Ce texte est une réponse à MM. Bruno Deshaies, Gilles Bousquet, et Marcel Haché, qui ont présenté leurs commentaires à ma réponse à M. Savard, c’est un peu compliqué, au sujet d’une éventuelle Constitution québécoise. Mais je m’adresse à tous les intervenants de Vigile : quelle est votre lecture des choses, quel chemin, quelle destination (sacrilège) devons-nous prendre ?
Malgré les différences entre nous quatre quant à ce qu’il faudrait faire, nous partageons je crois à peu près le même diagnostic : les Québécois, en majorité, ne s’intéressent pas à la politique, alors ils se font "organiser" par elle. Essayons de poser le bon diagnostic, peut-être le désintéressement n’est-il pas autant prononcé que je le crois. L’état des forces souverainistes, c’est une chose et nous nous employons sur Vigile à ajuster nos flutes, mais je crois qu’il est plus important de discuter de l’état des gens en général, c’est-à-dire l’apparente piètre qualité de leur conscience politique collective. Si nous ne discutons pas de ça en priorité, nous passons à côté du problème. Il ne faut pas les prendre, se prendre, pour acquis.
On ne peut agir qu’avec les gens du pays. Que veulent les Québécois ? Veulent-ils seulement quelque chose, politiquement ? Moi, je crois que plus le temps passe, plus les Québécois sont confortables et moins ils désirent des changements politiques. Tout le monde s’accomode très bien du statu quo, même si nous savons qu’il n’est pas acceptable. Même si nous, nous savons que nous mourrons à petit feu avec le statu quo, la population en général, quand elle entend ça, elle se dit, en général, que voilà encore des élucubrations de séparatistes désespérés. On a programmé depuis longtemps, dans la tête des gens, dans l’intellect, comment il faut traiter de ces choses pour avoir l’air "cool", pour être de son temps. A moins de vivre et de travailler dans un milieu indépendantiste, n’entendez-vous pas le discours des gens qui vous entourent ? Les seules fois où les questions politiques sont abordées, c’est pour les évacuer au plus vite. Et même si parfois on se fait confirmer nos pensées, l’essentiel est qu’on ne veut pas en entendre parler.
J’aimerais bien qu’on s’entende d’abord sur un diagnostic. Apportez-nous, ici, des éléments qui nous aideront à tous comprendre la même chose avec ce qui se passe actuellement, et depuis plusieurs années, au Québec. Dans la tête des gens je veux dire. Comment ça se fait qu’une majorité de gens ne voient pas ce qui leur arrive, n’est-ce pas extraordinaire ? Je sais que pour vous M. Bousquet, ce n’est pas si grave ce qui arrive, vous êtes sincère dans votre volonté du meilleur pour notre peuple, mais vous ne partagez pas je crois toute l’urgence de la situation. Si vraiment c’est comme ça, il nous appartient de vous montrer l’urgence, à vous et à toute la population. J’ai abondamment échangé sur internet pendant 7 ans, avec toutes sortes de gens. Je ne saurais quoi ajouter pour illustrer et convaincre de cette urgence.
Je veux, dans mes futures interventions, mieux comprendre les quelques propositions qui circulent sur Vigile, mais je veux surtout avancer, pas juste discuter. Je sais que pour vous M. Deshaies et pour plusieurs autres également, on s’égare si on ne s’enligne pas résolument pour une action engendrée par une pensée rigoureusement indépendantiste. C’est bien pour qu’on nous guide que je parle ici. M. Deshaies vous dites " il faut bien connaître le problème que nous voulons résoudre et savoir que l’objectif à atteindre est clair dans notre esprit." Bien connaître le problème, oui, mais nous ne nous entendons pas encore sur l’objectif à atteindre. Après avoir écouté comme il faut le discours des uns et des autres, que personne n’hésite à nous ramener sur le droit chemin. Mais, et là est la difficulté, le droit chemin, on ne s’entend pas encore là-dessus. Je crois bien humblement qu’il faut que les égos se taisent et laissent naitre les idées. Il faut apprendre à travailler ensemble, je suis bien d’accord. Tout de même, nous savons où nous voulons aller, on ne s’entend juste pas sur le chemin à prendre. On ne va pas se chicaner comme des gamins pendant des années. Prenons des chemins divergents s’il le faut, si nous ne parvenons pas à nous entendre, mais ne nous nuisons pas, l’essentiel est de se rendre à destination. On peut se parler et s’aider même si nous ne suivons pas le même chemin.
Nous avons presque tous, ici sur Vigile, l’objectif de l’indépendance du Québec. Mais des gens comme M. Bousquet préfèrent envisager ce qui apparaît le plus probable, c’est-à-dire ce qui semble le chemin le plus praticable dans les circonstances. M. Marcel Haché l’a bien compris. Donc, contrairement à ce que je viens de dire dans le dernier paragraphe, la destination n’est pas nécessairement la même pour tous les Québécois qui aiment leur pays, qui veulent son bien. Pour 60% de Québécois, à peu près, la destination n’est pas l’indépendance du Québec. Pour quelques uns d’entre nous, et j’aimerais bien pouvoir me positionner un jour, une destination différente de l’indépendance, c’est acceptable, l’essentiel étant de s’épanouir, de s’émanciper. Comme M. Haché cependant, je reste pessimiste quant aux chemins de travers, mais en même temps, je ne vois pas quand, à moins d’événements extraordinaires, les Québécois finiront par se réveiller.
M. Deshaies vous dites " Les "confédérationistes" exigeraient (rien de moins) que la réouverture de la constitution canadienne. Ce combat titanesque ne peut que nous faire reculer dans l’histoire. En revanche, la lutte nationale prônant l’indépendance du Québec s’avère être un chemin plus sûr si l’on admet que des relations interétatiques sont possibles et nécessaires entre des États souverains." Je crois bien malheureusement que nous n’ayons pas le choix. Les Québécois se fichent des nécessités stratégiques. Avant de contredire les propositions avec des arguments de stratégie (l’indépendance est nécessaire pour commencer à exister, et donc agir par soi-même, je le sais), j’aurais besoin, moi, d’arguments pour convaincre les aveugles et les sourds. Si, demain matin, on pouvait investir massivement l’espace télévisuel et publicitaire, on raterait notre coup si on se mettait à faire la leçon aux gens. Discutons de cela svp, que faut-il faire ?
M. Bousquet croit que les Québécois, en majorité, veulent une réelle confédération. Moi je crois qu’ils se fichent pas mal de tout ça. Nous avons beau avoir comme objectif l’indépendance, il faut être efficace dans notre action. Il est possible, je ne veux pas le croire, mais il est possible qu’il soit un peu tard et que l’indépendance totale et authentique ne soit plus possible. Il est possible qu’elle adviendra dans 50 ans, seulement après encore d’autres tentatives comme Meech et les 2 référendums.
Comment bien doser le discours direct, qui essaie de convaincre, et l’écoute active, la compréhension de la volonté populaire ? Il ne faut certainement pas s’en tenir à la volonté populaire, c’est-à-dire "à la mode", il ne faut pas suivre le courant des sondages, car nous savons que les gens sont intoxiqués. Il faut certainement un réel leadership, peut-être un personnage fort et incontournable.
Je ne suis pas encore convaincu, M. Deshaies, que votre démarche (bien que celle-ci n’est pas encore claire à mes yeux) est suffisante. Comme je le disais, enseigner directement aux gens le sens de leur passé et de ce qui leur arrive, c’est certainement le plus essentiel pour notre avenir, quoi qu’il arrive plus tard. Vous entretenez les racines, vous pourriez bien faire pousser un libérateur de peuple. Mais Power Corporation pulvérise des produits chimiques à tout bout de champ, il rase et reboise, et si ça continue, bientôt, il aura remplacé la nature par un gros centre d’achat. Voyez-vous cela comme moi ? Le taux d’abrutissement est plus grand que celui de la prise de conscience. Cette dernière étant la seule voie praticable, comme les faits nous montrent que ce qui se fait actuellement ne fonctionne pas, il faut mieux, il faut faire plus, il faut aussi accepter d’envisager que peut-être il serait approprié de faire autrement. Mais gardons quand même le cap.
Pour me convaincre, il faudra cerner ce qui est possible en tenant compte du diagnostic. Pour moi et pour beaucoup d’autres également, ce n’est pas encore une évidence. Il est probable que tout mon discours ait déjà été fait sur Vigile depuis toutes ces années, alors encore une fois, n’hésitons pas à faire les rappels nécessaires.
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Pour moi il est urgent de sortir de cette hypnose populaire, de cet endoctrinement continu, de cette emprise canadian, mais ce n’est pas l’avis de tous, ce n’est pas l’avis d’environ 60% de Québécois. Des statistiques nous montreront peut-être de temps en temps une certaine préoccupation des gens pour la langue, l’environnement, la guerre, mais comme tout nous est toujours présenté en pièces détachées, et comme les commentateurs autorisés s’appliquent à brouiller les cartes, à mélanger constamment les pièces du casse-tête, il en résulte que, pour les Québécois en général, non seulement il n’y a pas d’urgence, il n’y a peut-être même pas matière à discuter. J’espère qu’ici sur Vigile, on va essayer de s’entendre là-dessus. M. Deshaies, vous semblez optimiste quant à la possibilité concrète de rassembler les gens autour d’un même objectif. J’aimerais vous entendre là-dessus.
L’urgence justifie-t-elle la précipitation ? À l’inverse, une trop grande prudence m’apparaît stérile si elle se traduit par un attentisme improductif, une trop grande prudence est même dangereuse parce qu’elle peut conforter les esprits colonisés. Nos élites favorables à notre action semblent toujours, vous avez raison M. Deshaies, penser exclusivement en des termes autorisés, c’est-à-dire qu’ils s’activent à chercher des solutions à l’intérieur du régime, au lieu de se donner toutes les possibilités objectives. Le font-ils seulement parce qu’ils voient bien que c’est comme ça que réfléchit la majorité ? Or donc, sont-ils sans courage ou sans vision ? Par ailleurs, et vous avez raison encore ici M. Deshaies, "il ne faudrait pas ignorer [les luttes aux XVIIIe et XIXe] ainsi que deux référendums même perdus, [qui] ont été un travail d’affirmation. Le prochain combat devrait tenir compte de ces expériences historiques". Je suis toujours étonné que la réponse du fédéral à la quasi fracture de 1995 n’a été qu’encore plus de mépris et d’arrogance, et que nous, Québécois, nous n’y voyions pas de problème. Je reconnais les efforts de Lucien Bouchard à cet égard, et je le comprends dans son découragement devant l’inertie de la population. Mais avez-vous remarqué, à cette époque, le travail médiatique concerté ? Il fallait à tout prix que la machine continue à fonctionner, à tout prix. Même Le Devoir s’appliquait à relativiser l’indignation.
C’est ce qui me fait dire que nous sommes collectivement, politiquement, des mollusques. Nous n’avons aucune dignité, pas de la fierté, simplement un minimum de dignité. L’oligarchie canadian, comme dirait M. René-Marcel Sauvé, a lessivé les cerveaux, elle achève son travail. Sans dignité, c’est-à-dire sans un minimum d’orgueil et sans aucun sens de l’indignation, comment pouvons-nous espérer que le Québec se réveille ?
Le Bloc Québécois par exemple, sa présence à Ottawa permet une démocratie un peu plus saine (ils nous représentent mieux que les députés fédéralistes), et leurs faits d’armes montrent leur sérieux et leurs compétences. Mais qu’attendent-ils pour agir directement, puisqu’ils sont à Ottawa, sur le terrain de l’adversaire ? Pourquoi, même si ce n’est pas directement ce que nous voulons nous les militants, pourquoi le BQ n’est-il pas constamment à combattre la légitimité de l’autorité canadian, c’est-à-dire non seulement les actions du gouvernement fédéral et des autres provinces, mais surtout la Constitution canadian, qui engendre tous les droits et qui nous encarcane. On répondra que le BQ fait partie du jeu, qu’il ne peut pas agir en-dehors du cadre. Oui il le peut, oui c’est possible car le Québec n’est pas assujetti à cette Constitution canadian. Les experts juristes expliqueront que malgré notre "non signature", nous sommes quand même liés. Je leur dirai toujours que cela est immoral, injuste, inacceptable. Au regard de l’humanité, un peuple ne peut pas en assujettir un autre. On l’a toujours fait, c’est encore comme ça que procèdent les étatsuniens, mais c’est immoral quand même. L’humanité avance, notre barbarie passée et présente ne justifie rien. La révolution. Les civilisations se nourrissent de leurs évolutions. Si la nourriture vient à manquer, elles meurent.

