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25e anniversaire de la Charte de la langue française

Faut-il un nom de personnalité à la Grande Bibliothèque ?

La SSJB lance le débat en proposant «Camille-Laurin»

Jeanne Corriveau, Josée Boileau
LE DEVOIR mardi 27 août 2002


La Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) de Montréal, appuyée par différents groupes dont les grandes centrales syndicales, suggère de donner le nom de Camille Laurin à la Grande Bibliothèque, qui doit ouvrir ses portes en 2004 à Montréal.

Si l'idée d'une Bibliothèque nationale Camille-Laurin semble plaire à la ministre de la Culture et des Communications Diane Lemieux, elle soulève toutefois des réticences chez la directrice de la Bibliothèque nationale du Québec, Lise Bissonnette. «Normalement, on ne donne pas de nom de personne aux bibliothèques nationales», a-t- elle d'abord réagi hier.

La proposition de la SSJB, dont Mme Bissonnette apprenait l'existence à l'occasion d'une rencontre de presse qu'elle tenait elle-même, a été faite en marge d'une conférence de presse des ministres Diane Lemieux et Pauline Marois pour souligner le 25e anniversaire de la Charte de la langue française.

De nombreux hommages ont alors été rendus au père de la loi 101, Camille Laurin, décédé en mars 1999.

Interrogée, Mme Lemieux, ministre de la Culture et des Communications, s'est montrée ouverte à l'idée, dont elle a eu connaissance il y a quelque temps. «Je vais la soumettre à la Commission de toponymie, a-t-elle indiqué. On verra comment le processus va s'engager, mais je crois que ça vaut vraiment la peine d'explorer cette proposition.»

La Commission de toponymie doit notamment faire des vérifications historiques auprès de la famille. Un décret gouvernemental vient par la suite concrétiser la décision. Mme Lemieux a toutefois déjà discuté du sujet avec la famille Laurin : «Je crois qu'elle accueille favorablement cette idée. Mais tout ça reste à peaufiner, à vérifier.» Une décision sera néanmoins rendue «d'ici les prochaines semaines», a assuré la ministre.

Lise Bissonnette a indiqué pour sa part que baptiser la bibliothèque ne fait pas actuellement partie de ses priorités. Et puis, bien des propositions circulent. «Il y a des gens qui m'ont suggéré Gaston [Miron]; beaucoup suggèrent Anne Hébert. Il va falloir étudier tout ça. Il y a beaucoup de sites à nommer de toute façon : des salles, des sites, des jardins. Une autre suggestion qui est dans l'air, c'est de simplement garder "Grande Bibliothèque" comme nom du bâtiment parce que ça devient une espèce de repère dans la ville.»

Le président de la SSJB Guy Bouthillier sait bien que plusieurs privilégient des noms d'écrivains pour cette Grande Bibliothèque. Mais il dit que le nom de Camille Laurin recueille d'importants appuis, même dans le monde littéraire. Gilles Archambault, Yves Beauchemin, Jacques Godbout, Victor Lévy-Beaulieu soutiennent notamment cette demande.

Le lien entre l'homme politique et la culture véhiculée par une bibliothèque est évident pour M. Bouthillier : «C'est évidemment un salut à Camille Laurin. Mais c'est aussi une manière de dire que, sans la loi 101, le reste deviendrait tellement fragile. La loi 101 garantit, autant que faire se peut, que ce que nous écrivons aujourd'hui en français sera lu en français dans 50 ans.»

Anniversaire

La ministre Diane Lemieux a par ailleurs annoncé que le Conseil des ministres vient d'instituer, par décret, le 26 août comme Jour anniversaire de la Charte de la langue française. Elle a aussi fait part des activités qui marqueront cette année : publications, séminaires, colloques, activités lors du Salon du livre de Montréal et de la Francofête en mars.

Le coup d'envoi est donné par une campagne publicitaire signée Francis Leclerc, le fils cinéaste de Félix. On y voit des gens de tout âge et de toutes origines chanter tour à tour des strophes de la chanson La Langue de chez nous, qu'Yves Duteil avait écrite en 1985 à la suite de sa rencontre avec Félix Leclerc à l'île d'Orléans.

La publicité a été diffusée dès hier sur les grands réseaux de télévision. Du moins, les francophones. Les réseaux anglophones ne la verront pas, tout simplement parce qu'il s'agit de souligner «la fierté que les francophones se soient affirmés à travers l'adoption de cette loi», a indiqué Mme Lemieux. «Il n'y a pas de complot, pas de machination, a-t-elle poursuivi. C'est un regard historique que nous portons.»

On sentait d'ailleurs beaucoup ce poids de l'histoire à la conférence de presse d'hier. «On a l'impression d'un siècle, ça ne fait que 25 ans», notait la ministre Lemieux dans son allocution sur l'adoption de la Charte. Si de jeunes têtes avaient été présentes, elles auraient sûrement souri et pensé que non, l'impression du siècle l'emportait.

Car les invités, dont plusieurs grands défenseurs de la langue française -- les Marc-André Bédard, Fernand Daoust, Jean Dorion, Guy Bouthillier, quelques députés, les présidentes des organismes liés à la Charte --, avaient quasi tous les cheveux blancs. Le comédien et metteur en scène René-Richard Cyr, qui animait la rencontre, faisait figure de jeunot dans ce parterre qui fredonnait doucement les chansons de Félix entonnées à l'avant par son neveu, Gaétan Leclerc.

Mais quand le comédien s'est avancé au micro pour lancer : «Où étiez- vous il y a 25 ans ?» et qu'il a répondu, «Moi, j'étais à l'aube de ma vingtième année», il était clair que même ce jeune n'en était plus un. Et que l'événement appelait plus à la mémoire des anciens qu'aux revendications des temps présents, dont il n'a d'ailleurs pas été question.