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«S’il y a un endroit où vous ne voulez pas être
malade, c’est au Québec.» Sortant de la première
new-yorkaise des Invasions barbares, le comédien d’origine
canadienne Dan Aykroyd décrivait avec effroi les hôpitaux
québécois, dans lesquels, disait-il, «tout est socialisé».
Aykroyd a l’avantage de pouvoir comparer avec les cliniques privées
hollywoodiennes, où, pour le prix d’une Mercedes, on reçoit
des soins divins. On doit surtout à ce comédien certains
des meilleurs sketchs de l’émission Saturday Night Live.
Pour lui rendre hommage, c’est dans le même esprit satirique
(traduction: pas de lettre de protestation, SVP) que je propose ici de
régler les problèmes de notre système de santé
en puisant directement dans la potion américaine.
1. Comment désengorger les urgences? Malgré
les très longues attentes, les Québécois continuent
à se présenter aux urgences. Pourquoi? Une raison, une seule:
on finit par les y soigner gratuitement. Nos voisins du Sud, eux, ont
trouvé la solution. Près des deux tiers des Américains
sont assurés, par l’intermédiaire de leurs employeurs,
par des Health Management Organizations (HMO). Allez aux urgences
tant que vous voudrez, disent ces assureurs, mais si nous jugeons, a posteriori,
que vous n’aviez pas de bonnes raisons d’y aller (votre mal
de tête n’était pas causé par un épanchement
sanguin), alors vous paierez la totalité des traitements et des
examens. Une arme de dissuasion massive. 2. Comment réduire la demande de soins? On ne
peut empêcher les gens d’être malades. Mais on peut
les empêcher de demander d’être traités. La meilleure
façon est de ne pas les assurer, ce qui rend les soins hors de
prix. Il y a 15 ans, aux États-Unis, première puissance
mondiale, une personne sur huit (13%) n’avait pas d’assurance
médicale. Cela permettait déjà de grosses économies.
Il y a eu progrès: l’an dernier, une personne sur sept (15%)
n’était pas assurée. Chez nous, cela équivaudrait
à priver un million de Québécois d’assurance
maladie. Du coup, on respirerait mieux dans les corridors des hôpitaux. 3. Comment décourager ceux qui veulent payer?
Il y a des gens qui ne comprennent pas le message et s’entêtent
à vouloir des soins. Lucides, les compagnies d’assurance
sont disposées à s’occuper des bien portants. L’an
dernier, la Kaiser Foundation, organisme indépendant de
recherche en santé, a tenté de faire assurer individuellement,
auprès de 19 assureurs importants, des citoyens types ayant eu
l’imprudence de tomber malades. La moitié des compagnies
ont refusé d’assurer une femme de 48 ans en rémission
depuis 7 ans d’un cancer du sein. Toutes ont refusé d’assurer
un porteur du VIH. Dans les cas où l’assurance était
offerte, mais avec une couverture restreinte, elle revenait en moyenne
à 4 000$ par an. Cette judicieuse gestion du risque contribue à
maintenir de très saines marges de profit pour les compagnies d’assurance
et aide le système de santé américain à battre
tous les records: il coûte, par personne, deux fois et demie plus
cher que le système québécois. 4. Comment réduire les listes d’attente?
Il suffit de faire en sorte que la décision de voir un spécialiste
repose non sur la volonté du patient (horreur!) ou sur l’avis
du médecin, mais sur l’assureur, seul garant du contrôle
des coûts. Et quand celui-ci dit non, ce qui est fréquent
(30% des assurés disent s’être vu refuser l’accès
à des soins qu’ils réclamaient), vous savez tout de
suite que vous n’obtiendrez pas de rendez-vous. Aucune attente.
Fini le stress. Ce système n’est pas parfait: la moitié
des médecins (sûrement des socialistes) avouent mentir parfois
à l’assureur et exagérer la gravité de l’état
du patient pour permettre à ce dernier de voir un spécialiste. 5. Comment réduire la facture des aînés?
Plus on vieillit, plus on coûte cher. Au Québec, pour les
gens âgés de 65 à 74 ans, on dépense 4 700$
par an par personne, chiffre qui bondit à 8 400$ pour la tranche
des 75-85 ans. Nos voisins du Sud se sont beaucoup penchés sur
ce problème et le traitent à la source: il suffit que les
gens vivent moins vieux! L’espérance de vie des États-Uniens
est inférieure de deux ans à celle des Québécois.
Ça compte! Quelle est la clé de ce succès? Bien sûr,
toutes les mesures de restriction des soins y contribuent. Il faut aussi
de grands écarts entre les très riches et les très
pauvres, de hauts taux de criminalité, de toxicomanie et d’obésité,
un nombre élevé d’heures de travail et seulement deux
semaines de vacances par an. Une petite guerre de temps en temps ne nuit
pas non plus au tableau d’ensemble. Il faut bien l’admettre,
nos forts taux de suicide et de tabagisme ne font pas le poids devant
l’offensive tous azimuts de nos voisins. Sans réforme radicale,
le modèle québécois nous conduira inexorablement
à vivre nettement plus vieux que les États-Uniens. Un autre
gâchis. |