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LeDroit 7.3.01
Comment faire avancer le Québec sans obliger le Canada à reculer? C'est un peu le cercle carré que dessine Claude Morin à l'intention de Bernard Landry. Figure peu orthodoxe, elle permet au moins de sortir d'une impasse sans s'interdire, pour l'avenir, d'aller jusqu'au bout - c'est-à-dire la souveraineté!
L'ancien sous-ministre de Jean Lesage et ministre de René Lévesque n'a rien perdu de son talent d'écrivain ni de son imagination de stratège politique. Tel un pavé dans la mare, Les prophètes désarmés? Que faire si un référendum gagnant sur la souveraineté n'était pas possible? (Boréal), son livre interpelle le Parti québécois: apprenez-donc à lire les jugements de la Cour suprême! dit celui qu'on a surnommé «le père de l'étapisme». Reconverti dans le «gradualisme», il a au moins le mérite de s'interroger sur l'échec. Cet examen de conscience courageux, il le poursuit depuis 1995 et profite du changement de régime à Québec pour le livrer à l'opinion publique.
«C'est un maudit beau cadeau que je fais au Parti québécois, puisqu'il y a là une recette pour gagner le référendum et la prochaine élection», me disait-il hier. Wow!
La logique de Claude Morin mérite réflexion. Prémisse: «Il est très peu probable, sinon impossible, qu'un référendum qui porterait sur l'indépendance totale du Québec obtienne une réponse majoritairement positive des Québécois.» Or, le gouvernement du Canada ne reconnaîtra d'autre référendum que celui qui porterait sur l'indépendance totale du Québec. Donc, les conditions gagnantes, oubliez cela!
Le Parti québécois, qui n'envisage rien d'autre qu'un référendum sur la souveraineté, tourne en rond. Pendant ce temps - et les exemples sont nombreux depuis le rapatriement de la Constitution en avril 1982 jusqu'à l'Accord sur l'union sociale et les abus du pouvoir de dépenser pour créer des Bourses du millénaire ou des chaires d'université - le Québec recule. Sans le dire, Morin reprend le mot de son contemporain, Claude Castonguay, pour qui «le statu quo n'existe pas: on recule ou on avance.» Avancer? La Cour suprême a déjà fourni la clef de contact dans son avis sur le droit à la sécession d'une province. «Le droit reconnu par la Constitution à chacun des participants à la fédération de prendre l'initiative de modifications constitutionnelles (...) emporte l'obligation réciproque des autres participants d'engager des discussions sur tout projet légitime de modification de l'ordre constitutionnel», cite Claude Morin. Et d'ajouter: «Ottawa et le reste du Canada ne peuvent désormais plus refuser de négocier avec le Québec.» Morin n'est pas sans contacts parmi les gurus de l'industrie constitutionnelle. Ni sans savoir que cette partie de l'avis de la Cour suprême a suscité des inquiétudes au Canada anglais et embarrassé Ottawa. En effet, si le gouvernement du Québec se fait donner un mandat clair de négocier, la balle sera dans le camp des partisans du statu quo. Or, rappelle Morin, les éléments de consensus ne manquent pas dans les «positions traditionnelles» adoptées par tous les chefs politique du Québec, de Maurice Duplessis à Robert Bourassa, en passant par Jean Lesage, Daniel Johnson, Claude Ryan et même... René Lévesque.
Ratisser assez large pour obtenir un Oui massif au prochain référendum? Robert Bourassa en avait l'occasion au lendemain de l'échec du lac Meech... «Cas typique de référendum manqué malgré la présence de conditions gagnantes!» raille Morin. L'éditeur de Claude Morin n'aimerait pas que je vous révèle le secret de sa question référendaire. Cela nuit aux ventes des livres d'en dire trop sur leur contenu, dit-il depuis que Jean-François Lisée publie chez lui!
Sans le savoir, Morin a peut-être frappé juste puisque sa stratégie correspond à ce que je sais de celle de Bernard Landry. À moins que les deux hommes ne se soient parlé? Toujours est-il que le «père du gradualisme» proposerait au Canada de reconnaître l'existence d'un «peuple québécois» - Landry préférerait d'une «nation québécoise». De là un nouveau partage de compétences et des ressources fiscales et financières qui vont avec, qui nous rapprocheraient d'une union de type «confédéral» - dixit encore Landry - plutôt que de la «souveraineté-partenariat» du tandem Parizeau-Bouchard.
Il y a là une perche qu'aucun gouvernement du Parti québécois ne prendra. C'est que, familier des palabres fédérales-provinciales, Claude Morin négocie déjà et suggère qu'en échange, le Québec ratifie la Constitution de 1982 - ce qui serait logique puisqu'il en propose des amendements - et... qu'il «s'engage à s'abstenir de tout référendum sur la souveraineté pendant un nombre appréciable d'années!» Voilà qui plairait sans doute à Mario Dumont, voire à Jean Charest, mais que Bernard Landry aurait bien du mal à faire passer! «Le parti fondé pour extraire le Québec des entraves du régime actuel et lui permettre de réaliser tout son potentiel refusera-t-il de poursuivre sa mission d'une autre manière en prenant les moyens légitimes à sa disposition?» se demande Claude Morin en conclusion.
Mon petit doigt me dit que Bernard Landry - qui rêve volontiers à l'Écosse ou à la Catalogne - sera tenté de lire ce livre. Qui plus est, expert de la mondialisation et de l'interdépendance des nations, le premier ministre sait très bien que l'idéal souverainiste des années 50 n'est plus réaliste.
Mais le Parti québécois ne fera qu'une bouchée de cette proposition... «Si on me prend à rebrousse poil, dit ce septuagénaire solide dans sa tête, j'ai d'autres munitions...» À bon entendeur salut!
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