Contre l’attentisme et l’automatisme

Il faut se méfier des raccourcis qui nous éloignent de notre objectif


Jean-François Lisée
Transcription d'un exposé livré lors du Forum sur les modes d'accession à l'indépendance, organisée le 26 août 2004 par le Parti Québécois de Montérégie


Le 25 décembre 1978, jour de Noël, les troupes de la République populaire du Vietnam envahissaient le Cambodge. Le monde entier a réprouvé cette agression d’un pays souverain alors dirigé par les Khmers rouges de Pol Pot, qui n’était pas un doux agneau. Seules l’Union soviétique et Cuba ont accepté de reconnaître le nouveau gouvernement cambodgien, une marionnette vietnamienne. Les États-Unis, la France, la Chine, la Grande-Bretagne, tous les grands pays ont continué à reconnaître le gouvernement cambodgien de Pol Pot. Le 13 janvier 1979, le Conseil de sécurité s’est réuni pour reconnaître officiellement que le gouvernement officiel du Cambodge était celui de Pol Pot et non le gouvernement vietnamien qui alors contrôlait presque la totalité du territoire du Cambodge. Pendant douze ans, la communauté internationale a maintenu sa reconnaissance envers le gouvernement de Pol Pot et sa coalition, alors limitée à une petite frange du Cambodge, qui ne contrôlait rien et qui n’avait de souveraineté effective sur rien. Pourquoi est-ce que je raconte cette anecdote ? Seulement pour dire qu’il ne faut pas surestimer le rôle et l’impact de la reconnaissance internationale qui, à elle seule, ne veut rien dire sur le terrain et sur la vie réelle des gens et du peuple. Les Khmers rouges, pendant 12 ans n’avaient, pour utiliser une expression qui nous est bien familière, que le « flag sur le hood ». J’avais tenu à reprendre cette anecdote dans un texte que j’avais, de façon disciplinée, préparé sur le thème pour lequel on m’avait invité ce soir, celui de la reconnaissance internationale. Me gronderez-vous si je sors un petit peu de ce que j’avais préparé pour déborder sur ce que les deux panélistes qui ont précédé Stéphane Paquin ont dit? Dans La Presse, vous avez pu lire mon texte qui insiste sur les divergences qu’il y a entre ma position et celle que Robert Laplante et Jacques Parizeau ont développée. J’aimerais d’abord noter quelques convergences, et je reviendrai tout à l’heure sur les divergences qui restent entre nous et qui sont très importantes.


Des points de convergence

Je résume ma position en disant que je suis contre l’attentisme et contre l’automatisme. Contre l’attentisme, ça veut dire que je partage avec l’immense majorité des militants indépendantistes la volonté que nous ne soyons pas dans une posture d’attente du développement des évènements lorsque nous serons de retour au pouvoir. Cela signifie que je pense qu’on peut faire encore mieux que ce que nous avions fait avec monsieur Parizeau en 1994, non seulement pour préparer un référendum sur la souveraineté mais pour préparer l’État du Québec à devenir l’État souverain que nous voulons, et faire en sorte de colmater un certain nombre de brèches qui existaient à l’époque dans le processus référendaire et qui ne devraient plus exister. Je m’explique très rapidement.

Plusieurs des propositions avancées par Daniel Turp et certaines des propositions avancées par Robert Laplante sont tout à fait intéressantes. En effet, je trouve excellent que des projets de loi portant sur l’organisation de ce que sera le futur État souverain soient déposés au cours des mois suivant l’élection du Parti Québécois. Je suis d’accord aujourd’hui, comme j’étais d’accord à l’époque - je m’étais exprimé à ce sujet dans des textes publics – avec le fait que nous déposions et que nous adoptions un projet de loi pour créer une citoyenneté québécoise, et je pense qu’il est possible à l’intérieur du droit canadien de créer une citoyenneté québécoise que nous appliquerions nous-mêmes. Sur le renforcement du processus référendaire face à Ottawa, j’ai fait un certain nombre de propositions, vous les trouverez sur mon site Internet (www.jflisee.net). Vous y verrez en effet que sur les questions de l’argent, des commandites et sur l’usine à citoyenneté fédérale, le Québec peut utiliser certaines mesures de balisage et de blocage qui permettront au moins d’en minimiser l’impact sur le prochain vote. De plus, et je l’ai dit aux gens du Chantier pays lorsque je les ai vus, je pense qu’il faut instaurer dans la période qui sépare l’élection du référendum, des travaux secteur par secteur. En effet, on ne peut se répéter, refaire les Commissions sur l’avenir du Québec.

Par exemple, on sait que l’on va hériter des pénitenciers fédéraux qui seront fusionnés avec ceux du Québec, on fera un seul système. Dans ces milieux-là, créons une mission pour voir avec les gens comment ça se fera. Faisons la même chose pour le militaire ou la santé. Il nous faudra fusionner les institutions fédérales de santé et de recherches avec les institutions de santé et de recherches québécoises, fusionner Radio-Canada avec Télé-Québec. On les prend un par un, et là on ne fait pas de l’animation, on ne fait pas de marketing, on propose aux gens de ces milieux-là, de tracer ensemble comment on va, dans les six ou dix mois qui vont suivre un oui référendaire, réorganiser leur secteur pour le rendre plus intéressant, plus performant, plus économique peut-être. On avait travaillé sur quelques éléments avant le référendum de 1995, mais ce n’était pas suffisant. Qu'est-ce que ça fait, ça ? Cela crée un climat, pas d’inévitabilité, mais de réalité. On s’approche de ce que sera le pays du Québec. Ça devient plus concret.
Après l’élection : préparer la souveraineté, sans gestes de rupture

Je suis tout à fait d’accord avec l’idée de préparer une constitution provisoire ou initiale. Ce sont en effet des gestes qui ne relèvent pas de l’attentisme. Mais là où je diverge d’opinion avec Robert Laplante, c’est lorsqu’il dit qu’après une élection où nous ne serions pas majoritaires, où nous aurions 44% des voix comme ce fut le cas en 1994, on pourrait poser des gestes pour modifier le droit existant, en adoptant par exemple une loi créant l’équivalent d’une Cour suprême québécoise. Je suis tout à fait d’accord pour qu’on ait cette cour, je veux qu’on ait cette cour, mais sa création est un geste de souveraineté que l’on posera lorsque les Québécois nous auront donné le mandat de faire la souveraineté. Ils ont compris que nous allions la préparer, ils ont compris que nous allions poser des gestes de préparation, des gestes de transition, mais ça, c’est un geste qui modifie le droit alors que les Québécois n’ont pas encore dit oui. Je pense que l’opinion nous en voudrait énormément de poser des gestes comme celui-là.

Sur la question de l’attentisme, c’est fini, il ne faut jamais revenir là-dessus. J’étais favorable à l’utilisation de fonds publics pour faire la promotion de la souveraineté en 1994-1995, bien sûr, j’y étais favorable étalement lorsque j’étais conseiller de M. Bouchard par la suite. Je trouvais que, franchement, on a payé assez cher en 1998 en se faisant élire et en perdant des votes car certains ne voulaient pas qu’on soit élus en faisant la promotion de la souveraineté, on a perdu des voix parce qu’on voulait garder la souveraineté dans le programme, maintenant utilisons la capacité que nous avons en utilisant les fonds publics. Dans un autre de ses excellents textes publiés dans l’Action nationale, Robert Laplante, dont je salue la qualité intellectuelle malgré nos divergences, a révélé que les déductions fiscales du trésor québécois avaient contribué à financer le Conseil de l’Unité canadienne. Je suis d’avis que le gouvernement Landry aurait du faire le total de ce que le financement du Conseil pour l’Unité canadienne a coûté au trésor québécois, calculer les intérêts composés depuis sa création en 1979 et faire un dépôt équivalent au Conseil de la souveraineté de manière à équilibrer les comptes.

Tous ces exemples illustrent qu’un gouvernement du Parti Québécois, élu avec 44% des voix, aura certainement le mandat, la capacité et la légitimité de poser tous ces gestes qui ne sont pas des gestes de rupture, mais plutôt des gestes de préparation.


Aujourd'hui, s’engager à tenir un référendum, c’est rester dans l’opposition


Pourquoi suis-je contre l’automatisme? L’automatisme, c’est de dire : On vous promet, on vous garantit, on s’engage à tenir un référendum dans 500 jours, mille jours, deux ans, pendant la première moitié du mandat, ce que mon ancien patron a appelé la « divination numérique ». Pourquoi y suis-je opposé ? Parce qu’il serait quand même préférable que nous soyons élus. Si les souverainistes ne sont pas élus, nous ne pourrons pas faire la souveraineté. Et pour être élu au Québec, il faut additionner.


Il faut additionner quoi ? Il faut additionner les souverainistes, il faut additionner les souverainistes qui ont peur de l’échec et ceux qui sont contre la tenue d’un autre référendum. En ce moment, c’est extraordinaire, environ 50% des Québécois se disent favorables à l’idée de souveraineté. C’est une extraordinaire force que, dix ans après le référendum de 1995, on obtienne ce niveau d’appui. Moi, ça me rend très optimiste. Cependant, lorsqu’on demande : « voulez-vous un référendum sur la souveraineté dans un an ou dans deux ans ? », la moitié d’entre eux débarquent. Ils se disent « on est pour l’idée de la souveraineté, on voudrait qu’elle se réalise, mais on ne veut pas de référendum sur la souveraineté ». Pourquoi disent-ils cela ? Ce n’est pas parce qu’ils ne veulent pas que la souveraineté se fasse, c’est parce qu’ils sont convaincus que si on tient un référendum ça va être déchirant et difficile, ça va être stressant et on va le perdre. Et si on le gagne, le Canada va le torpiller avec C-20. Ils ont suivi, ils ont écouté le Téléjournal pendant toutes ces années. Ils se disent « moi, je pense que ça ne marchera pas ». Alors si vous me dites qu’un vote pour le Parti Québécois, c’est un vote pour un échec référendaire dans les deux ans qui viennent, ne comptez pas sur mon vote !


Donc l’automatisme, c’est la meilleure façon de créer une coalition… chez nos adversaires. On va dire à Charest, tu prends tous les votes fédéralistes, plus une partie de la moitié des votes souverainistes qui ne voudront pas nous suivre parce qu’ils ont peur de l’échec, alors là on additionne pour lui. Il gagne, on perd. Il n’y a pas de souveraineté. Ca ne me fait pas plaisir de vous dire ça. J’aimerais mieux que ce soit autrement, mais voilà où on en est. Il faut le savoir et agir en conséquence.


Il faut donc additionner pour nous. Il faut avoir avec nous les souverainistes pressés, en s’engageant à ne plus être attentistes, donc à préparer activement la souveraineté. Il faut avoir avec nous aussi les souverainistes qui pensent que ça va être un échec. Il faut leur dire : « écoutez on va tout faire pour y arriver, mais on ne se coule pas dans le ciment. Si on voit que ça ne se fera pas, on ne le fait pas ». Les gens vont se dire OK, on vous fait confiance pour faire preuve de leadership et de jugement. Il faut additionner aussi une partie des modérés et des fédéralistes qui vont se dire de toute façon ça ne marchera jamais leur affaire mais qui se diront : « Moi je suis social-démocrate, je suis pour leur politique économique donc je vote pour eux. » Ça, c’est additionner pour nous, pour prendre le pouvoir, donc pour nous mettre en position de faire la souveraineté.


Évidemment, je viens de décrire la situation politique qui se présente à nous à l’automne 2004. Si la situation change avant l’élection et que la souveraineté est suffisamment forte dans l’opinion pour appuyer une proposition automatisme, il faut saisir l’occasion et le faire. C’était le cas au début des années 1990 et c’est ce qui a amené M. Parizeau à s’engager à tenir un référendum dans les 18 mois. Une position que j’approuvais. A d’autres moments, il faut s’adapter en sens inverse. En 1989, M. Parizeau proposait des référendums sectoriels pour rapatrier des pouvoirs. C’est que l’opinion souverainiste était alors trop faible. Il a changé de position par la suite, et avec raison. En ce qui me concerne, je proposais en 2000 ce que j’appelais « Sortie de secours ». J’ai la faiblesse de penser que, si on l’avait fait, le Québec serait souverain aujourd’hui. On ne le saura jamais. Mais je ne le propose pas en 2004, car la conjoncture a changé. La souveraineté du Québec ne se fera que si on tire le maximum de la conjoncture, pas en faisant semblant qu’elle n’existe pas.


La conjoncture électorale peut nous être favorable lors du prochain scrutin. Mais c’est peut-être une occasion qui ne se représentera pas. Vous savez que le Québec a une très forte tradition de laisser deux mandats à ses gouvernements. Mais en ce moment, Charest fait tellement mal ça que c’est possible qu’on puisse briser le cycle des deux mandats. Ils nous donnent une opportunité. Mais si on fait de la souveraineté automatique le centre de notre prochaine campagne, on lui donne son deuxième mandat.

Ensuite, Jean Charest a promis de changer le régime électoral. À ce propos, je sais qu’il y a des débats, mais c’est sûr qu’à mon avis, le changement qu’il propose au régime va provoquer une fragmentation dans la famille souverainiste. Ça va donner beaucoup d’oxygène à l’UFP, à Françoise David, aux Verts, etc. Peut-être que dans deux ou trois élections on pourra former une coalition avec eux et qu’on deviendra pluralitaires, mais en tout cas à court terme, ce ne sera pas le cas : avant de s’unir, on va se diviser. Donc, si on ne passe pas à cette élection-ci, on traversera sans doute un très long désert.

Une autre raison, c’est qu’on fait cela dans un contexte canadien et que le fait d’avoir un premier ministre francophone à Ottawa ne nous a jamais aidé auprès de ceux qu’il faut encore convaincre. Que ce soit avec Jean Chrétien, Brian Mulroney ou Paul Martin, ça ne nous a jamais aidés parce que, pour une bonne part de l’opinion, ces premiers ministres sont des gens de notre famille avec qui on ne s’entend pas, mais ce sont des gens de notre famille quand même. Or il se peut que dans les trois ou quatre années qui viennent, il y ait alternance à Ottawa. Il se peut qu’on se retrouve avec Stephen Harper avec une équipe presque uniquement unilingue anglophone qui dirige le Canada et qui renvoie au Québec le visage d’un autre pays. Avoir au pouvoir à Ottawa le parti conservateur, réfractaire au bilinguisme et porteur de valeurs qui vont à l’encontre de celles du Québec, cela pourrait être la meilleure combinaison possible pour faire la souveraineté pendant qu’ils sont là.


Si on a perdu le pouvoir par automatisme, on va faire comme on a fait sous Robert Bourassa après l’échec de Meech : on va être dans l’opposition, on va regarder passer le train qui aurait pu nous mener vers la souveraineté. On ne pourrait pas le prendre, car on ne serait pas la locomotive, on serait dans l’opposition. Vous savez, en ce moment, au Parti Québécois, les militants ont beaucoup d’énergie, beaucoup de volonté, beaucoup de détermination, mais certains veulent brûler des étapes. Ça arrive aussi dans le sport. On veut tellement franchir rapidement le premier obstacle, qu’on s’enfarge dessus et qu’on tombe et qu’on est disqualifié.

Comment perdre le référendum : promettre une déclaration unilatérale de souveraineté


Un autre argument avancé par MM Laplante et Parizeau, et partiellement par M. Turp, porte sur la déclaration de souveraineté, qu’il faudrait faire immédiatement après le référendum. Prenons une comparaison. C’est ce qu’on veut faire : en fait on veut divorcer! On ne veut plus parler à notre conjoint, on veut divorcer parce qu’il n’est pas correct avec nous. Mais ça ne suffit pas de dire « Je déclare mon divorce »! Si c’est lui qui a le compte en banque ou les deux tiers de celui-ci, si les enfants sont à son nom et qu’on veut en avoir la garde partagée, il va falloir qu’à un moment il signe les papiers de divorce. C’est dommage, mais il faut qu’à un moment, il signe. Tant qu’il ne signe pas, on est comme les Khmers rouges avec leur drapeau. Ça va nous prendre les clés et le code d’accès de la base militaire de Valcartier, ce sera la même chose pour le centre fiscal de Shawinigan. Donc, il y a un moment où le Parlement canadien devra accepter.

J’aimerais qu’on tienne un référendum sur la souveraineté, qu’on le gagne et qu’on déclare la souveraineté dans la nuit, pourquoi attendre au lendemain ? Si on dit cela aux Québécois, ils vont dire : « Ah bon ! donc ce que vous voulez, ce n’est pas un divorce négocié avec un médiateur. Vous ne voulez pas négocier la garde partagée, avoir un bon rapport de force et un bon avocat, ou avec un observateur étranger. Vous voulez kidnapper l’enfant.» Si c’est ça notre programme, il est certain qu’on perd le référendum.


C’est simple : proposer une déclaration unilatérale de souveraineté qui dit, « nous on prend le contrôle on n’essaye même pas de négocier avec un rapport de force », c’est s’assurer qu’il n’y ait pas de majorité référendaire. Ça nous prend tout notre petit change pour convaincre 50 % + 1 des Québécois de faire un divorce, pas à l’amiable mais au moins civilisé, avec un adversaire féroce et tenace qu’on va essayer d’encadrer et de forcer à signer les papiers. Mais là, si on dit qu’on n’essayera même pas de faire signer les papiers. Là, il n’y en aura pas de majorité. Quand on demande aux Québécois dans des sondages faits avec nos taxes par le Conseil de l’Unité canadienne : « êtes pour ou contre la souveraineté ? », les résultats varient d’un sondage à l’autre. La dernière fois qu’ils l’ont fait, ça donnait 38%. Mais quand on demande, « mais si vous étiez certain qu’il y aura un partenariat avec le Canada », ça passe de 38% à 58%. Un bond de 20 % ! Le mot « partenariat » est un code. Il signifie : on va négocier, on va s’entendre sur le divorce. (Personnellement j’ai toujours été contre le partenariat politique, je souhaite un partenariat économique. Le but de la souveraineté, c’est en effet d’être souverain politiquement.) Mais si on dit aux Québécois qu’on va divorcer sans s’entendre, l’appui passe de 58 % à 38 %. Avec un tel résultat, on ne l’aura pas notre pays.

Si on débat de tout cela en ce moment, c’est parce que moins de 60 % de Québécois veulent l’indépendance. C’est parce qu’il faut additionner jusqu’à 50 % +1 et que c’est très difficile. Alors lorsqu’on discute de stratégie référendaire, de ce qu’on va présenter aux Québécoises et aux Québécois, ils commencent à nous connaître, ils réagissent à ce qu’on leur dit. Si on leur dit « Élisez-nous et on va automatiquement vous poser la question du divorce avant deux ans », il vont nous dire « Non merci » ! Ils vont nous dire oui pour le reste, mais pour ça, non merci ! Alors, on va trébucher au premier obstacle. Si on leur dit « D’accord, on va préparer les choses », très bien! Ensuite si on leur organise un référendum et qu’on leur dit : « le lendemain d’un oui, on déclare unilatéralement la souveraineté. On n’essaye même pas de négocier. Ils vont nous dire non, ça ne nous intéresse pas ! » Et on va perdre le référendum.


Je vais revenir en terminant sur la déclaration de souveraineté, pourquoi est-ce important qu’on ait un délai. D’abord qui va nous reconnaître ? La France et une vingtaine de pays de la Francophonie, c’est tout ! Ne pensez à rien d’autre. Et les vingt pays de la Francophonie le feront à cause de la France. C’est tout ! C’est extrêmement important qu’ils se prononcent, parce qu’au lendemain d’un oui, si comme en 1995 le fédéral refuse de reconnaître notre décision, il faut augmenter notre rapport de force politique à l’intérieur du Québec et à l’intérieur du Canada.

Pour nous, le référendum est décisif. Les Québécois ont décidé de la souveraineté, ce n’est pas encore un fait, mais la décision est prise. En 1995, la France aurait dit la même chose que nous et aurait donc contredit Ottawa. Mais si on avait déclaré la souveraineté le soir du référendum de 1995, les Français n’auraient pas reconnu la souveraineté. C’est parce qu’on leur a dit « Écoutez, on va rendre ça plus facile pour vous, vous allez reconnaître le fait que les Québécois ont choisi la souveraineté et s’engagent dans un processus de négociation avec le Canada ». Les Français ont dit oui à ça, car ils se sont dit : « On ne rompt pas nos relations diplomatiques avec le Canada, ça crée un espace de négociation à l’amiable ». Tous les pays veulent qu’on règle ça à l’amiable, et ça c’est vraiment précieux pour nous car d’un côté on a Jean Chrétien qui dit : « Ça ne vaut rien votre référendum » et de l’autre côté on a Jacques Chirac qui dit : « Oui, oui, ça veut dire qu’il ont décidé d’être souverain ». Si on dit « Non monsieur Chirac, on veut que vous reconnaissiez qu’on existe comme pays souverain », il va dire non, car ce n’est pas encore fait, car ce n’est pas encore le cas. Alors, ce délai nous permet de faire renforcer notre rapport de force au sein du Québec et du Canada et permet à ceux qui veulent reconnaître qu’on a posé un geste politique de le faire.

Je n’aime pas du tout avoir le rôle de celui qui dit « C’est pas si simple que ça »! J’aimerais mieux vous dire qu’il y a une façon de prendre un raccourci et d’aller plus vite et plus fort. Moi-même j’ai conseillé des scénarios de rupture dans un certain nombre de cas. Il y a des cas où on peut le faire et je comprends très bien la dynamique dans laquelle on peut vouloir nous emmener. Mais il est certain que, si on dit aux Québécois « Élisez-nous et on va faire des scénarios de rupture », on va rester dans l’opposition et on va s’éloigner de la souveraineté. Moi j’aimerais mieux qu’on s’en rapproche.

Merci.