La formule circule depuis au moins une semaine, particulièrement sur Vigile. Un beau slogan électoral, comme celui du Bloc lui-même, d’ailleurs : "Présent ! pour le Québec", une formule qui dit tout, qui résume à elle seule toutes les raisons de voter Bloc en bloc.
Oui, il faut le faire ! Tous les indépendantistes, tous les souverainistes, tous les nationalistes, appelons-les comme on voudra, tous ceux qui veulent une voix forte pour s’affirmer et se faire entendre à Ottawa doivent le faire.
LA RAISON NUMÉRO 1
La principale raison de voter Bloc en bloc nous est fournie par... André Pratte en personne, l’éditorialiste en chef de La Presse, ce journal qui a donné tant d’importance à l’article de Jacques Brassard, "Les vieilles picouilles", et qui a pris position en faveur du Parti conservateur. (Ce qui, soit dit en passant, est son droit : un journal peut parfaitement prendre position lors d’une élection.)
Pratte écrit : "Pour bien des fédéralistes, la domination continue des souverainistes dans la représentation du Québec à la Chambre des communes est tout aussi inquiétante que le conservatisme radical de M. Harper.". Là-dessus, on peut le croire sur parole. Le Bloc dérange les fédéralistes, il est "le caillou dans le soulier du Canada", comme l’a souligné un intervenant franco-ontarien à l’émission "L’avocat du diable" du 17 septembre dernier, portant sur la pertinence du Bloc à Ottawa.
"Chaque vote pour le Bloc viendra de facto renforcer le camp souverainiste", écrit-il encore. - Bien oui ! C’est vrai. Les fédéralistes voudraient bien, comme résultat électoral au Québec, une déconfiture du Bloc pour pouvoir clamer : "Vous voyez ? Au Québec, l’indépendance, c’est fini ! C’est du passé ! C’est une cause perdue, de moins en moins de gens y croient et pensent, plutôt, que le Québec peut se tailler une place enviable, et viable, au sein du Canada."
Comme c’est là un résultat dont nous ne voulons surtout pas, c’est exactement pour cela même que nous devons voter Bloc en bloc. Le message sera alors on ne peut plus clair : on en a toujours et encore assez des refus du gouvernement fédéral de régler la question constitutionnelle, des sempiternelles querelles Canada-Québec qui n’en finissent pas et ne finiront jamais, de ce gouvernement centralisateur qui empiète sans cesse sur nos compétences, qui nous offre des cadeaux vides de sens, comme cette reconnaissance des Québécois formant "une nation dans un Canada uni", sans même vouloir la concrétiser par un enchâssement dans la Constitution, et dont les pouvoirs (prédominance de la charte canadienne et de la Cour suprême du Canada, tout particulièrement) nous maintiennent continuellement dans la dépendance politique.
Nous devons voter Bloc en bloc pour dire à tous les fédéralistes, québécois comme canadiens : "L’aspiration du Québec à la liberté et à l’indépendance est loin d’être morte ! Bien au contraire, elle est plus vivace que jamais !"
DEUXIÈME RAISON
Le débat sur la pertinence du Bloc à Ottawa, lancé par Jacques Brassard, a ceci de bon qu’il oblige à mettre sur la table les raisons de voter pour ce parti. La première serait déjà suffisante à elle seule, mais il y a plus, dont ceci : le Bloc québécois doit être présent à Ottawa pour défendre les intérêts du Québec et faire bouger les dossiers qui le concernent. Pierre Jury, du journal Le Droit, a écrit que "le Bloc a carburé à l’incapacité des autres partis à tendre la main aux Québécois. Cela dure depuis 18 ans." - Justement, les problèmes ne se résolvent toujours pas entre le Québec et le Canada, ils ne sont touujours pas en voie de se résoudre et il faut envoyer ce message clair et net au gouvernement fédéral : on en a assez de ces querelles qui nous font perdre un temps précieux et gaspiller nos énergies mutuelles qui devraient être consacrées à des questions autrement plus importantes pour l’avenir de chaque nation. Vous ne voulez rien savoir de nous ? Alors nous non plus, et bye, par la voie et la voix du Bloc, qui vous signifiera sans cesse notre Différence et notre dissidence.
TROISIÈME RAISON
Voter Bloc en bloc, c’est la perspective fort réjouissante de devenir, comme en 1993, l’opposition officielle à Ottawa et, même, de détenir la balance du pouvoir, dans le cas d’un autre gouvernement conservateur minoritaire, ce qui risque fort d’arriver si le Québec vote Bloc en bloc. Que ceux et celles qui dénigrent ce parti, en prétextant qu’il ne prendra jamais le pouvoir, se le tiennent pour dit : jamais au pouvoir à Ottawa, sans aucun doute, mais avec un grand pouvoir !
Voter pour le Bloc, dit Bernard Lord, c’est "gaspiller /notre/ pouvoir politique". - Bien au contraire, Monsieur le Conservateur ! C’est se l’approprier ! C’est obtenir un véritable rapport de force avec Ottawa !
QUATRIÈME RAISON
L’une des raisons évoquée par Gilles Duceppe est de voter Bloc pour empêcher un gouvernement conservateur majoritaire. Bien que cette raison tienne bien la route, ce n’est sans doute pas la plus importante, mais elle signifiera au gouvernement fédéral, surtout si l’actuel est reporté au pouvoir, qu’au Québec, nous ne voulons pas de tous ces retours en arrière auxquels il nous convie, ce qu’Hélène Pedneault a bien démontré récemment. "Dans tous les sondages, le Québec pense différemment du reste du Canada, sur des sujets aussi différents que la loi sur les jeunes contrevenants, l’avortement, la guerre en Afghanistan, les garderies, la culture, l’appui à la création, la langue, et j’en passe. Sur presque tous les sujets, le Québec pense et, surtout, veut agir différemment du reste du Canada, mais il en est empêché par le carcan fédéral." - Voilà le rôle essentiel du Bloc, dans la défense de nos intérêts et de notre identité.
CINQUIÈME RAISON
Rajoutons celle de Gilles Ouimet : "Il faut absolument voter pour le Bloc pour forcer les Conservateurs à mettre de la substance dans tout ce vide qu’ils nous ont offert. Il faut voter pour le Bloc parce que l’expérience nous a appris que les députés qui viennent du Québec et qui sont membres des grands partis fédéraux n’ont jamais vraiment défendu les intérêts supérieurs du Québec."
SIXIÈME RAISON
Et enfin, celle de Louis Lapointe : "Notre combat n’est pas celui des Canadiens, nous nous battons pour l’indépendance, voilà pourquoi nous votons Bloc à Ottawa, à défaut d’annuler ou de nous abstenir. /.../ Parce que nous sommes indépendantistes, nous devons voter Bloc."


