Méchant «mythe»! M. Lisée dit aussi qu'il est faux de prétendre que les Ontariens s'enrichissent pendant que les Québécois s'appauvrissent, faux également de dire que l'enfer fiscal québécois gruge le pouvoir d'achat des Québécois, faux aussi d'affirmer qu'il y a plus de pauvreté au Québec qu'en Ontario, faux, enfin, de croire que l'Ontario favorise davantage l'entrepreneuriat. Tout cela ne serait que mythes et fadaises. Samedi, nous jetterons un coup d'oeil plus serré sur ces quatre dossiers.
Mythes et réalités (2)Claude PicherLa Presse Le samedi 15 décembre 2001
La semaine dernière, La Presse publiait un article fort remarqué de Jean-François Lisée, ancien conseiller politique du gouvernement péquiste. L'auteur y décrivait sept «mythes» qui, selon lui, donnaient une image déformée du Québec, par rapport à l'Ontario. Jeudi, nous avons eu l'occasion de nous pencher sur les trois premiers «mythes». Avant d'aborder les quatre autres dossiers, je tiens à préciser quelque chose. Hier matin, M. Lisée m'a appelé pour discuter de l'évolution du produit intérieur brut (PIB) par habitant au Québec et en Ontario. M. Lisée soutient que l'écart s'est amenuisé depuis 1989, c'est-à-dire que le PIB par habitant au Québec augmente plus rapidement qu'en Ontario. Jeudi, dans ma chronique, j'ai soutenu que l'écart, au lieu de se rétrécir, continue de se creuser. De toute évidence, nos chiffres ne concordent pas. En refaisant mes calculs, je me suis bien rendu compte que j'avais introduit les mauvais paramètres dans mon ordinateur. C'est M. Lisée qui a raison: effectivement, depuis 1989, le PIB par habitant a augmenté de 19% au Québec, comparativement à 16% en Ontario. J'ai donc eu tort, et je le reconnais, d'avoir écrit que l'écart continue de se creuser. Inutile d'ajouter que cette conversation m'a incité à revoir tous mes autres calculs de près... Une fois faite cette amende honorable, poursuivons donc l'examen des quatre «mythes» restants. Quatre autres «mythes» «MYTHE» No 4 : Les Ontariens s'enrichissent, les Québécois s'appauvrissent. Selon M. Lisée, c'est le contraire: les Québécois s'enrichissent pendant que les Ontariens s'appauvrissent. En fait, les revenus disponibles après impôts, dans les deux provinces, ont augmenté sensiblement dans les mêmes proportions entre 1989 et 2000 (les comparaisons de M. Lisée portent sur cette période de référence). Pour en arriver à sa conclusion, l'auteur tient compte de l'évolution des prix. Il est clair que si l'Ontarien doit payer plus cher que le Québécois pour se procurer les mêmes biens et services, pendant que les revenus des deux augmentent au même rythme, c'est le Québécois qui sort gagnant. La démarche est rigoureuse, mais elle comporte une faille. Elle ne tient compte que des revenus, et pas de l'avoir net. En 1998, le ministère québécois des Finances a publié une étude solidement documentée, où il ressort de façon très claire que la grosse différence du coût de la vie entre Montréal et Toronto, c'est le logement. Le ménage ontarien, à mesure qu'il rembourse son hypothèque, augmente son avoir net plus rapidement que le ménage québécois, et réalisera à la revente un gain en capital non imposable beaucoup plus élevé. Certes, ce ne sont pas tous les Ontariens qui sont propriétaires, et le coût du logement, dans les régions ontariennes, est plus bas qu'à Toronto. Malgré cela, un calcul de l'enrichissement qui ignore la valeur nette des ménages est forcément incomplet. Dans ces conditions, la conclusion de M. Lisée n'est pas dépourvue de fondement, mais un peu hâtive. «MYTHE» No 5 : Les Ontariens ont plus d'argent dans leurs poches parce qu'ils paient moins d'impôts. Mythe que cela? Bien sûr que non. Sans aucune espèce de doute possible, le fardeau fiscal du contribuable ontarien, incluant impôt sur le revenu, impôts fonciers, taxes de vente et taxes spécifiques, est moins lourd que celui du contribuable québécois. Pour en arriver à sa conclusion, M. Lisée commence par admettre cette évidence, c'est-à-dire que les impôts sont plus élevés au Québec. En revanche, fait-il observer, le gouvernement du Québec offre plus de services, comme les garderies à 5$, le régime public d'assurance-médicaments ou le maintien des droits de scolarité à des niveaux dérisoires. Cette argumentation est beaucoup trop fragile pour conclure qu'il reste au bout du compte plus d'argent dans les poches des Québécois, même s'ils paient plus d'impôts. Prenons un couple où les revenus des deux conjoints sont respectivement de 35 000 $ et de 50 000 $. Au Québec, ce couple paie 6259 $ de plus en impôts qu'en Ontario. Cela fait 522$ nets par mois de plus pour payer son hypothèque, dépenser ou investir. À vous d'évaluer laquelle des deux approches vous convient le mieux. Ces 522 $ par mois que le Québécois paie en impôts ne contribuent évidemment en rien à augmenter son avoir net, alors que l'Ontarien, comme on l'a vu plus haut, peut mettre ce montant sur son hypothèque et gonfler d'autant son avoir net. «MYTHE» No 6 : Il y a plus de pauvreté au Québec qu'en Ontario. Sur ce point, M. Lisée est en terrain solide. Il s'agit effectivement d'un mythe, amplement diffusé par les lobbies antipauvreté qui s'appuient essentiellement sur les chiffres du Conseil national du bien-être social. De nombreux experts ont déjà déploré que le Conseil utilise abusivement les seuils de faible revenu de Statistique Canada afin de gonfler artificiellement le phénomène de la pauvreté. Les études sérieuses démontrent, comme le souligne justement l'auteur, qu'il y a plus de pauvreté en Ontario qu'au Québec. «MYTHE» No 7 : L'Ontario favorise davantage l'entrepreneuriat que le Québec. Faux, dit M. Lisée, qui appuie sa conclusion sur le fait que le traitement fiscal qui s'applique aux entreprises établies au Québec soutient avantageusement la comparaison. Il a raison sur ce point, mais la fiscalité n'est qu'un volet de la question, et pas le plus important. Ce dont les entreprises québécoises se plaignent le plus, ce n'est pas de la fiscalité des sociétés, mais des tracasseries administratives. Le Québec est une des sociétés les plus bureaucratisées d'Amérique du Nord. M. Lisée reconnaît d'ailleurs que le poids réglementaire est plus lourd au Québec, mais soutient que c'est là un indicateur d'une société progressiste. L'affirmation est discutable. C'est évidemment au nom du progrès social que les gouvernements multiplient les mesures bureaucratiques. Dans la vraie vie, la résultat peut être contraire à l'effet visé. La gestion de la taxe de vente provinciale par Revenu Québec est un cauchemar pour des milliers de petites entreprises. Il existe de nombreux secteurs où les organismes de réglementation se chevauchent quand ils ne se contredisent pas; c'est ce qu'on a pu voir cette semaine avec le dépôt du rapport Martineau sur l'encadrement des services financiers.
Autrement dit, en tenant compte à la fois du contexte fiscal et de l'environnement réglementaire, il est hasardeux de nier que l'Ontario favorise davantage l'entrepreneuriat.
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