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Par Jean-François Lisée
Il est rare quon puisse, en ces matières, présenter un démenti définitif. Léconomie est une partie qui ne se termine jamais, les chiffres varient selon les années. Or nous avons ce mois-ci une chance qui se présente rarement. Puisque la période de croissance économique des années 1990 est terminée, nous détenons un point de départ et un point darrivée définissant une " période " économique claire. Lannée 1989 ouvre la période. Cétait, pour le Québec et lOntario, le sommet du cycle économique précédent. Les deux sociétés sont ensuite entrées et sorties du ralentissement économique à des rythmes différents, puis se sont dirigées vers un même nouveau sommet, celui de 2000. Statistique Canada a publié le 30 octobre, dans ses Comptes nationaux, les chiffres provinciaux pour 2000. Nous avons donc le résultat de la période.
Bien sûr, il faut rappeler quau point de départ, en 1989, lOntario était plus riche que le Québec. Cétait vrai depuis quon tient des statistiques. Il ne sagit donc pas de savoir si le bolide ontarien est devant le québécois, cest une certitude. Il sagit de savoir si lengin québécois sest déplacé plus ou moins rapidement que lontarien pendant la dernière période. Si lécart qui les sépare sest creusé ou refermé.
Mythe #1 : Léconomie ontarienne progresse plus rapidement. Faux. Léconomie ontarienne " grossit " plus rapidement que léconomie québécoise (34% contre 28%), parce que sa population augmente davantage (16% contre 7%). Mais on peut grossir et sappauvrir en même temps. Le meilleur indicateur de la croissance économique dune société est lenrichissement global, divisé par le nombre de personnes qui lhabitent. À ce titre, le Québec a davantage progressé en 11 ans, avec 19% de croissance, que lOntario, avec 16%. Bref, si vous êtes un Produit intérieur brut, vous avez davantage grossi en Ontario. Mais si vous êtes une personne, votre avoir collectif réel a davantage augmenté au Québec.
Mythe #2 : Laugmentation de la population est un signe de prospérité. Faux. Cest le contre-argument avancé par les partisans du modèle ontarien. Or ce lien est, au mieux, ténu. Y adhérer, ce serait affirmer quavec 7% daugmentation de population sur la période, le modèle québécois est supérieur à celui des locomotives économiques que sont les États de New York (5,4%), de Pennsylvanie (3,4%), du Massachusetts (5,5%), du Michigan (6,9%) et de lOhio (4,7%), pour ne nommer que ceux-là.
Mythe #3 : Lemploi progresse beaucoup plus en Ontario. Faux. On peut lévaluer de deux façons. Le taux demploi mesure la proportion de la population en âge de travailler qui est employée. LOntario a débuté la période avec un taux de 66,4 et la terminé avec 63,3. Son taux a donc régressé de près de 5%. Le Québec a débuté et terminé la période avec un taux de 57,9. Il na pas bougé. Second indice : le taux de chômage. En Ontario, il est passé de 5,1 à 5,7. Le chômage a donc augmenté de 12%. Au Québec, il est passé de 9,6 à 8,4, une diminution de 12,5%. LOntario partait de plus haut mais décline. Le Québec partait de plus bas mais résiste ou progresse.
Mythe #4 : Les Ontariens senrichissent, les Québécois sappauvrissent. Faux. Le revenu disponible total ontarien, donc une fois les impôts payés, " grossit " à peine plus quau Québec (15% contre 14,5%). Mais dès quon calcule laugmentation du revenu par personne, le contraire apparaît : chaque Québécois a 30% de plus en poche, chaque Ontarien na que 26% de plus en poche. Cette donnée est encore imparfaite : elle tient compte de linflation en général mais pas de lévolution réelle des coûts au Québec et en Ontario. Cest pourquoi on lui applique " lindice implicite de prix ". Résultat : en moyenne, chaque Québécois a augmenté de 7,4% son pouvoir dachat sur la période, chaque Ontarien a réduit en moyenne de 0,3% son pouvoir dachat. Les Ontariens, donc, se sont légèrement appauvris pendant que les Québécois senrichissaient.
![]() Mythe #5 : Au total, le modèle ontarien laisse plus dargent dans la poche de ses citoyens, le modèle québécois est un enfer fiscal qui confisque leur pouvoir dachat. Faux. Nous venons de voir comment la situation a évolué sur la décennie. On sinterroge ici sur la capacité des citoyens de dépenser leur argent plutôt que de voir lÉtat lui en subtiliser une large portion. Il est vrai que le fardeau fiscal provincial est plus élevé au Québec quailleurs. Cependant cet étalon de mesure est partiel, pour ne pas dire trompeur. Il ne tient pas compte du fardeau fiscal municipal et scolaire, moins encore des économies réalisées par le contribuable lorsque lÉtat assume une partie des coûts des services. Si les garderies ne coûtent que 5 $ plutôt que 25, voilà un coût évité. Si lassurance-médicament a un déficit cest que lÉtat paie une partie du coût des médicaments. Idem pour les frais de scolarité et les bourses, lécole privée subventionnée, le logement social et son impact à la baisse sur les coûts du logement. La décision dune société dÉtat, Hydro-Québec, de maintenir des tarifs délectricité résidentiels nettement moins chers que ceux de ses voisins est également un important coût évité au contribuable québécois (à Toronto on paie 38% plus cher, 51% à Moncton et 252% à New York). Les comparaisons de taux dimposition des provinces et des États sont essentiellement des palmarès de la mesquinerie : moins un État ne désire redistribuer la richesse, plus il gagne des points dans ces palmarès. Les gouvernements sociaux-démocrates ne peuvent, par définition, jamais en sortir vainqueurs. Grâce au gouvernement de lAlberta, peu penché vers la gauche, nous avons cette année une mesure nettement plus complète de la façon globale dont chaque gouvernement permet, ou non, à ses citoyens de terminer lannée avec moins ou plus dargent en poche. Selon une étude KPMG commandée par lAlberta, dans tous les cas étudiés - revenus de 40 000 à 150 000 $ par an - le contribuable de Montréal, avec ou sans enfants, terminera 2001 avec plus dargent en poche que le contribuable équivalent de Toronto ou de Vancouver (mais pas dEdmonton). Certes, il aura payé plus dimpôt provincial au Québec, mais aura obtenu plus de services publics à moindres coûts et aura profité dun coût de la vie généralement plus abordable à Montréal. Le Québec avait fait produire par KPMG une étude similaire en 1998. Elle étendait la comparaison jusquaux revenus de 250 000 $ par an et aux 14 plus grandes villes du Canada et des États-Unis. Résultat : toutes taxes comprises, Montréal était la moins chère du continent pour les familles gagnant jusquà 50 000 $ par an (donc la majorité), était dans la moyenne des 14 villes pour les familles jusquau sommet de léchelle (250 000 $), dans la moyenne également pour les personnes seules jusquà 75 000 $ par an (donc la majorité), jamais moins que onzième au-delà. Cest dire que malgré " lenfer fiscal " dont on nous rebat continuellement les oreilles, limmense majorité des contribuables québécois - et la quasi totalité des familles - conservent une plus grande part de leurs revenus que leurs voisins ontariens et américains. (Note à Pauline Marois : une mise à jour annuelle de cette étude simpose. Partagez-en les coûts avec lAlberta.) Mythe #6 : Il y a plus de pauvreté au Québec quen Ontario. Faux, archi-faux. Chaque année le Conseil canadien du développement social relance ce mythe, fondé sur des données virtuelles qui ne tiennent compte ni du coût de la vie réel à Montréal, ni du taux dimposition plus faible - en fait inexistant -- au Québec pour les démunis. Chaque année, les chroniqueurs et spécialistes, dans ce quotidien comme à Statistique Canada, réprouvent ce calcul faussé. Depuis deux ans, nous disposons de mesures plus fiables. Un rapport interministériel canadien de 1999, basé sur des données de 1996, démontrait que le Québec avait le troisième taux de pauvreté le plus bas au Canada, loin devant lOntario qui obtenait la septième place. Le rapport Fraser sur la pauvreté publié cet été a été critiqué avec raison pour le niveau irréaliste auquel il plaçait le seuil de pauvreté. Mais il avait le mérite de comparer correctement les provinces entre elles. Résultat : le Québec détenait le quatrième taux le plus bas, et ce taux se réduisait depuis 1984; lOntario obtenait le septième taux et ce taux augmentait depuis 1984. Si on reporte ensuite ces résultats sur les données des Nations Unies, on se rend compte que, loin dêtre un mauvais élève dans la lutte contre la pauvreté, le Québec affiche le cinquième taux de pauvreté le plus bas au monde. Malgré la croissance fulgurante des années 1990, nos voisins américains affichent un taux de pauvreté deux fois plus élevé que celui du Québec. Voilà une statistique intéressante : le Québec a deux fois plus de chômeurs que les Américains, mais deux fois moins de pauvres. Lequel sen tire le mieux ? Les raisons de ces écarts : la société québécoise répartit mieux la richesse que ses voisines. Selon Statistique Canada, le Québec est aujourdhui la région dAmérique du Nord où les inégalités de revenus sont les moins importantes. Calculées sur la base de lindice Gini, de 1990 à 1999, les inégalités entre les familles se sont accrues deux fois plus en Ontario et aux Etats-Unis (de 8 à 10% de plus) quau Québec, (+4,5%). Pour les personnes seules, linégalité a légèrement régressé au Québec (-1%) et bondit en Ontario (+14%). Ces constats ne doivent nullement pousser le Québec à relâcher ses efforts contre la pauvreté, mais au contraire lencourager à poursuivre dans une voie qui donne déjà des résultats. Mythe #7 : LOntario favorise davantage lentrepreneuriat que le Québec. Faux. Merci encore à lAlberta davoir mis à jour, sur son site internet et pour lan 2000, la comparaison la plus complète de la fiscalité des entreprises au Canada, et qui démontre le caractère nettement compétitif de la fiscalité québécoise sur lontarienne. Cest sans compter, en plus, les résultats dune étude KPMG réalisée pour le gouvernement de lAlberta en 2000 qui confirme une précédente étude québécoise : les coûts totaux - toutes taxes comprises bien sûr - sont inférieurs au Québec. Donc, à investissement équivalent, lentrepreneur peut dégager une marge plus importante au Québec quen Ontario. Le poids réglementaire québécois est certes plus lourd, car plus progressiste. Mais il faut compter également les dégrèvements massifs consentis ces dernières années par le Québec pour la création dentreprise (congé de taxe pendant cinq ans) et pour linvestissement de plus de 100 millions (congé de taxe pendant 10 ans). En fait, aujourdhui au Québec, une entreprise qui démarre ou qui investit doit avoir un comptable particulièrement inepte pour payer un impôt provincial digne de mention. Et tout cela, avant même que la taxe sur le capital soit abolie, dans 13 mois, pour 58% des entreprises québécoises et nettement réduite pour les autres. Intéressant de noter, dans ces conditions, que le nombre dentreprises actives (qui ont des salariés), a augmenté de 3,6% au Québec pendant la période, légèrement plus quen Ontario, avec 3,5%. On ne peut conclure de toutes ces données que rien ne doit changer au Québec. Au contraire, cest parce que la société québécoise sest superbement adaptée cette dernière décennie quelle a pu progresser autant. Avant la présente récession, le Conference Board prédisait que la tendance observée depuis 11 ans était durable : la croissance du Québec par personne allait continuer à progresser plus rapidement que celle de lOntario pour les trois prochaines années au moins. Lécart de richesse entre Québécois et Ontariens, qui était de 26% en 1960 et nétait plus que de 14% en 2000, devrait donc continuer à se réduire. On peut en conclure que le Québec a développé un modèle de développement économique et social qui marche mieux et plus équitablement quailleurs. Il faut le parfaire, mais en aucun cas le défaire. (30) ______________
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