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L’économie québécoise croît plus vite que l’ontarienne,
les Québécois ont un niveau de vie supérieur, s’enrichissent davantage
et leur richesse est mieux répartie qu’ailleurs en Amérique. Des constats
essentiels au débat sur le modèle québécois. (On peut trouver ici
une mise à jour de l'été 2005 de ce texte, en format
word.) Pour un certain nombre de leaders d’opinion, la cause est entendue : le modèle économique ontarien est un bolide admirable, bien calibré, qui avance à vive allure sur la route du progrès économique. Le modèle québécois, lui, serait encrassé, retardataire, peu performant. Il est rare qu’on puisse, en ces matières, présenter un démenti définitif. L’économie est une partie qui ne se termine jamais, les chiffres varient selon les années. Le cycle économique ontarien est particulièrement sensible aux humeurs de l’industrie automobile, qui creuse la crise lorsqu’elle se présente – pertes d’emploi massives et rapides -- et pompe ensuite la reprise – annonces d’investissements d’un milliard en un jour. Or nous avons aujourd’hui une occasion qui se présente rarement. Puisque la période de croissance économique des années 1990 est terminée, nous détenons un point de départ et un point d’arrivée définissant une « période » économique claire. L’année 1989 ouvre la période. C’était, pour le Québec et l’Ontario, le sommet du cycle économique précédent. Les deux sociétés sont ensuite entrées et sorties du ralentissement économique à des rythmes différents, puis se sont dirigées vers un même nouveau sommet, celui de 2000. Statistique Canada a publié le 30 octobre 2001, dans ses Comptes nationaux, les chiffres provinciaux pour 2000. Nous avons donc le résultat de la période. De plus, un certain nombre de travaux comparatifs pancanadiens récents effectués par le gouvernement de l’Alberta et la ville d’Edmonton nous fournissent une source de données dont la crédibilité n’est pas contestable. Bien sûr, il faut rappeler qu’au point de départ, en 1989, l’Ontario était plus riche que le Québec. C’est vrai depuis qu’on tient des statistiques. Il ne s’agit donc pas de savoir si le bolide ontarien est devant le québécois, c’est une certitude. Il s’agit de savoir si l’engin québécois s’est déplacé plus ou moins rapidement que l’ontarien pendant la dernière période. Si l’écart qui les sépare s’est creusé ou refermé. Mythe #1 : L’économie ontarienne progresse plus rapidement que la québécoise. Faux.L’économie ontarienne « grossit » plus rapidement que l’économie québécoise (34% contre 28%), parce que sa population augmente davantage (16% contre 7%). Mais on peut grossir et s’appauvrir en même temps. Le meilleur indicateur de la croissance économique d’une société est l’enrichissement global, divisé par le nombre de personnes qui l’habitent. À ce titre, le Québec a davantage progressé en 11 ans, avec 19% de croissance, que l’Ontario, avec 16% (1). Bref, si vous êtes un Produit intérieur brut, vous avez davantage grossi en Ontario. Mais si vous êtes une personne, votre avoir collectif réel a davantage augmenté au Québec.Mythe #2 : La forte augmentation de la population ontarienne est un signe de sa plus grande prospérité. Faux.C’est le contre-argument avancé par les partisans du modèle ontarien. Y adhérer sans réserve, ce serait affirmer qu’avec 7% d’augmentation de population sur la période, le modèle québécois est supérieur à celui des locomotives économiques que sont les États de New York (5,4%), de Pennsylvanie (3,4%), du Massachusetts (5,5%), du Michigan (6,9%) et de l’Ohio (4,7%), pour ne nommer que ceux-là (2).Il est tout à fait exact qu’une progression démographique zéro, et plus précisément une immigration zéro, serait le signe d’une économie malade au point de n’attirer aucun nouveau travailleur. Ce principe n’est pas un mythe. Ce qu’il l’est, c’est croire que la progression ontarienne représente la normalité et que, si le Québec fait moins bien, il est fautif. Il faut savoir qu’au contraire, le Canada et l’Ontario sont « hors normes ». Comme le notait un rapport récent du ministère québécois de l’immigration, « si l’on fait exception du cas particulier que représente l’État d’Israël, le Canada déploie le niveau d’effort le plus élevé parmi les pays pratiquant une politique ouverte d’immigration ». Selon les chiffres de la Banque Mondiale, le Canada affiche sur la période 1980-1999 une progression démographique annuelle presque au quadruple (1,1 % par an) de la moyenne des autres pays du G7 (0,3). Avec son 0,7 % par an, le Québec n’affiche « que » le double de cette moyenne (3). Utiliser la progression de l’Ontario, au quintuple de la moyenne (1,6), comme « norme » d’immigration, c’est dire que ceux qui ne sont pas obèses sont sous-alimentés. Avec sa propre progression, essentiellement due à l’immigration, le Québec franchit amplement le seuil d’attraction requis pour démontrer la bonne tenue de son économie. Il le fait avec d’autant plus de mérite que le Québec n’est pas une destination nord-américaine naturelle : d’une part, son caractère distinct, francophone, est assez net et connu pour détourner vers le reste du continent les immigrants qui veulent vivre le « rêve américain » classique, donc anglophone; d’autre part, l’absence de la souveraineté ne permet pas au Québec d’offrir avec force et clarté un « autre rêve américain » aux immigrants potentiels. Dans ce contexte, le taux d’immigration et le taux courant de rétention des immigrants, d’environ 75%, est remarquable. Mythe #3 : L’emploi progresse beaucoup plus en Ontario. Faux.On peut l’évaluer de quatre façons. Le taux d’emploi mesure la proportion de la population en âge de travailler qui est employée. L’Ontario a débuté la période avec un taux de 66,4 et l’a terminé avec 63,3. Son taux a donc régressé de près de 5%. Le Québec a débuté et terminé la période avec un taux de 57,9. Il n’a pas bougé.Second indice : le taux de chômage. En Ontario, il est passé de 5,1 à 5,7. Le chômage a donc augmenté de 12%. Au Québec, il est passé de 9,6 à 8,4, une diminution de 12,5%. L’Ontario partait de plus haut mais décline. Le Québec partait de plus bas mais progresse. Troisième indice : le taux d’activité, qui mesure à la fois les travailleurs et les personnes en recherche d’emploi. Entre 1989 et 2000, il est passé de 64,1% à 63,2% au Québec. En Ontario, les chiffres correspondants sont de 69,9% et 67,2%. Il y a donc eu détérioration dans les deux cas, bien plus prononcée en Ontario. La régression québécoise est de 1,5%, l’Ontarienne, de 4%. Quatrième indice : la création d’emploi. Il faut, là encore, ajuster les chiffres en fonction de l’augmentation de la population. Si, en 10 ans, un million de Belges déménagaient au Québec et que la moitié d’entre eux se trouvaient un emploi, le nombre d’emplois créés exploserait… mais le taux de chômage aussi. Lorsqu’on fait cet ajustement, année sur année 1989 et 2000, on constate que le nombre d’emploi a régressé de 2,2% en Ontario, qu’il a progressé de 3,4% au Québec (4). Bref, en Ontario, les quatre indicateurs montrent une régression de l’emploi. Au Québec, deux indicateurs montrent une progression, un indicateur une régression nettement plus faible que l’ontarienne, un indicateur une stabilité. La tendance est nettement meilleure au Québec, même si l’écart historique avec l’Ontario est loin d’être refermé. Mythe #4 : Les Ontariens s’enrichissent, les Québécois s’appauvrissent. Faux.Le revenu disponible total ontarien, donc une fois les impôts payés, « grossit » à peine plus qu’au Québec (15% contre 14,5%). Mais dès qu’on calcule l’augmentation du revenu par personne, le contraire apparaît : chaque Québécois a 30% de plus en poche, chaque Ontarien n’a que 26% de plus en poche. Cette donnée est encore imparfaite : elle tient compte de l’inflation en général mais pas de l’évolution réelle des coûts au Québec et en Ontario. C’est pourquoi on lui applique « l’indice implicite de prix ». Résultat : en moyenne, chaque Québécois a augmenté de 7,4% son pouvoir d’achat sur la période, chaque Ontarien a réduit en moyenne de 0,3% son pouvoir d’achat. Les Ontariens, donc, se sont légèrement appauvris pendant que les Québécois s’enrichissaient.![]() Mythes #5: Au total, le modèle ontarien laisse plus d’argent dans la poche de ses citoyens, le modèle québécois est un « enfer fiscal » qui confisque le pouvoir d’achat. Faux.Nous venons de voir comment la situation a évolué sur la décennie. On s’interroge ici sur la capacité des citoyens de dépenser leur argent plutôt que de voir l’État lui en subtiliser une large portion. Il est vrai que le fardeau fiscal provincial est plus élevé au Québec qu’ailleurs. Cependant cet étalon de mesure est partiel, pour ne pas dire trompeur. Il ne tient pas compte du coût de la vie réel, notamment des coûts du logement, ni des économies réalisées par le contribuable lorsque l’État assume une partie des coûts des services. Si les garderies ne coûtent que 5 $ plutôt que 25, voilà un coût évité. Si l’assurance-médicament a un déficit, c’est que l’État paie une partie du coût des médicaments. Idem pour les frais de scolarité et les bourses, l’école privée subventionnée, le logement social et son impact à la baisse sur les coûts du logement, les spectacles et concerts gratuits. La décision d’une société d’État, Hydro-Québec, de maintenir des tarifs d’électricité résidentiels nettement moins chers que ceux de ses voisins est également un important coût évité au contribuable québécois (à Toronto on paie 38% plus cher, 51% à Moncton et 252% à New York). Les comparaisons de taux d’imposition des provinces et des États sont essentiellement des palmarès de la mesquinerie : moins un État ne désire redistribuer la richesse, plus il gagne des points dans ces palmarès. Les gouvernements sociaux-démocrates ne peuvent, par définition, jamais en sortir vainqueurs.Grâce au gouvernement de l’Alberta, peu penché vers la gauche, nous disposons d’une mesure qui a le mérite d’intégrer au moins une partie de ces coûts évités (il ne tient malheureusement pas compte des frais de scolarités moitié moins élevés au Québec). Selon une étude KPMG/Alberta portant sur l’année 2001, à revenu égal et dans tous les cas étudiés – revenus de 40 000 à 150 000 $ par an – le contribuable de Montréal, avec ou sans enfants, a terminé l’année dernière en ayant dépensé nettement moins d’argent pour l’ensemble de ses besoins de base que le contribuable de Toronto (mais pas d’Edmonton). La différence est considérable : à 40,000 $ de revenus, le Torontois doit débourser plus de 4600 $ de plus. À 60 000 $, c’est 7600, et ainsi de suite. Voici les économies, en pourcentage, faites par le Montréalais, lorsqu’on compare les coûts sur une base de 100 pour Toronto. ![]() Bref, pour un même niveau de vie, à revenu égal, le Montréalais dépense entre 8 et 12 % de moins que le Torontois. Il conserve par conséquent une plus grande proportion de son revenu pour investir dans son équité, pour épargner, pour jouir de la vie – ou alors il s’endette moins. C’est énorme ! Et contraire à presque tout ce qui se dit, s’écrit, sur la question. Le Québec avait fait produire par KPMG une étude similaire en 1998. Elle étendait la comparaison jusqu’aux revenus de 250 000 $ par an et aux 14 plus grandes villes du Canada et des États-Unis. Résultat : tous impôts et taxes compris, Montréal était la moins chère du continent pour les personnes seules gagnant jusqu’à 30 000 $ par an et les familles gagnant jusqu’à 50 000 $ par an (donc une grande majorité). Montréal était dans la moyenne des 14 villes pour les familles jusqu’au sommet de l’échelle (250 000 $), dans la moyenne également pour les personnes seules jusqu’à 75 000 $ par an, jamais moins que onzième au-delà. (Note à Pauline Marois : il est impératif de faire une mise à jour annuelle de ces données, et de les publiciser correctement. Partagez-en les coûts avec l’Alberta.) C’est dire que malgré « l’enfer fiscal » dont on nous rebat continuellement les oreilles, la totalité des contribuables montréalais conservent une plus grande part de leurs revenus que leurs voisins de Toronto. Qui plus est, l’immense majorité des contribuables montréalais – et la quasi totalité des familles – conservent une plus grande part de leurs revenus que leurs voisins des treize principales villes américaines (5). Mythe #6 : Le prix élevé des résidences torontoises enrichit les Torontois, le bas prix des résidences montréalaises appauvrit les Montréalais. Faux.Certains rétorquent avec exactitude qu’une bonne partie des économies réalisées par les Québécois est attribuable aux coûts de logement plus élevés à Toronto. Puis, étrangement, ils vantent les mérites de ces coûts plus élevés en affirmant que le Torontois y gagne car il investira davantage dans sa propriété et fera davantage de profit lorsqu’il la vendra. Si c’était vrai, cela ne s’appliquerait qu’à une minorité, car 66% des ménages de l’Île de Montréal sont locataires, contre 42% à Toronto. Surtout, c’est trouver bien des vertus à une tare. Le coût plus élevé du logement à Toronto (et à Vancouver, et à New York, et à Boston, etc.) est d’abord un important facteur d’appauvrissement. Il contribue largement à pousser le taux de pauvreté ontarien (et états-unien) à des niveaux plus préoccupants qu’à Montréal, sans parler de crises des sans-abris nettement plus aiguës et socialement coûteuses qu’au Québec. La pression démographique plus forte à Toronto est un des facteurs qui, aggravant la rareté des logements disponibles, poussent les prix à la hausse. Le désengagement du gouvernement torontois du logement social est un facteur supplémentaire. En haut de l’échelle, l’augmentation des inégalités de revenus dénote une course aux hauts salaires des cadres supérieurs qui, de même, pousse à la hausse les prix des résidences.Mais même si on se concentre sur l’exemple du citoyen qui veut acheter une propriété, le calcul est fautif. Une proportion croissante d’économistes et de conseillers financiers affirme que l’immobilier personnel n’est pas un bon investissement. Il doit être considéré comme une dépense. Le Torontois voit une proportion plus grande de son avoir piégé dans cette dépense. Allons tout de même au bout de l’exercice et faisons le calcul, à l’aide du prix moyen des maisons unifamiliales publié par la SCHL. Travaillons d’abord sur deux hypothèses : l’achat d’une première résidence, puis d’une seconde. Nos deux jeunes ménages font l’acquisition d’une maison en 1979, sur hypothèque. Comme dans la majorité des cas, ils font un dépôt de 25% de la valeur et amortissent sur 20 ans, en optant pour des taux renouvelables aux cinq ans (6). Comme la maison montréalaise est moins coûteuse que la torontoise, le ménage montréalais économise une partie de la mise de départ. Postulons qu’il n’est pas assez déluré pour investir cette somme de plus de 3000 dollars dans des actions indicielles du Dow Jones (actions qui suivent la progression de l’indice) et qui auraient quadruplé sa mise, sans même parler du gain de taux de change. Pensons que, plus timoré et confiant en l’économie ontarienne, il a acheté des actions indicielles du TSE-300 à la bourse de Toronto Ce n’est pas tout. Il y a des coûts évités : la valeur différente des maisons fait en sorte que les paiements hypothécaires sont moins élevés pour le ménage montréalais. Cependant, selon le calcul que nous utilisons, les taxes foncières sont généralement plus élevées à Montréal qu’à Toronto (7). Le solde est positif pour le Montréalais. Il investit ces petites sommes chaque année, encore là, non dans un véhicule surperformant, mais dans de bonnes vieilles obligations d’épargne du Québec, placées dans son REER. En 1999, les maisons complètement payées, nos deux ménages vendent résidence et investissements. Voici le résultat de ce scénario classique : ![]() Le résultat est assez net : deux coups de pouce donnés au torontois (sur l’investissement choisi par le montréalais et sur le calcul du fardeau fiscal local) n’ont pas réussi à effacer le gain réel effectué par le ménage de Montréal dans l’accumulation de son patrimoine. (Si on retire la variable d’impôts fonciers du calcul, l’avantage montréalais monte à 16%, et à 40 000 $). Une remarque s’impose également : l’écart entre les prix des maisons au moment de cet achat n’était que de 18%, un des deux écarts les plus bas des 20 dernières années (il est monté jusqu’à 47%). Un achat à un autre moment aurait gonflé l’écart de paiements hypothécaires, donc augmenté le coût évité du montréalais, donc son rendement d’investissement, même à des périodes de rendement moindre que ceux, obligataires, des années 80 ou boursiers des années 90. Finalement, si la comparaison débutait maintenant, nos deux ménages profiteraient de taux d’intérêts hypothécaires réduits de plus moitié par rapport à 1979 (à 5 et 6%) mais appliqués à des valeurs de maison qui ont plus que triplé. L’avantage montréalais serait encore plus net. Posons notre seconde hypothèse, fondée sur notre cycle économique complet, 1989-2000. Au début du cycle, un cadre montréalais et un torontois dans la quarantaine ont chacun fait des économies, financé et vendu une première résidence, donc disposent de la même somme pour s’acheter, comptant, une nouvelle propriété. Le Torontois doit débourser, en 1989, 274,000 $ pour acquérir sa maison et il attend de voir sa valeur monter pour la revendre avec profit, sans payer d’impôt. Le Montréalais, lui, ne doit débourser que 113,000 $ pour exactement la même résidence. Il dispose donc d’une somme supplémentaire de 160,600 $ qu’il peut investir ailleurs. Malheureusement, il choisit le TSE 300. On le voit, compte tenu des sommes en jeu, cette hypothèse ne peut s’appliquer qu’à une minorité des 33% de Montréalais qui sont propriétaires. Il faut compter l’écart de taxes foncières, globalement favorable au Torontois dans notre hypothèse. Ce dernier investit ces petites sommes, année après année, dans un véhicule identique à celui du Québécois de l’exemple précédent, soit à un niveau égal à celui des obligations d’épargne du Québec, dans un REER donc libre d’impôt. Vient la fin du cycle économique, le sommet de 2000. Vente des deux maisons et des investissements, paiement de l’impôt sur le gain de capital. Où en sommes-nous ? ![]() Le compte est bon. Le Torontois s’appauvrit, le Montréalais s’enrichit nettement – l’écart est de 70%. (Si on retire la variable problématique d’impôts fonciers du calcul, l’avantage montréalais monte à 79%, pour 191 000 $ de plus). On objectera peut-être que la période de référence pénalise le Torontois, car le marché immobilier a régressé entre 1989 et 2000; qu’elle favorise le Montréalais car la bourse a atteint un sommet en 2000, puis a piqué du nez en 2001. Mais cela change peu de choses. Même en attendant la correction boursière, fin 2001, le Montréalais serait largement en avance. Quant à la valeur immobilière torontoise, on sait maintenant qu’il ne fallait acheter à Toronto à aucun moment entre 1988 et 1996. Pour aller au bout de l’exercice, il aurait fallu noter également que, le coût des services étant moins élevé à Montréal, les frais d’entretien et de rénovation sont plus faibles, ce qui creuse l’écart favorable pour le montréalais. Collectivement, l’argent non investi dans les résidences, lorsqu’il est redirigé vers l’épargne, constitue une source de fonds indirecte supplémentaire pour l’investissement des entreprises, donc la croissance économique. Il est possible de trouver un scénario où le Torontois l’emporte. S’il a acheté sa résidence assez tôt, l’a revenu après la remontée de valeur de la fin de la décennie 1990, si les paiements hypothécaires ne font pas partie de l’équation et que le niveau utilisé est assez faible pour que les impôts fonciers soient supérieurs à Montréal, si la résidence est dans la ville même de Montréal et non à Westmount ou Ville Saint-Laurent aux impôts fonciers moins élevés, si le Montréalais mise sur la bourse de Toronto et non celle de New York, si on enregistre la vente de ces actions après la correction boursière de 2001, si on fait l’impasse sur les coûts d’entretien et de rénovation, alors, oui, le Torontois l’emporte. C’est notre troisième cas, lui aussi restreint à une minorité des 33% de propriétaires montréalais : ![]() Dans ce cas de figure, le Torontois fait 32 000 de plus que le Montréalais, soit 12%. Si on retire la variable d’impôts fonciers de l’équation, l’avantage du Torontois chute à 3%, soit 7000 Résumons-nous : si un ménage a de l’épargne et veut le faire fructifier, l’investissement ailleurs que dans une résidence personnelle est préférable. Mais s’il tient à être maître chez lui, propriétaire, ce qui est bien légitime, le Montréalais a l’avantage de pouvoir investir ailleurs une part plus grande de son épargne que le Torontois. Dans la plupart des cas, le Montréalais accumule une équité plus importante que le Torontois. De plus, alors que le prix moyen des maisons unifamiliales à Montréal a connu une courbe ascendante lente, avec de légers tassements, mais quasi ininterrompue depuis 1979 (ce malgré trois référedum et un exode anglophone massif), la courbe torontoise, elle, a grimpé pendant 10 ans, chuté spectaculairement pendant 7 ans (perte de valeur de 28%), puis regrimpé pendant cinq, sans avoir encore retrouvé son sommet. Bref, en s’achetant une maison, le Montréalais fait un investissement pépère mais sûr et garde une marge d’épargne. Le Torontois, lui, installe une plus grande part de son épargne sur une montagne russe. ![]() Mythe #7 : Puisque les revenus au Québec sont moins élevés qu’en Ontario, le niveau de vie des Québécois est donc moins élevé que celui des Ontariens. Faux.Il est indubitable que même si le Québec est en train de fermer son écart économique historique avec l’Ontario, l’écart subsiste. C’est vrai pour le PIB total per capita, plus élevé de 25% en 1960, de 13% en 2001 (8), c’est vrai aussi des revenus par habitant. Une étude publiée en 2000 par Statistique Canada, basée sur des chiffres de 1998, montre que la différence de revenus salariaux entre les deux provinces est de 14,4%, chiffre qui a du se réduire légèrement depuis, mais que nous utiliserons (9).L’argument semble donc imparable : même si à revenu égal, le Montréalais s’en tire mieux que le Torontois, le revenu n’est pas égal, donc le Montréalais est plus pauvre. Testons cette hypothèse, toujours sur la base des chiffres de 2001 de l’enquête KPMG/Alberta. Supposons que le Montréalais a des revenus de 14,4% inférieurs à celui du Torontois, (il gagne 36 000 par an plutôt que les 40 000 du Torontois, par exemple), mais qu’il adopte exactement le même niveau de dépenses que le Torontois. Bref le même niveau de vie, avec un salaire moindre. Puisque l’enquête porte sur un panier de dépenses type à chacun des niveaux de revenus étudiés, il s’agit d’ajouter à la colonne « coûts » du Montréalais l’équivalent de 14,4% du salaire du Torontois. C’est, pour l’instant, le prix à payer pour vivre à Montréal plutôt qu’à Toronto (10). ![]() Résultat : même à revenu inégal, le Montréalais jouit d’un niveau de vie égal ou supérieur à celui du Torontois. Ce calcul est encore légèrement en deçà de la réalité, car il présume que l’inégalité de revenus entre Québécois et Ontariens dénote une perte sèche. Ce n’est pas le cas. L’étude sur les écarts de revenus de Statistique Canada démontrait que 61 % de la différence est certes attribuable au fait que les salaires horaires payés au Québec sont moins élevés. Cependant le reste, 39 %, est attribuable au fait que les Québécois travaillent moins d’heures chaque année et moins de semaines par année. Les Québécois ont donc davantage de temps libre que les Ontariens. Une partie de cet écart est involontaire : on est à temps partiel quand on voudrait être à temps plein, on voudrait faire du temps supplémentaire mais l’entreprise n’en offre pas suffisamment, etc. Mais une partie du temps est pris volontairement : davantage de vacances, de plus longs congés maternités, moins de temps supplémentaire. Dans ce dernier cas, il s’agit d’un choix de consommation. Le travailleur consomme du temps, plutôt que des biens matériels achetés avec les heures travaillées en plus. Ce temps libre fait partie de sa richesse, de sa qualité de vie, de son niveau de vie. Il est très difficile de dégager la part du volontaire et de l’involontaire dans l’écart de temps de travail entre le Québec et l’Ontario. S’il était totalement involontaire, donc imposé par le marché du travail, c’est la colonne –14,4% de notre tableau qui serait la bonne : le Montréalais jouit d’un niveau de vie égal ou supérieur de 1 à 4 % à celui du Torontois, et il a davantage de temps libre dont il ne veut pas. Si l’écart était totalement volontaire, c’est la colonne –8,7% qui prévaudrait : le Montréalais jouit d’un niveau de vie de 4 à 7 % supérieur à celui du Torontois, notamment car il consomme nettement plus de temps. La vérité se trouve quelque part entre ces deux chiffres. Cette variation du temps passé au travail est très importante. Au cours de la dernière décennie, par exemple, le temps de travail a augmenté aux États-Unis – à telle enseigne que les États-uniens travaillent, en moyenne, l’équivalent d’une semaine de plus qu’il y a 10 ans, et désormais davantage que les Japonais. Parallèlement, le temps de travail en Europe, moins long au départ, s’est encore réduit. On sait que cette réduction est largement attribuable à la volonté, individuelle et collective, de créer de l’emploi par la réduction du temps de travail et l’augmentation du temps de loisirs (11). Les Européens choisissent de consommer du temps, plutôt que des produits achetés avec le salaire de semaines supplémentaires. Aux États-Unis, on consomme des biens plutôt que du temps. Cela a un impact certain sur le produit intérieur brut, qui ne calcule la richesse que par la production de biens matériels, pas par le choix de prendre le temps de vivre. Une approche fautive lorsqu’on veut évaluer le niveau de vie, la qualité de vie, ou la richesse réelle au sens plein du terme. On peut ainsi calculer que 99% de l’écart de PIB par habitant (12) entre l’Allemagne et les États-Unis, ou entre la France et les États-Unis est attribuable au fait que les Allemands et les Français… travaillent moins d’heures, et prennent davantage de vacances que les États-uniens. Pour le Canada, l’écart de PIB avec les États-Unis s’explique à 60% par cette différence. Une partie de l’écart existant de 13% entre le Québec et l’Ontario également – environ 40% si on en croit l’étude de Statistique Canada. L’écart réel entre les deux PIB réel par habitant serait donc d’environ 8% à 9%, plutôt que 13%. Mythe #8 : Il y a plus de pauvreté au Québec qu’en Ontario. Faux, archi-faux.Chaque année le Conseil canadien du développement social relance ce mythe, fondé sur des données virtuelles qui ne tiennent compte ni du coût de la vie réel à Montréal, ni du taux d’imposition plus faible – en fait inexistant -- au Québec pour les démunis. Chaque année, les chroniqueurs et spécialistes, y compris à Statistique Canada, réprouvent ce calcul faussé. Depuis deux ans, nous disposons de mesures plus fiables. Un rapport interministériel canadien de 1999, basé sur des données de 1996, démontrait que le Québec avait le troisième taux de pauvreté le plus bas au Canada, loin devant l’Ontario qui obtenait la septième place. Le rapport Fraser sur la pauvreté publié à l’été 2001 a été critiqué avec raison pour le niveau irréaliste auquel il plaçait le seuil de pauvreté. Mais il avait le mérite de comparer correctement les provinces entre elles. Résultat : le Québec détenait le quatrième taux le plus bas, et ce taux se réduisait depuis 1984; l’Ontario obtenait le septième taux et ce taux augmentait depuis 1984 (13).Si on reporte le taux de pauvreté Québécois sur les données de l’Organisation internationale du travail, on se rend compte que, loin d’être un mauvais élève dans la lutte contre la pauvreté, le Québec est parmi les 10 premiers (sur 93 pays répertoriés), les États-Unis se contentant de la 76e place (14). Malgré la croissance fulgurante des années 1990, nos voisins américains affichent un taux de pauvreté deux fois plus élevé que celui du Québec. Voilà une statistique intéressante : le Québec a deux fois plus de chômeurs que les Américains, mais deux fois moins de pauvres, et on y vit deux ans et demi plus longtemps (15). Lequel s’en tire le mieux ? Les raisons de ces écarts : la société québécoise répartit mieux la richesse que ses voisines. Selon Statistique Canada, le Québec est aujourd’hui la région d’Amérique du Nord où les inégalités de revenus sont les moins importantes. Selon l’indice Gini qui mesure l’inégalité, pendant la décennie, de 1990 à 1999, les inégalités entre les familles se sont accrues deux fois plus en Ontario et aux États-Unis (de 8 à 10% de plus) qu’au Québec, (+4,5%). Pour les personnes seules, l’inégalité a légèrement régressé au Québec (-1%) et bondit en Ontario (+14%). Puisque la richesse réelle a progressé au Québec sur cette période, cela signifie que toutes les familles québécoises ont davantage d’argent, mais que les familles plus aisées ont vu leur avoir croître plus rapidement (16). En Ontario, cependant, puisque la richesse moyenne n’a pas augmenté, l’accroissement des inégalités s’est forcément traduit par l’appauvrissement des 20% de la population la plus pauvre, au profit des 20% de la population la plus riche. Au début de décembre 2001, l’enquête internationale sur l’éducation de l’OCDE révélait que, lors des trois tests internationaux conduits depuis 1994 dans 30 pays développés, les élèves québécois de 15 ans sont les meilleurs en Occident en mathématiques et en sciences, seconds en lecture, jamais moins de troisièmes au total. Aucune autre société n’obtient des résultats aussi élevés tout en affichant aussi peu de différences entre les étudiants de milieux économiques favorisés et défavorisés. Ces résultats placent le Québec d’aujourd’hui, en qualité et en répartition de ces savoirs, devant l’Ontario et loin devant les États-Unis. C’est, à mon avis, extrêmement significatif de la réussite d’une société (17). Ces constats ne doivent nullement pousser le Québec à relâcher ses efforts contre la pauvreté, mais au contraire l’encourager à poursuivre dans une voie qui donne déjà des résultats. Mythe #9 : L’Ontario favorise davantage l’entrepreneuriat que le Québec. Faux.Merci encore à l’Alberta d’avoir mis à jour, sur son site internet et pour l’an 2000, la comparaison la plus complète de la fiscalité des entreprises au Canada, et qui démontre le caractère nettement compétitif de la fiscalité québécoise sur l’ontarienne. C’est sans compter, en plus, les résultats d’études KPMG, une publiée en janvier 2002, une autre réalisée pour le gouvernement de l’Alberta en 2000, qui concluent que les coûts totaux – toutes taxes comprises bien sûr – sont inférieurs au Québec (18). Donc, à investissement équivalent, l’entrepreneur peut dégager une marge plus importante au Québec qu’en Ontario. Le poids réglementaire québécois est certes plus lourd, car plus progressiste. Mais il faut compter également les dégrèvements massifs consentis ces dernières années par le Québec pour la création d’entreprise (congé de taxe pendant cinq ans), pour l’investissement de plus de 300 millions (congé de taxe pendant 10 ans) et les amortissements accélérés.En fait, aujourd’hui au Québec, une entreprise qui démarre ou qui investit doit avoir un comptable particulièrement inepte pour payer un impôt provincial digne de mention. Et tout cela, avant même que la taxe sur le capital soit abolie, en janvier 2003, pour 58% des entreprises québécoises et nettement réduite pour les autres. Intéressant de noter, dans ces conditions, que le nombre d’entreprises actives (qui ont des salariés), a augmenté de 3,6% au Québec pendant la période 1989-2000, légèrement plus qu’en Ontario, avec 3,5%. On peut rétorquer que l’avantage ontarien est essentiellement du à sa réglementation plus légère. Or dans ses comparaisons de coûts de production, KPMG additionne la totalité des coûts, y compris les coûts administratifs liés à la gestion de la réglementation où les coûts de mise aux normes, et il en tire toujours la conclusion que les coûts totaux sont plus faibles au Québec. Il ne fait cependant pas de doute que le Québec a encore beaucoup à faire en allégement réglementaire lorsque la chose est tatillonne, inefficace, centrée sur le fonctionnaire plutôt que sur les besoins du citoyen ou de l’entreprise, sur les processus plutôt que les résultats. Cependant il faut reconnaître qu’une bonne partie du fardeau réglementaire québécois est de nature progressiste. Le Québec a adopté une loi sur l’équité salariale, l’Ontario a aboli la sienne. Le Québec a réduit la semaine normale de travail de 44 à 40 heures, l’Ontario a « déréglementé » les heures de travail, donc retiré de la protection aux travailleurs. Les normes minimales du travail prévoient des congés maternités plus longs que n’importe où ailleurs au Canada (ou aux États-Unis) (19). Le Québec a une loi anti-scab, l’Ontario a rescindé la sienne. Le Québec a une loi interdisant les clauses orphelins. Il n’en existe pas ailleurs. Le processus d’étude environnemental du BAPE québécois est plus contraignant que celui de son équivalent ontarien. Etc. La protection des travailleurs, des femmes, de l’environnement, des jeunes ont un coût. Sans aucun doute, dans une économie aussi exportatrice que celle du Québec, nos entreprises doivent maintenir des coûts concurrentiels – notre richesse collective en dépend. La société québécoise doit atteindre un point d’équilibre, non pas en adoptant une attitude néo-libérale en matière de réglementation, mais plutôt en compensant, dans les coûts de production, notamment par une fiscalité d’entreprise plus légère, les coûts supplémentaires imposés aux entreprises par une réglementation nettement plus progressiste qu’ailleurs sur le continent. Pour l’instant, c’est le cas. Il faut maintenir cet équilibre. Dans cette logique, il est malheureux que l’allégement très important de la taxe sur le capital ait été accordé sans aucune contrepartie sociale. Mythe #10 : Les entreprises québécoises investissent nettement moins que les entreprises ontariennes. Faux.Les chiffres bruts d’investissement en capital semblent bien asseoir ce mythe, constamment repris par l’opinion patronale et économique et assez courante dans les milieux gouvernementaux. Ils doivent pourtant être soumis à la même dose de réalité démographique que ceux, vus plus haut, sur le PIB. En effet, l’investissement productif doit croître avec le nombre de travailleurs. Une région, comme l’Ontario, qui intègre chaque année depuis vingt ans cinq fois le nombre de nouveaux habitants de la moyenne des autres pays du G7 doit, nécessairement, augmenter son capital productif beaucoup plus rapidement que le Québec, dont la démographie ne progresse qu’au double du rythme du reste du G7.La capacité de produire d’un pays se mesure au stock de capital productif qui est implanté dans ses entreprises et qui résulte de l’accumulation de tous les investissements passés encore productifs. Lorsqu’on calcule le stock de capital total accumulé par les entreprises privées en fonction du nombre de personnes âgées de 15 à 64 ans (active ou non) on obtient, pour 2000, une somme de 51 212 $ par tête en Ontario et de 49 714 $ par tête au Québec. Soit un ratio Québec/Ontario de 97 %. Comme pour le reste de nos indices, ce ratio est en croissance. En 1975, il n’était que de 83 % et, au début du cycle économique en 1989, il était de 92%. C’est dire que, dans l’intervalle, le stock de capital par personne a crû plus rapidement au Québec qu’en Ontario (20). L’écart avec l’Ontario est presque complètement éliminé. Si on ramène cette évaluation en fonction, non de la population active au complet, mais du nombre de travailleurs en emploi, le Québec surclasse l’Ontario. En 2000, le stock de capital productif privé par travailleur du secteur privé du Québec atteignait 106 % de celui de l’Ontario. La situation est donc bien meilleure que généralement admise. Un bémol, cependant : si l’investissement privé global se porte somme toute aussi bien qu’en Ontario, la portion la plus importante pour l’augmentation de la productivité, soit les investissements en outillages et machines, reste en queue de train. Passés de 70% du total ontarien en 1975, à 75% au début du cycle en 1989, jusqu’à 84% en fin 2000, ces investissements croissent également plus rapidement qu’en Ontario, mais ont encore du chemin à faire. Conclusion :On ne peut conclure de toutes ces données que rien ne doit changer au Québec. Au contraire, c’est parce que la société québécoise s’est superbement adaptée cette dernière décennie qu’elle a pu progresser autant. En décembre 2001, la Banque Nationale affirmait que la tendance observée depuis 11 ans était durable : la croissance du Québec par personne allait continuer à progresser plus rapidement que celle de l’Ontario en 2001, en 2002 et en 2003. Ces prévisions étaient faites avant même les annonces de licenciements massifs dans le secteur automobile ontarien. L’écart de richesse collective entre Québécois et Ontariens, qui, on l’a dit, était de 26% en 1960 et n’était plus que de 13% en 2001, devrait donc continuer à se réduire. Et lorsque le Conseil de la science et de la technologie compare le Québec aux pays du G7 en termes d’investissement dans la nouvelle économie, sur 14 indicateurs, seuls les États-Unis font meilleure figure (voir l’annexe). Voilà qui augure bien pour l’avenir. On peut en conclure que le Québec a construit un modèle de développement économique et social qui marche mieux que chez nos voisins ontariens et plus équitablement qu’ailleurs sur le continent. Il faut le parfaire, mais en aucun cas le défaire. Et il faut travailler, bien sûr, pour faire monter les taux d’investissement et de productivité, réduire le fardeau réglementaire inutile, faire reculer la pauvreté. Tout cela étant dit, je ne suis nullement surpris que plusieurs lecteurs aient réagi avec incrédulité à la première publication de ce texte dans La Presse, ni qu’il ait suscité des commentaires acerbes en certains quartiers. La réticence, pour ne pas dire le refus, de reconnaître les réussites globales du Québec est ancré dans notre culture et dans nos médias, pour ne rien dire des biais politiques en jeu : biais idéologiques (« une société social-démocrate ne peut pas faire mieux qu’une société néo-libérale ») et nationaux (« vanter les succès du Québec, c’est cautionner le discours souverainiste »). Faire les démonstrations nouvelles qui montrent un Québec gagnant, c’est nager à contre-courant. Fin novembre 2001, devant le Cercle des chefs-mailleurs du Québec, l’économiste Pierre Fortin ne disait pas autre chose. Décrivant lui aussi comment la situation de l’emploi avait mieux évolué au Québec qu’en Ontario ces dernières années, il se désolait du fait que « cette résilience retrouvée de l’économie québécoise est passée complètement inaperçue dans les comptes rendus de la situation économique au cours de la décennie 90. La presse nationale fut plus intéressée à raconter des histoires d’horreur sur la soi-disant ``fermeture`` de la rue Sainte-Catherine qu’à reconnaître dans les faits que, du sommet au creux de la récession, le taux d’emploi avait diminué deux fois plus à Toronto qu’à Montréal.» Mais les faits ont une grande qualité : celle de s’imposer graduellement dans le discours. L’économie québécoise croît désormais plus vite que celle de l’Ontario, les Québécois s’enrichissent davantage que leurs voisins ontariens, leur niveau de vie est supérieur à celui des Ontariens et leur richesse nouvelle est mieux répartie qu’en Ontario ou ailleurs sur le continent. Ces constats sont essentiels à tout débat sur le modèle québécois et sur les réformes qu’il doit continuer à connaître. Remontant le courant, ils finiront par émerger. FIN Annexe :
Tiré de : Conseil de la science et de la technologie du Québec, Rapport de conjoncture 2001 : pour des régions innovantes, mars 2001, p. 78, àwww.cst.gouv.qc.ca/ftp/ Conjoncture2001/Rap_conj.pdf NOTES* Cet article est une version très élaborée d’un texte d’abord publié dans La Presse du 6 décembre 2000, intitulé L’économie québécoise : des mythes. Merci aux économistes Pierre Fortin, de l’UQAM, et Denis Boudreau, de Statistique Canada, aux analystes Pierre Cardinal, Luc Laferrière et Ted Tsiakopoulos de la SCHL, à Claude Lefebvre du service des finances de la ville de Montréal, à l’économiste Jong Huang de la ville d’Edmonton et à la comptable Chantal Pauzé de Gestion CBMP pour avoir prodigué données, calculs et conseils dans l’élaboration de ce texte, qui n’engage évidemment que l’auteur.(1) Statistique Canada, Comptes économiques provinciaux 2000, 30 Octobre 2001 (2) U.S. Census Bureau, population estimates.. (www.census.gov) (3) Banque mondiale, Population dynamics. (www.worldbank.org) Sur la période étudiée, la quasi-totalité de l’accroissement de la population des pays du G7 vient de l’immigration, car les taux de natalité sont proche ou sous le niveau requis de renouvellement des populations. Aux États-Unis, les disparités sont fortes entre le Sud, qui reçoit une forte immigration légale et illégale mexicaine, et le Nord, en particulier le Nord-Est, dont les taux, on l’a vu, sont plus faibles qu’au Québec. Les résultats, pour les pays du G7, sont : Canada et États-Unis : 1,1; Japon 0,4; Royaume-Uni et France 0,3; Italie 0,2; Allemagne –0,2. (4) Toutes ces données de Statistique Canada. (5) Ministère des Finances du Québec, Budget 1998-1999, La fiscalité des particuliers et le coût de la vie – Comparaison entre Montréal et différentes villes nord-américaines, février 1998, (à: www.finances.gouv.qc.ca/francais/budget/1998-199/PDF/fiscpafr.pdf) et KPMG Consulting, The Personal Tax and Costs of Living Study, April 2001, (à: http://www.alberta-canada.com/statpub/pdf/kpmg_col.pdf ) (6) Les taux à cinq ans furent de 12,2% en 1979, de 13,6% en 1984, de 12,1% en 1989 et de 9,5% en 1994. Sur la période 1979-1999, la moyenne des taux fut de 11,1%. (7) Les impôts fonciers, municipaux et scolaires ont été calculés de 1979 à 1986 à partir des estimations annuelles faites par le courtier Royal Lepage sur le prix des maisons (bungalow) au marché. Les région de Toronto Centre et Nord Toronto, ainsi que Notre-Dame-de-Grâce et Pointe-Aux-Trembles ont servi de balise. (Source : Historical data on Canadian housing, www.Royallepage.ca.) Cette série donne systématiquement le fardeau Montréalais comme plus lourd en chiffres absolus (ce qui n’est pas contestable) et même lorsque appliqué à la valeur moyenne pourtant plus faible à Montréal. Des études plus fines de la ville d’Edmonton réalisées à compter de 1987, et utilisées ici pour la suite de la série, (Residential Property Taxes & Utility charges survey à www.gov.edmonton.ab.ca) prennent également en compte la tarification séparée que Toronto perçoit pour l’eau et les égoûts, ce qui augmente le coût torontois. Sur la base de la maison unifamiliale moyenne de la SCHL, l’écart est réduit, mais toujours défavorable à Montréal. Cependant, sur la base de l’évaluation, plus élevée, de la maison moyenne faite par la ville d’Edmonton, Toronto devient plus chère (de 75 à 125$ de plus par an, de 1998 à 2001). Évidemment, plus la résidence est cossue, plus l’avantage du Montréalais est important. L’étude KPMG/Alberta, déjà citée, enregistre pour 2001 un fardeau significativement plus lourd à Toronto pour des résidences identiques possédées par des ménages de revenus équivalents (de 715 $ à 1650 $ de plus par an pour des revenus de 60 à 150 000 $). C’est ce que notait aussi l’étude KPMG/Québec de 1998 (de 748 $ à 1840 $ de plus par an, l’échelle montant à 250 000 $ de revenus). En utilisant la maison familiale moyenne de la SCHL, une partie de la série de Royal Lepage excluant la tarification torontoise et en choisissant le niveau de taxation plus élevé de la ville de Montréal plutôt que celles, plus basses, d’autres villes de l’île, nous privilégions donc nettement le ménage torontois au détriment du ménage montréalais. (8) Selon les calculs mis à jour chaque année par Pierre Fortin. Voir notamment : Pierre Fortin (2001), Has Quebec’s Standard of Living Been Catching up ?, in Patrick Grady and Andrew Sharpe (eds.), The State of Economics in Canada: Festschrift in Honour of David Slater, John Deutsch Institute, Queen's University, Kingston, 2001, pp. 381-402 à http://www.csls.ca/slt/fortin.pdf (9) Kamal Sharan, Sources of Differences in Provincial Earnings in Canada, Statistics Canada, Income Statistics Division, December 2000, 39 pages. (À www.statcan.ca/english/research/75F0002MIE/75F0002MIE00008.pdf) (10) Nous avons ajusté à la baisse l’impôt sur le revenu du Montréalais, mais pas les déductions statutaires, taxes foncières et de consommation. Nous avons postulé que la baisse de revenu de 14,4 % était uniforme à tous les niveaux de revenu. En fait, compte tenu des inégalités de revenus plus importantes en Ontario, la baisse de revenu devrait être plus faible en bas de l’échelle et plus élevée au sommet, ce qui rendrait ce calcul encore plus favorable à la majorité des contribuables québécois. (11) Voir les statistiques du Bureau international du travail, Key indicators of the labour market, 2001-2002, Hours of work. (à www.ilo.org) (12) Calculé selon la Parité de pouvoir d’achat et sur la base des chiffres de Perspectives de l’emploi de l’OCDE pour 1999. (13) Développement des ressources humaines Canada, Rapport sur une mesure de la pauvreté fondée sur un panier de consommation (MPC) , Ottawa, 19 p., et Christopher A. Sarlo (2001), Measuring Poverty in Canada, Fraser Institute, Vancouver, p 38 (À : http://www.fraserinstitute.ca/publications/ critical_issues/2001/poverty/index.html) (14) L’Organisation internationale du travail a développé un indice de pauvreté de subsistance, équivalent à 14,40 dollars US par jour de 1985, adapté au pouvoir d’achat de chaque pays (parité de pouvoir d’achat). C’est à ce critère que le Canada obtenait pour la période 1989-1995 la 10e place de 93 pays répertoriés, avec 5,9% de sa population vivant sous ce seuil, et les États-Unis la 76e, avec 14,1% de sa population dans cette situation, donc à 240% du taux canadien, qu’on sait supérieur au taux québécois. En utilisant l’indice de pauvreté relative qui place le seuil à 50% du revenu médian – critère hautement contestable – le taux états-unien était pour la période 1987-1997 à 135 % des taux canadien et québécois. À ce critère, les États-Unis étaient avant-derniers de 45 pays développés répertoriés avec 16,9 % de sa population sous le seuil (la Russie étant dernière), le Canada, 29e avec 11,9%. La première place revenait à la Slovaquie, avec 2,1%. (Données : Indice de développement humain, ONU, 2001.) (15) L’espérance de vie est un bon signal de la répartition de la richesse dans une société. Sur 12 pays industrialisés répertoriés en 1996, la longévité des femmes du Québec était la plus élevée au monde, après les Japonaises, avant les Canadiennes (3e) et loin devant les États-Uniennes (11e). Chez les hommes, le Québec était 4e derrière le Canada (3e) et loin devant les États-Unis (11e). Le Québec affiche ces bons résultats malgré ses préoccupants problèmes de suicide et de tabagisme. Source : Santé Canada, « Rapport statistique sur la santé de la population canadienne », Ottawa, Septembre 1999. (16) Coefficients de Gini, revenus après impôts, 1990-1999, Statistique Canada, Le revenu au Canada, cat No 75-202; US : U.S. Census Bureau, Income inequality Historical tables H-4 et F-4. Données états-uniennes pour les personnes seules non disponibles. (www.census.gov) (17) Calculs tirés des tableaux de Conseil des ministres de l’Éducation (Canada), À la hauteur : La perfomance des jeunes du Canada en lecture, en mathématiques et en sciences; Étude PISA de l’OCDE – Premiers résultats pour les Canadiens de 15 ans, 2001, 97 pages. (à www.cmec.ca/pisa/2000/rapportcanada.fr.pdf) (En 2000, sur trois épreuves et 30 pays, les Québécois occupaient les places 2 à 3 pour les résultats et 1 à 3 pour le niveau d’inégalités. Les Ontariens occupaient les places 4 à 10 pour les résultats et 2 à 3 pour le niveau d’inégalité. Les États-Uniens occupaient des places entre 16 et 21 pour les résultats et de 8 à 12 pour les inégalités.) (18) KPMG, Choix concurrentiels – Comparaison des coûts des entreprises en Amérique du Nord, Europe et Japon, Janvier 2002 (à www.choixconcurrentiels.com); Facts on Alberta, February 2001 (at: www.alberta-canada.com/statpub/pdf/Facts_2001.pdf ) Voir aussi les tableaux comparatifs dans PriceWaterhouse/Investissement-Québec , La Fiscalité au Québec 2001-2002, (à www.invest-quebec.com/fr/int/doc/pdf/fisc_quebec/fiscalite_quebec_2001_2002.pdf) (19) Voir notamment Vaz-Oxlade, Gail, « Parental leave isn’t all it’s cracked-up to be », dans The Globe and Mail, 11 novembre 2000, p. N4. La législation américaine est moins généreuse que la canadienne. (20) Il s’agit du stock de capital non-résidentiel privé, après dépréciation, en dollars constants de 97. |