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Champion de la dénatalité, le Québec pourrait-il
s'inspirer des deux peuples les plus féconds d'Occident? Français
et États-Uniens s'y prennent pourtant de façon opposée.
Devinette: quelle est la proportion de salariées aux États-Unis
qui ont droit à un congé de maternité rémunéré?
Réponse: 4%. Une autre? Quelle est la proportion de salariées
américaines qui ne sont pas légalement assurées de
retrou-ver leur emploi après leur congé de maternité?
54%. Leur employeur a le droit de les virer. Je viens pourtant de décrire
une grande avancée sociale. Car il y a 10 ans à peine, c'est
90% des employeurs états-uniens qui avaient ce droit, les autres
devant se plier à une convention collective. Pas étonnant
que la durée moyenne des congés de maternité chez
nos voisins du Sud soit de 10 jours. Avec quel effet sur le taux de fécondité? Fantastique!
Les États-Unis ouvrent la marche de tous les pays occidentaux,
avec un taux de 2,13 enfants par femme l'an dernier. C'est le seul pays
industrialisé où le renouvellement des générations
est, pour l'instant, assuré. Posons les mêmes questions à propos des Français.
Proportion de salariées ayant droit à un congé de
maternité rémunéré? 100%. Rémunération?
100% du salaire (sauf exceptions). Garantie de retour au travail? Totale.
Durée des congés? La loi prévoit un minimum "obligatoire"
de 8 semaines. Généralement, les mères prennent les
16 semaines accordées par la loi, et 24 pour le troisième
enfant. Ce à quoi s'ajoute une foule de congés prolongés
diversement rémunérés. Avec quel effet sur le taux de fécondité? Formidable! La
France ouvre la marche de tous les pays européens, avec un taux
de 1,9. Elle n'est battue que par les États-Unis dans ce palmarès.
(L'Italie enregistre 1,2; l'Allemagne 1,3; le Québec 1,4; le Canada
1,5; la Suède 1,6. La moyenne des pays de l'Union européenne
est de 1,5.) Mais, disent des démographes, ce qui importe aujourd'hui pour
donner du tonus à la maternité, c'est du temps! Davantage
de temps, davantage d'enfants. L'exemple français est tout à
fait net: la baisse graduelle du temps passé au travail depuis
une vingtaine d'années a préparé le baby-boom actuel.
Depuis 1998, la semaine de travail a été légalement
réduite de 39 à 35 heures et le nombre d'heures supplémentaires
grandement limité. Cette bouffée de temps frais est essentiellement
consacrée par les parents à leur vie familiale. Aux États-Unis, c'est le contraire. La semaine de travail ne cesse
de s'allonger, les États-Uniens travaillant désormais davantage
que les Japonais. Avec l'augmentation de la présence de la mère
au travail, les couples étaient au boulot, en moyenne, 660 heures
de plus en 2001 que 20 ans plus tôt, lorsque la natalité
américaine était nettement plus basse. Et près de
un salarié sur cinq affirme exécuter des heures supplémentaires
contre son gré. Le niveau de fécondité est encore
plus fort dans la communauté noire (2,3) et chez les immigrés
latino-américains récents (3,1)? C'est pourtant dans ces
familles que l'augmentation du temps de travail est la plus nette. Reste
que même la majorité blanche, avec un taux de 1,8, devance
sur ce plan la plupart des pays occidentaux. Quant aux services de garde,
ils sont essentiellement privés et extrêmement onéreux
- contrairement à la situation en France. Que conclure? Que les caractéristiques nationales, les valeurs,
la culture familiale ont plus de poids en ces matières que bien
des politiques publiques. Cela signifie-t-il que le Québec devrait
baisser les bras? Non, mais qu'il doit, plutôt que de suivre des
exemples étrangers, être à l'écoute des parents
et des futurs parents. Et lorsque ceux-ci réclament des places
en garderie et rêvent du jour où ils prendront, à
leurs frais, des jours de congé supplémentaires pour s'occuper
de leurs rejetons, il faut être sourd pour ne pas entendre et agir. Une autre conclusion se dégage de ces données. Les pays
qui effectuent un bon renouvellement de leurs générations
préparent, pour demain, des sociétés équilibrées
et dynamiques. L'arrivée constante de nouvelles cohortes de bambins
annonce non un déclin mais un maintien de la force américaine.
Ceux qui croient en revanche que la France représente "la
vieille Europe" se trompent. Elle sera demain la plus jeune nation
d'Europe et elle continuera, souvent face au rival états-unien,
à faire entendre sa voix avec un sens critique, un panache et une
irrévérence sans cesse renouvelés Ancien conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, l'auteur
est directeur exécutif du CERIUM
et de PolitiquesSociales.net.
Il s'exprime ici à titre personnel. |