««« Indépendance : pour ou contre?

LA RÉFLEXION « Z »

Ou comment reconnaître un indépendantiste lucide ?

Bruno Deshaies

16-5-2002



La 102e chronique du jeudi est inspirée par les prises de position de Madame Marie-Mance Vallée, par les interventions récentes de Monsieur Gilles Verrier sur le Forum Avant-Garde Québec ainsi que par la Tribune libre de Monsieur Pierre Daviau sur « Les forgerons de l’indépendance ».

Ces trois personnes attirent notre attention sur l’éducation politique à l’indépendance. Ils font le pari de la nécessité d’une meilleure compréhension de ce qu’est l’indépendance, ce qui marquerait un progrès dans l’évolution de l’idéologie souverainiste. Pour le moment, cette option politique stagne parce qu’elle se confine à l’esprit fédéraliste des États subordonnés les uns aux autres.

Il faut sans faute clarifier un certain nombre d’idées entourant la question de « la nation indépendante et les relations de juxtapositions » dans le cadre d’une sociologie du national qui ne sombre pas dans la doctrine du fédéralisme. Cette doctrine est pourtant très claire au Canada : c’est l’unité canadienne et la défense du Canada. La doctrine fédéraliste canadienne, c'est NON à la souveraineté québécoise. Il n’y a pas lieu pour les Canadians de reconnaître une souveraineté à deux dans la fédération. Le message de la doctrine fédéraliste est très clair.

En contrepartie, la doctrine souverainiste est ambiguë, tordue et incohérente. Tout le discours souverainiste est en chute libre. Il ne fait que balbutier. Ses représentants donnent dans le régime. Bref, ce sont des gens qui ne comptent plus que des votes... et ils les perdent en ce moment. Tant pis ! Avec un peu plus de courage, peut-être que les péquistes commenceront à changer leurs lunettes roses pour des lunettes claires de manière à mettre au foyer la doctrine de l’indépendance.

L’historien Maurice Séguin a réfléchi sur cette question de la nation indépendante. Il a présenté son analyse dans son cours sur Les Normes portant sur la Sociologie du national. Cela fait plus de cinquante ans. Malgré cela, on constate le silence des historiens québécois, l’ignorance de tous-les-spécialistes-de-la-question-nationale qui travaillent d’arrache-pied sur la souveraineté et des politiciens et politiciennes qui nous répètent des âneries sur le fédéralisme et la souveraineté. Il serait peut-être le temps d’apporter les précisions utiles qui rendraient le discours sur l’indépendance plus précis et plus clair. Pour cela, il faudrait se libérer de l’approche libéralo-souverainiste-péquiste ou bloquiste qui « bloque » le passage de la « foi » fédéraliste à la « foi » indépendantiste en ce moment. Or, pour le passage d’une foi à l’autre, la distance est aussi considérable qu’il peut en avoir de la coupe aux lèvres.

La nation indépendante

Nous avons déjà exposé dans une « PETITE LEÇON SUR L’INDÉPENDANCE PAR MAURICE SÉGUIN » les difficultés des ethnies ou des nations qui sont en concurrence les unes par rapport aux autres. « L’ennemie, écrit Séguin, dans les relations de voisinage et pour une nation indépendante, c’est la collectivité rivale, organisée en nation, et qui est capable : a) soit de limiter (l’agir par soi) collectif de cette première nation, b) soit de détruire (l’agir par soi) collectif de cette première nation. (Les Normes, 3,5,10) » Prendre conscience de cette vérité, c’est aussi prendre conscience des conséquences possibles de telles relations de voisinage. Si les conséquences entraînent à long terme la disparition de l’une de ces nations, celle qui doit disparaître subit une « défaite fondamentale » par opposition à une « défaite accidentelle » qui se termine, par exemple, avec la fin d’une occupation militaire. Quant à la défaite fondamentale, écrit Séguin, « le terme « défaite » prend tout son sens quand la nation vaincue ne peut plus, dans son ensemble ou dans sa majeure partie, retrouver la maîtrise de sa vie. Même là, est-ce pour toujours ? (Les Normes, 3,5,16) » Face à la défaite, Séguin manifeste un doute. Il se demande : « Est-ce pour toujours ? »

En somme, pour les Québécois-Français, quand prendront-ils les moyens de contredire la défaite fondamentale et de parfaire leur indépendance collective en tant que groupe, c’est-à-dire comme « l’ensemble d’un groupe d’individus qui se reconnaissent comme une collectivité distincte et une, sans trop s’interroger sur les parties… » (Les Normes, 3,5,19). Il demeurera toujours pour la nation indépendante, au plan social, des tensions et des difficultés qu’elle aura à résoudre tout au long de son existence. Il ne faudrait pas avoir peur de telles éventualités dans le cours de l’évolution de la vie d’une société libre et indépendante. C’est la réalité de la vie elle-même.

Petite leçon de science politique 101 sur l’optique indépendantiste

Au-delà de ses problèmes internes, la nation indépendante est capable de relations extérieures malgré des accrochages accidentels. Ces relations de juxtaposition peuvent être « d’égalité, d’infériorité ou même de supériorité de voisinage » (Les Normes, 3,5,15). Malgré cela, les nations indépendantes peuvent maîtriser leur vie collective à côté d’autres nations, soit de même force, soit plus fortes ou soit moins fortes (pourvu qu’elles soient maîtresses chez elles) » (cf. Les Normes, 3,5,10).

Le sujet politique qui participe à l’optique indépendantiste n’envisage pas les rapports « fédéralisme et nationalités » de la même manière que le fédéraliste. Sous ce thème, Maurice Séguin consacre son plus long développement à cette optique. Dans le cadre de cette chronique, il n’est pas possible de présenter dans le détail l’ensemble de sa démonstration. Toutefois, il est possible de mettre en évidence les points les plus importants qui montrent que ce n’est pas une question d’indépendance « pure et dure », mais de lucidité sur la question de l’indépendance. Tentons de voir clair en ayant recours aux connaissances de Maurice Séguin dans son cours sur Les Normes.

3.10 Fédéralisme et nationalités

3.10.1 L'OPTIQUE INDÉPENDANTISTE

3.10.1.1 perçoit les limites, les inconvénients du fédéralisme en soutenant que :
3.10.1.1.a) par exemple [...] : La nation minoritaire agit (par elle-même) majoritairement ou exerce une emprise majoritaire [limitée sur le] budget global [des revenus et des dépenses de l’ensemble fédéré], la nation majoritaire maîtrise majoritairement [et très considérablement le] budget global [des revenus et des dépenses de l’ensemble fédéré]. [...] [Par ailleurs,] L'infériorité étatique du minoritaire [...] est toujours plus considérable que son infériorité numérique [...]. [Note. Le problème du déséquilibre fiscal n’est pas une question qui repose sur les hommes, mais sur le système : le déséquilibre est d’abord constitutionnel et démographique, puis il est dans l’action des hommes et en corrélation avec la dangerosité des situations politiques, économiques, sociales et autres. En ce sens, le rapport d’Yves Séguin sur le déséquilibre fiscal canadien ne nous a rien appris de neuf.]
3.10.1.1.b) Il n'y a pas d'égalité possible entre la nationalité majoritaire et la nationalité minoritaire dans toute vraie union fédérale.
– pas d'égalité de droits (de permissions),
– pas d'égalité de possibilités (de moyens).
3.10.1.1.c) La nationalité majoritaire (maîtrise majoritairement) agit collectivement
– sur le plan de l'État central,
– et sur le plan : États provinciaux (où elle est majoritaire).
La nationalité minoritaire (ne maîtrise majoritairement) n’agit collectivement
– que sur le plan : province(s).
3.10.1.1.d) La « vraie souveraineté » consiste à agir collectivement, majoritairement, à tous les paliers
– sur le plan central,
– sur le plan régional.
La vraie nation souveraine est celle qui maîtrise majoritairement
– l’État central,
– et des États régionaux (locaux).

3.10.1.1.e) Une nationalité qui ne maîtrise majoritairement
– qu’une province (ou des provinces)
est une nationalité annexée.
3.10.1.1.f) [Dynamique de toutes les sortes d’unions fédérales. (Quel que soit le degré (l’intensité) de la centralisation ou de la décentralisation.)]
[………]
3.10.1.1.i) On doit éviter le piège qui consiste à croire que l'État central, c'est la nation majoritaire et que l'État provincial, c'est la nation minoritaire et à oublier que, si le central cède des pouvoirs, si le régime se décentralise, la nation majoritaire retrouve aussi les pouvoirs cédés et les possède alors à l'échelon provincial (plus fortement que la nation minoritaire).
3.10.1.1.j) Même si la nation minoritaire est « justement » représentée en minorité et prend sa « juste » par (en minorité) de l'activité centrale et bénéficie de l'organisation, de la prospérité, de la défense, etc., du Central, elle n'en demeure pas moins une nation minoritaire annexée qui – dans les domaines réservés au Central – n'agit pas collectivement et majoritairement par elle-même.
3.10.1.1.k) Pour la nation minoritaire dans une vraie union fédérale, il y a oppression essentielle appauvrissante (remplacement de l'agir collectif),
directement : diminution de « droits » et de « moyens », diminution d'expérience, d'initiative, d'habitudes...
en pol. : – dans le domaines sous juridiction de l'État central,
en écon. : ─ dans les secteurs qui dépendent de l'État central,
au cult. : – dans l'aspect culturel inclus dans l'agir politique et économique ;
indirectement : à cause de l'interaction des facteurs, il y a diminution multipliée de « droits » et de « moyens », diminution multipliée d’expérience, d’initiative, d’habitudes,
en pol. : – un pouvoir politique tronqué, « provincial » limite une vie économique (elle-même déjà diminuée directement) et une vie culturelle (elle même déjà diminuée directement) ;
en écono. : – une certaine vie (?) économique régionale, « provinciale » limite une vie politique (elle-même déjà diminuée directement) et une vie culturelle (elle-même déjà diminuée directement) ;
au cult. : – une vie culturelle diminuée,« provincialisée » limite une vie politique elle-même déjà diminuée directement) et une vie économique (elle-même déjà diminuée directement).
3.10.1.1.l) Autonomie culturelle restreinte
3.10.1.1.l)-1 Même si la nation minoritaire maîtrise absolument (dirige elle-même) toutes les institutions culturelles (du national apparent),
les tribunaux (et le droit civil),
les écoles (la langue, les sciences, les arts, etc.), même la radio et la télévision,
la religion (et l'organisation ecclésiastique), etc.,
il n'y a jamais une autonomie culturelle entière, complète, de la part du peuple minoritaire, car la « culture » est intimement liée au politique d'abord et à l'économie ensuite.
3.10.1.1.l)-2 Directement ou indirectement, la « culture » de la nation minoritaire se trouve fortement atteinte, marquée, paralysée, atrophiée bornée.
3.10.1.1.l)-3 Elle est perturbée, mais pas nécessairement rendue précaire.
3.10.1.1.m) Cette oppression essentielle née du partage fédéral en lui-même peut s'accompagner – et ordinairement s'accompagne – de persécutions, de négligence, d'incompréhension..., d'incompétence..., c'est-à-dire des multiples formes d'oppressions accidentelles.
3.10.1.1.n) La nation majoritaire
qui n'a pu assimiler la nationalité minoritaire et qui a dû lui consentir des concessions (comme au moins un État provincial) est dérangé, importuné par cette annexe (cet appendice).

Peut-être aurait-elle adopté un autre régime (tel l'État unitaire)
ou une Union fédérale comportant une autre sorte de partage, une répartition un peu plus centralisée...,
n'eût été la présence irréductible d'une nationalité minoritaire.
3.10.1.1.o) La nation minoritaire est en grande partie désorganisée et subordonnée par la présence de la NATION MAJORITAIRE, politiquement, économiquement et culturellement.
3.10.1.1.p) Ce n'est pas une question
– de droit de réserve, de veto exercé par l'État central,
– de Cour suprême choisie par le central ou la majorité des provinces,
– de Sénat mal composé (le minoritaire y resterait minoritaire; ou une égalité factice au Sénat ne saurait bloquer une majorité réelle aux Communes),
– de Couronne étrangère, d'absence de drapeau distinctif,
– de Constitution non complètement rapatriée [ou même rapatriée],
– d'injustice (représentation inadéquate au Parlement, dans la fonction publique, dans les Compagnies de l'État central),
– etc.



Cette première subdivision de « l’optique indépendantiste » est suivie de trois autres sections qui portent respectivement sur les thèmes suivants :

· L’optique indépendantiste devrait admettre les avantages (limités) du fédéralisme [...]. (3,10,1,2)
· L’optique indépendantiste concède volontiers que, pour la nation majoritaire fédérante, le fédéralisme, surtout sous sa forme d’union fédérale, comporte de multiples avantages [...]. (3,10,1,3).
· Autres réflexions sur l’annexion. (3,10,1,4)

Dans les rapports entre les nationalités et le fédéralisme, Maurice Séguin a d’abord mis en évidence les limites et les inconvénients du fédéralisme pour qui adopte l’optique indépendantiste. Ainsi, il a montré une première facette de la « foi » indépendantiste par opposition à la « foi » fédéraliste. Toutefois, il note deux autres facettes de l’optique indépendantiste qui comportent des nuances. des subtilités et un à-propos qui peuvent dérouter les esprits doctrinaires. Il y a une certaine optique indépendantiste qui admet les avantages limités du fédéralisme. Il s’agit surtout « des nationalités qui sont ordinairement minoritaires ». Il y a une autre facette à cette optique indépendantiste, soit celle qui concède volontiers que sous sa forme d’union fédérale, le fédéralisme comporte de multiples avantages pour la nation majoritaire fédérante.

Cependant, pour tout ce qui concerne l’optique indépendantiste, Maurice Séguin ajoute à la fin d’« autres réflexions sur l’annexion » qu’il ne faudrait surtout pas sous-estimer. Elles sont développées sous vingt-six énoncés ou explications qui montrent à quel point il maîtrise la complexité de cette « optique ».

3.10 Fédéralisme et nationalités

3.10.1 L'OPTIQUE INDÉPENDANTISTE (suite)

3.10.1.2 [L’optique indépendantiste] devrait admettre les avantages (limités) du fédéralisme en avouant que :
3.10.1.2-a) pour une nationalité (minoritaire ordinairement), incapable d’accéder à l’indépendance
– soit à cause de faiblesses intrinsèques (trop petite, trop bien située...)
– soit surtout à cause des besoins impérialistes d'une autre nation plus forte, le régime d'union fédérale [offre certaines possibilités au politique, en économique et au culturel.]
Et par interaction de ces facteurs limités, les moyens concrets d’organiser la « survivance » de la collectivité minoritaire.
3.10.1.2-b) Ce qui n’est pas donné à toutes les nationalités minoritaires...
3.10.1.2-c) La nationalité minoritaire « bien » annexée, « bien » fédérée dans une union fédérale qui lui permet au moins un État provincial,
– vit de sa propre vie limitée en politique, en économique, au culturel
– et s'appuie (en parasite – avec les inconvénients et les avantages…) sur la vie politique, économique et culturelle de la nation majoritaire fédérante.
[Note. Si cela est vrai pour un État indépendant, il pourrait l’être aussi dans le cas d’un État qui accède à l’indépendance.]
[...........]
3.10.1.3 [L’optique indépendantiste] concède volontiers que, pour la nation majoritaire fédérante, le fédéralisme, surtout sous sa forme d’union fédérale, comporte de multiples avantages :
[...........]
– en laissant à la nationalité minoritaire suffisamment d'autonomie locale (politique et culturelle) et souvent assez de « prospérité » économique pour empêcher de naître et pour étouffer (ou du moins rendre anodin) tout mouvement de protestation, de révolte, de libération de la nation annexée. [Note. C’est ce que fait le Canada et c’est ce que pourrait faire un Québec indépendant. Cela peut paraître exceptionnel, mais qui peut nier l’existence de telles situations dans le monde réel. Il ne s’agit donc pas d’une vision philosophique dogmatique, mais d’un état de fait reconnu. Il est toujours possible de le nier, mais ce serait se mettre la tête dans le sable bien en vain.]
[...........]
3.10.1.4 Autres réflexions sur l’annexion :
[Note. Nous ne retenons que quelques-uns des 26 énoncés ou réflexions portant sur l’ANNEXION.]
3.10.1.4-a) Les concepts d'indépendance et d'annexion se rapportent aux sociétés, collectivités humaines et non au sol, au territoire, au lieu... Autrement, [pour] un territoire donné, faisant toujours partie d'un ensemble « ultimement » indépendant, les notions d'indépendance ou d'annexion n'auraient plus de sens.
3.10.1.4-b) Il faut distinguer entre liberté de groupe et libertés individuelles :
3.10.1.4.b)-1 Une nation peut être indépendante et nier, refuser plusieurs libertés individuelles, par un régime dictatorial (de droite ou de gauche).
3.10.1.4.b)-2 Une nation peut être minoritaire, annexée et bénéficier de grandes libertés individuelles (libertés civiles, religieuses, etc.).
3.10.1.4.b)-3 Perdre sa liberté collective, c'est peut-être acquérir plus de libertés individuelles.
3.10.1.4.b)-4 Ou perdre une partie de ses libertés individuelles, c'est souvent un moyen (temporaire ?) d'obtenir sa liberté collective.
3.10.1.4.c) L'essence de l'annexion, c'est d'être gouverné par une autre nation :
3.10.1.4.c)-1 bien ou mal gouverné... totalement ou partiellement gouverné... avec justice, compréhension... avec l'octroi d'un État provincial.... c'est quand même être annexé.
3.10.1.4.c)-2 Et mieux vaut être bien annexé que mal annexé...
3.10.1.4.c)-3 Quoique, après un certain temps, après apaisement... l'annexion acceptée par la nation minoritaire résignée à son sort se dépouille ordinairement des oppressions accidentelles trop visibles.
3.10.1.4.d) Être annexé à une nation indépendante, c'est quand même être annexé, être gouverné (partiellement ou totalement) par une autre nation, aussi longtemps que dure la conscience d'être une nation distincte. Sinon, indépendance et annexion seraient synonymes.
[...........]
3.10.1.4.i) L'annexion refusée au début puis acceptée, ou l'annexion consentie dès l'origine à cause des circonstances atténuantes (on ne peut agir autrement) ne sont pas moins des annexions et des annexions d'autant plus graves qu'inévitables...
3.10.1.4.j) L'annexion (la provincialisation est le cheminement obligatoire qui conduit à l'assimilation totale quand cette dernière doit se produire.
3.10.1.4.k) Mais l'annexion (le « status d'appendice ») peut être une situation permanente : la plupart des nationalités qui, de nos jours, sont dénombrées, sont des ethnies « coincées », ne pouvant accéder à l'indépendance, ne peuvent se fondre dans l'oubli de l'assimilation totale. [Note. État : emprunt lat. « status », de stare, se tenir debout au sens fig. de « position », etc. (et « État » en bas lat.). Dér. et comp. : tatisme, -iste, au sens pol. (fin XIXe s.) ; étatifier (XXe).]
3.10.1.4.l) Ces nationalités sont « condamnées » au supplice de la « survivance ».
3.10.1.4.l)-1 En plus de la crise intrinsèque permanente, insurmontable des nations les plus souveraines,
3.10.1.4.l)-2 s'ajoutent les déchirements intrinsèques et insurmontables du « status d'appendice ».
3.10.1.4.l)-3 on oscille de l'ultimatum (dernière chance...) à la soumission : (à quoi bon lutter contre un plus fort...). [Note. Le Québécois-Français devrait très bien comprendre cette réflexion sur l’annexion, car elle illustre tout le poids de son indécision qui conduit à l’inertie politique, c’est-à-dire à 3.10.1.4.l).]
3.10.1.4.m) Ces « milieux ethniques » sont le théâtre
3.10.1.4.m)-1 de diminution (directe, indirecte) politique, économique culturelle ;
3.10.1.4.m)-2 d'écartèlement (doit-on servir le central, le régional ?)
3.10.1.4.m)-3 de guerre civile larvée. Faut-il être partisans
3.10.1.4.m)-3,1 de l'indépendance à tout prix ou à rabais ?
3.10.1.4.m)-3,2 du statu quo rigide, modifié modernisé... ?
3.10.1.4.m)-3,3 de l'assimilation sans douleur / ou foudroyante avec brève agonie ?
3.10.1.4.m)-4 quand on ne passe pas aux coups et à la vraie guerre civile en se cherchant des alliés à l'extérieur... [Note. Des situations variées qui correspondent à l’histoire. Faut-il se scandaliser ?]
3.10.1.4.n) Dans ces nationalités minoritaires, un même individu peut passer d'une attitude à une autre, en peu de temps, sans avis préalable. [Note. Vous connaissez des cas ? Qui peut échapper à la tentation de croire pouvoir améliorer ses conditions de vie ou son pouvoir ?]
3.10.1.4.o) L'ennemi, dans les relations de subordination, c'est la nation majoritaire, celle qui « remplace » partiellement ou totalement la nation minoritaire, mais aussi celle qui soutient, encadre, enrichit, défend la minorité ! Les nationaux de la majorité deviennent les « compatriotes » des nationaux minoritaires ! Les deux groupes habitent le même pays, y sont souvent nés y sont enracinés depuis des générations.
[...........]
3.10.1.4.q) La libération, la recherche de l'indépendance (au sens restreint), demeurent des objectifs théoriquement toujours nécessaires en eux-mêmes :
3.10.1.4.q)-1 l'indépendance politique directement, en elle-même,
3.10.1.4.q)-2 l'indépendance économique directement, en elle-même,
3.10.1.4.q)-3 l'indépendance culturelle directement, en elle-même,
3.10.1.4.q)-4 et les trois indépendances, indirectement, par interaction.
3.10.1.4.r) Elles [ces indépendances] ne cessent pas de s'avérer nécessaires même si de fait elles sont concrètement impossibles, à une époque déterminée ou pour toujours… (?) [Note. Seule l’histoire pourra donner la réponse, mais le cours de l’histoire appartient aux hommes et aux femmes.]
[...........]
3.10.1.4.x) Le « principe des nationalités » pose un dilemme.
3.10.1.4.x)-1 Les moralistes (juristes ou théologiens), devant par devoir professionnel voler au secours du « droit immuable », sont contraints à exécuter des « prouesses » ou des « pirouettes » intellectuelles.
3.10.1.4.x)-2 De par leur métier, les historiens, les politiciens peuvent admettre que, en ce qui concerne l'indépendance ou l'annexion, la force, les circonstances font le droit ou l'absence de droit !
3.10.1.4.x)-3 C'est avant tout une question de force plutôt qu'une question de justice. Une nation a le « droit » que lui confère sa « force ».
3.10.1.4.z) La politique du « possible » :
[Note. La réflexion « Z », la dernière des réflexions sur l’annexion, couvre une gamme variée de situations. La subtilité du raisonnement de Maurice Séguin illustre toute sa force de perspicacité et l’ampleur de sa lucidité. Tous les Québécois-Français d’aujourd’hui n’auraient-ils pas intérêt à réfléchir et à méditer sérieusement sur cette RÉFLEXION « Z » ? Sur qui doit-on compter, sinon que sur chacun d’entre nous, individuellement d'abord, puis collectivement ensuite ?]
3.10.1.4.z)-1 Monter vers l’indépendance...,
3.10.1.4.z)-2 Accepter lucidement l'annexion...,
3.10.1.4.z)-3 Se laisser glisser vers l'assimilation (de préférence totale), sont des options qui peuvent se justifier.
Accepter lucidement l'annexion inévitable, faire face lucidement à la provincialisation qui s'impose par la force des choses, c'est tirer parti de la réalité « obligatoire », c'est logique et nécessaire.
C'est agir (par soi) collectivement jusqu'à la limite du possible et du permis à l'échelon régional. (Et même plus...) C'est être présent (intelligemment et « paresseusement ») à l'échelon central possédé par la nation majoritaire (y faire montre de trop de zèle serait contribuer à la centralisation et à une plus forte annexion de sa propre nation minoritaire).
Parasiter de la manière la plus autonome possible au régional d'abord, au central aussi... Et, sachant ce que c'est que l'indépendance, sans se « faire avoir », attendre l'occasion... si jamais... [Note. En tant qu’historien, Maurice Séguin évalue la politique du possible pour les indépendantistes. Il fait remarquer que c’est en « sachant ce que c’est l’indépendance » que sa réalisation pourrait être « possible ». Mais ce n’est certainement pas en pratiquant la doctrine du souverainisme à la sauce fédéraliste, que le plus sortira du moins ! La RÉFLEXION « Z » devrait entraîner une critique rigoureuse de la tradition politique canadienne-française ainsi que du mouvement souverainiste des années 1960 et suivantes.

En 2002, la confusion règne encore autour de l’indépendance du Québec. Des intellectuels à Québec ont déjà tenu un colloque sous le thème : « La souveraineté à la croisée des chemins ? » Comment le principe de souveraineté peut-il être à la croisée des chemins ? C’est illogique ! Ce sont des individus qui peuvent être à la croisée des chemins. Et en ce moment, dans le milieu des souverainistes, combien sont-ils ces logomaches de la souveraineté-avec-épithète aussi vague que le concept lui-même ?

C’est maintenant qu’il faut arrêter cette hémorragie de mots et de discours alambiqués qui nuisent à l’objectif de l’indépendance du Québec. Il faut faire en sorte de recentrer le débat sur le principe d’indépendance et sur la formation d’indépendantistes lucides.]



La RÉFLEXION « Z »

Cette politique du « possible » (cf. 3.10.1.4.z) ou cette RÉFLEXION « Z », prenez le temps de la comprendre à fond. Faites comme sir Isaac Newton Newton qui a écrit un jour : « J'ai pu trouver ce que je cherchais parce que je suis monté sur les épaules de la génération qui m'avait précédé. » La connaissance n’est pas un fruit spontané, une illumination ou une vision instantanée qui nous surprend un matin, sans coup férir, sans y avoir pensé longuement avant. Elle n’est pas non plus la tradition qui se laisse passer pour de l’histoire ou une acceptation béate du passé qui laissent finalement peu de place aux transformations en profondeur. Ne pas se laisser subjuguer par le passé grâce une connaissance historique rigoureuse qui peut être libératrice.

Les souverainistes ont la fâcheuse habitude de croire à la magie des référendums, au charisme des chefs, à la manie du « chu-capab », à la surestimation des capacités prodigieuses de la volonté, à l’habitude d’imaginer un futur qui n’a pas de rapport tangible avec les pressions du passé. Ils inventent en ce moment des scénarios d’avenir si peu réalistes qu’ils préparent eux-mêmes leur propre anéantissement.

Des rapports, les Québécois en ont écrit. Des rapports, les Québécois en ont lu. Des référendums, les Québécois en ont connu. Des projets de sociétés, les Québécois en ont discuté. Des associations de toutes sortes, les Québécois en ont inventé depuis des générations. Des « pourquoi pas du français », les Québécois en ont prononcé des centaines de millions de fois. Mais la RÉFLEXION « Z », les Québécois l’occultent de toute la force de leur être.

Un indépendantiste québécois lucide devrait imprimer le paragraphe 3.10.1.4.« Z » ci-dessus. Il devrait être capable de dire ouvertement s’il le comprend complètement. Il devrait aussi admettre la réflexion 3.10.1.1.d) sur la « vraie souveraineté » par opposition à la trop célèbre expression « le vrai fédéralisme » si cher aux autonomistes qui rend confus tout le monde et camoufle le vrai problème de l’annexion (cf. 3.10.1.4.c) et 3.10.1.4.d).

Ce n’est pas tout. Le « vrai indépendantiste » n’est pas un pur et dur. Il est un citoyen et une citoyenne qui considère que l’agir-par-soi vaut tellement mieux et plus que l’oppression essentielle, c’est-à-dire le remplacement comme c’est le cas dans une « vraie union fédérale » où « il y a oppression essentielle appauvrissante, remplacement de l'agir collectif » directement et indirectement (cf. 3.10.1.1.k) qu’il fait le pari que l’indépendance est préférable pour une nation.

En somme, les Québécois-Français doivent prendre les moyens pour contredire la défaite fondamentale et parfaire leur indépendance collective en tant que groupe. Le Québec-Français comme « ensemble d’un groupe d’individus qui se reconnaissent comme une collectivité distincte et une » (Les Normes, 3,5,19) doit s’appuyer sur la RÉFLEXION « Z ». Cette sagesse accumulée par l’historien Maurice Séguin devrait servir à tous les Québécois et toutes les Québécoises sans distinction d’origines, de races, de langues, de religions, de régions, etc. Il serait même urgent de mettre fin à la conspiration du silence sur l’historien le plus visionnaire de l’histoire du Québec et du Canada. Sans présomption, on pourrait certainement affirmer que l’historien Maurice Séguin a été le premier à analyser avec autant de rigueur les tenants et les aboutissants de l’indépendance des nations. REFUSER D’Y RECOURIR, C’EST PRATIQUER FOLLEMENT LA POLITIQUE DE L’AUTRUCHE.

À la suite de votre RÉFLEXION « Z » personnelle, vous pourrez dorénavant faire la différence entre un indépendantiste véritable ou lucide et un libéralo-souverainiste québécois. (30)

Bruno Deshaies
Québec, 16 mai 2002



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