Pierre Falardeau connaissait le pouvoir meurtrier du ridicule, et il ne se gênait pas pour l’exploiter. Nulle part ne le fait-il avec un effet plus dévastateur que dans « Le temps des bouffons », ce documentaire-choc sur nos élites dirigeantes qui grouillent dans l’ombre de la monarchie et qui y puisent la « légitimité » avec laquelle ils se sentent justifiés de nous exploiter http://video.google.com/videoplay?d... .
On aurait tort de penser que les Québécois sont les seuls à être victimes de cette exploitation. En fait, tous les Canadiens le sont. Des événements comme en décrit Falardeau dans son film, il s’en déroule partout au Canada, et sans doute bien plus ailleurs qu’ici. La différence avec le Québec réside essentiellement dans la proportion beaucoup plus élevée de sa population qui conteste cette « légitimité », et nos origines différentes et notre histoire y sont évidemment pour quelque chose.
Ce que nous contestons, ce n’est pas tant l’exploitation (nous nous laissons assez facilement exploiter par les nôtres), ni même la monarchie (les Québécois n’ont pas, comme les Français, fait la Révolution et guillotiné des têtes couronnées), que l’assujettissement à un pouvoir étranger, donc usurpateur, et les exactions dont ce pouvoir s’est rendu coupable à l’endroit de notre peuple depuis la conquête.
Bien sûr, les tensions les plus vives se sont apaisées au fil des années, en bonne partie parce que les Québécois ont su trouver les parades propres à assurer leur survie, depuis la « revanche des berceaux », jusqu’à la « révolution tranquille » et aux revendications indépendantistes, mais la monarchie britannique demeure le symbole d’un pouvoir dominateur et assimilateur.
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À l’occasion de la « visite royale » qui se déroulera dans quelques jours, l’usurpateur, ce sera William, prince de la monarchie britannique et des bouffons qui s’en réclament. Force est de constater qu’au 21e siècle, la monarchie est une irruption incongrue du passé dans le présent, qu’on pourrait à l’extrême rigueur tolérer si elle avait le bon goût de se faire très discrète. Mais ce n’est hélas pas le cas, tant s’en faut, et les médias nous inondent régulièrement d’un mélange de scandales et de kitsch à faire lever le cœur des plus hardis.
Pour son plus grand malheur et le nôtre, la monarchie britannique s’affiche sûrement comme l’une des plus délinquantes à tous égards. Et au cours du règne d’Élizabeth II, absolument rien ne nous aura été épargné, depuis les affreux « bibis » dont elle semble avoir une inépuisable collection, jusqu’aux frasques scabreuses de sa sœur, de ses enfants http://www.textfiles.com/phreak/camilla.txt , http://www.dailymail.co.uk/tvshowbiz/article-1287807/Royal-merry-round-Is-Princess-Anne-Camillas-ex-again.html et de ses brus qui ont mis sa couronne en péril et ébranlé les fondements de l’institution qu’elle représente, au point même qu’elle s’est sentie obligée d’évoquer il y a quelques années son « annus horribilis » devant le monde entier, ébahi, qui n’en demandait surtout pas tant.
Il faut donc que les Canadiens soient sérieusement mal pris pour voir dans la monarchie britannique un symbole de leur identité nationale, comme le suggère La Presse dans un article paru hier. Il faut lire ce commentaire de Kevin MacLeod, le secrétaire canadien d’Élizabeth II et porte-parole de cette tournée officielle, pour comprendre à quel point ils sont prêts à n’importe quel amalgame pour nous vendre leur salade, sans même être conscients de ce qu’il peut avoir d’injurieux pour les Québécois :
« La Couronne est bien plus qu’un symbole, selon moi. C’est une réalité de notre système politique, ça touche notre identité comme Canadiens. Nous ne sommes pas des Américains, nous avons une identité différente, nous avons d’autres symboles, comme la fleur de lys, le castor, Bonhomme Carnaval ou la Couronne. Ces choses reflètent notre identité collective ».
Vous remarquerez que le Québec peut revendiquer pour sien trois de ces symboles. Le reste du Canada est pris avec trois symboles qui ne lui appartiennent pas, et qu’il est obligé d’emprunter pour se définir. La vérité, et ce propos en constitue un aveu retentissant, c’est que l’identité canadienne repose sur la monarchie britannique et le Québec. Sans ces deux éléments, les Canadiens sont des Américains. On comprend donc qu’ils tiennent tant au Québec. Et ce qui doit être le plus difficile pour eux à avaler, c’est que le Canada et le Québec n’ont en commun que le castor, ce qui, traduit dans la réalité concrète, se résume à très peu de choses. Qui plus est, l’identité québécoise n’a aucunement besoin de la monarchie britannique pour exister. En fait, elle lui est imposée.
C’est donc le Québec qui se trouve à faire les frais des problèmes existentiels du Canada. Il serait temps que les Québécois s’en rendent compte.
En attendant, je serai à Québec dimanche pour dire à William que l’institution qu’il représente n’est pas la bienvenue chez nous, qu’elle ne l’a jamais été, qu’il devrait avoir honte de la représenter, tant pour le passé comme pour le présent, et qu’il n’est tout au plus que le Prince de nos bouffons.

