Débat avorté. Acte II. Capitale nationale

Le courage de la liberté

Il appartient à M. Bouchard de sonner le branle-bas de combat en direction du Québec souverain pour que tout change. Les Québécois et les Québécoises ne sont pas démobilisés. Ils sont plutôt en attente et prêts à l'action. Ils savent qu'on ne fait pas un pays par dépit.

Marcel Lefebvre

Tribune libre




Le 26 février, au congrès régional du PQ (Capitale nationale), comme à Sherbrooke, les dirigeants du parti ont rappelé les troupes à l'ordre. Bien que M. Bouchard ait demandé de " remuer chaque pierre " pour " renouveler le discours souverainiste ", ils ont réaffirmé la ligne de parti : la souveraineté-partenariat et rien d'autre.

Il n'en fallait pas plus pour qu'on demande le vote dès l'ouverture de ce sujet, ce qui fit avorter tout débat sur l'idée de souveraineté-partenariat et celle d'une souveraineté " ouverte " à un éventuel partenariat avec le Canada, le Québec étant devenu un État souverain membre des Nations unies. Malgré ce bâillon, les tenants de l'orthodoxie n'ont eu gain de cause que par une faible majorité de 13%. C'est dire à quel point l'idée de souveraineté-partenariat bat de l'aile. C'est d'ailleurs pour cette raison que de nombreux militants, comme à Sherbrooke, envisagent utiliser des recours procéduriaux pour tenter de raviver ce débat au congrès national du 5 mai prochain.

Si la proposion de Sherbrooke s'inspirait des thèses de Lisée, celle des militants de Québec émanait des travaux d'un comité de réflexion créé par le conseil régional. Dans le premier cas, il était proposé de faire un référendum transitoire sur autre chose que la souveraineté. Dans le second, de minimiser l'importance du partenariat avec le Canada en abandonnant l'obligation d'en faire l'offre, le but étant d'enclencher plutôt une dynamique républicaine et de mettre l'accent sur un Québec membre des Nations Unis et de l'ALENA, donc sur une démarche de souveraineté hors de la problématique canadienne.

Comment changer les indécis en souverainistes convaincus ? ...

Point important, ces deux propositions reposent sur un même constat. Il y a présentement impasse dans la mesure où la thèse souverainiste ne reçoit pas l'intérêt que souhaiteraient les souverainistes. Aussi prennent-elles acte du fait que les Québécois hésitent à faire le pas de la souveraineté mais trouvent urgent d'agir pour défaire cet embâcle.

Dans l'un et l'autre cas, le but recherché est le même : changer les indécis en souverainistes convaincus. Les moyens, par contre, sont diamétralement opposés. La proposition de Sherbrooke mise sur le rejet probable par le fédéral d'un consensus autonomiste obtenu par référendum, ce qui pourrait avoir un impact auprès des indécis. Celle de Québec, en minimisant le partenariat, oblige à centrer l'activité sur la promotion de la souveraineté pour elle-même, à imaginer le Québec souverain et à se mettre en marche résolument dans sa direction. Le tout étant présumé porteur d'une nouvelle mobilisation.

N'ayons pas peur des mots. Le concept de souveraineté-partenariat envoie aux indécis un message leur confirmant que le Canada serait quasi essentiel à la souveraineté, ce qui n'est pas le cas et ce qui cependant transforme la souveraineté sans partenariat en un choix de dépit. Par ailleurs, en cherchant à amadouer les indécis, cette idée de souveraineté-partenariat cible surtout des francophones car il est connu que les indécis s'y trouvent en majorité.

... par un projet souverainiste-mobilisateur !

L'approche des tenants d'un projet souverainiste-mobilisateur fait de la souveraineté un projet gagnant, privilégie le dévoilement des activités qu'engendrera la souveraineté du Québec et, surtout, fait de ce projet celui de toutes les Québécoises et de tous les Québécois de toutes origines confondues.

Récemment, M. Bouchard a rejeté toute approche autonomiste. Voilà qui explique qu'à Sherbrooke cette idée ait fait long feu, sans trop de tapage d'ailleurs. Aussi, M. Bouchard a confirmé qu'il n'y aurait pas de référendum à court terme, c'est-à-dire pas avant la fin du mandat actuel qui peut s'étirer jusqu'en 2003 mais possiblement en début de troisième mandat selon sa lecture de la présence des conditions gagnantes.

Cette prise de position cadre de plus en plus mal avec l'argument voulant qu'il ne faille pas toucher au concept de souveraineté-partenariat car ce serait compromettre tout référendum rapide sous l'angle de la promotion et de la pédagogie. En reportant le référendum, il y a place pour revoir le tir à la lumière des derniers événements au Canada et de la conjoncture internationale actuelle. Amplement de temps pour un débat de fond sur cette question de partenariat, que nous souhaitons lors du congrès de mai 2000, et amplement de temps pour repenser la pédagogie et la promotion du projet mis de l'avant par les militants de Québec avec l'idée d'une souveraineté-mobilisatrice.

L'idée de souveraineté-partenariat n'a plus de sens, rejetée qu'elle est par les partis fédéralistes canadiens. Elle risque désormais de faire perdre un temps précieux qui pourrait servir à convaincre les indécis, qu'ils soient fédéralistes tièdes ou souverainistes mous, comme les opposants de la nécessité de construire ici le pays du Québec. Le Canada, avec sa loi C-20 et ses visées hautement centralisatrices, deux choses qu'acceptent les Canadiens et les Canadiennes, est devenu pour les Québécois et les Québécoises un goulag comme le souligne le Nouvel Observateur.

Puis, soyons conscients d'une chose. Dans le contexte de la loi C-20, faire une offre de partenariat, c'est frapper à une porte blindée, verrouillée et étanche, porte derrière laquelle il n'y a même pas un serrurier (la Cour suprême) qui osera sonder les gonds puisqu'il s'agit d'une décision politique et d'une loi. PAS D'UNE SIMPLE OPINION.

Miser dans un tel contexte sur le vote des indécis, c'est donc se bâillonner soi-même et participer à la confusion que ressentiront Québécois et Québécoises dès qu'ils se demanderont pourquoi ils doivent tendre la main à quelqu'un qui leur dit d'aller se faire cuire un oeuf ailleurs.

Le moment est venu d'imaginer un Québec souverain

Le moment est venu d'imaginer un Québec souverain présent et ouvert au monde et de déclencher un mouvement dans cette direction. Du coup, la promotion de la souveraineté créera une vague de fond à laquelle voudront s'associer mous, tièdes, indécis, etc.

Oui, M. Vandal, il faut rouvrir ce débat pour le plus grand bien du Québec, du PQ et de la souveraineté. L'aile jeunesse du PQ se propose de le faire à l'occasion de son congrès. Il faut miser sur les jeunes et les écouter. Je pense sincèrement qu'ils nous feront comprendre clairement qu'il ne faut pas, comme vous le dites, "entraîner le Québec dans une impasse pour les années qui viennent".

Personnellement, je pense qu'il appartient à M. Bouchard de sonner le branle-bas de combat en direction du Québec souverain pour que tout change. Les Québécois et les Québécoises ne sont pas démobilisés. Ils sont plutôt en attente et prêts à l'action. Ils savent qu'on ne fait pas un pays par dépit. On quitte plutôt par dépit un pays qui ne nous dit plus rien après tant d'années d'effort à vouloir s'y sentir à l'aise.

Au congrès de mai 2000, M. Bouchard, c'est ce que je vous rappellerai. Je vous dirai qu'un pays, ça se construit par la contagion du rêve, de celui que vous avez pour vos enfants, par la conscience claire des conséquences qui en découleront pour tous les Québécois et toutes les Québécoises. Par-dessus tout, par le courage de la liberté.

Marcel Lefebvre
Président du comité de réflexion de la Capitale Lefebvre@qbc.clic.net