Eh oui ! ce "vous", c’est encore ce cher Touhami Rachid Raffa, le même qui prétend que "le Québec a mal à ses minorités non chrétiennes". Cela m’est revenu en réécoutant l’émission de Geneviève Asselin du 5 octobre 2007, sur la Commission Bouchard-Taylor, où notre homme se trouvait, non pas en studio - malheureusement pour lui - mais sur écran, à Québec. - Plus contrôlable ainsi par l’animatrice, car le bonhomme est prêt à couper à tout moment la parole à quelqu’un pour exprimer son opinion. D’ailleurs, c’est à la toute fin de l’émission, alors que le temps était écoulé, disait madame Asselin, qu’il a relancé malgré tout son "le Québec a mal à ses minorités non chrétiennes, une réalité qu’on occulte".
Un bel exemple de l’énormité de certaines de ses affirmations, qu’il proclame d’ailleurs comme des évidences, c’est lorsqu’il interprète l’idée que "les immigrants doivent s’adapter aux us et coutumes du pays d’accueil" comme signifiant "se débarrasser de sa religion, de sa foi". (Il utilise aussi le mot RENONCER.)
Quelle pure exagération ! Quelle pure déformation ! Personne, au grand jamais personne, n’a demandé une telle chose. On n’a jamais demandé à quiconque de se convertir au catholicisme, et encore moins de devenir athée. On a non seulement "toléré", mais accepté pratiquement toutes les croyances et toutes les religions, en autant qu’elles ne manifestent pas de violence ou de haine et qu’elles ne heurtent pas des valeurs et des principes fondamentaux de notre société. On s’intéresse depuis fort longtemps à d’autres religions, particulièrement orientales, amérindiennes et africaines, et il y en a même qui ont adopté le bouddhisme, le taoïsme, l’animisme, et j’en passe, comme croyances préférables à celles, catholiques, qui nous ont été enseignées depuis notre tendre enfance. Il y en a même, et plus qu’on pense, qui non seulement se sont intéressés à l’islam, mais qui s’y sont convertis. Alors, monsieur Raffa, allez remettre dans votre grenier cette idée saugrenue que nous aurions mal à nos minorités non chrétiennes !
Vous avez dit, à l’émission de Geneviève Asselin, que ce que la majorité des Québécois veulent, au fond, des immigrants, c’est la pure et simple assimilation et ce, dès leur arrivée à l’aéroport : "Ils doivent arriver ici en sacrant", avez-vous ironisé ( ?), après avoir, bien entendu, laissé leur religion chez eux, sans qu’il n’y en ait plus aucune trace : qu’ils et elles se soient "débarrassés de leur religion et de leur foi", comme vous l’avez dit.
FOUTAISE. Genre de discours extrême qu’il est temps de dénoncer et de faire disparaître. Discours nuisible, de surcroit, qui ne peut favoriser que l’exacerbation de ceux et celles qui sont ainsi accusés, alias nous, les Québécois francophones, dans ce cas-ci.
Vous savez - ou devriez savoir, vous qui êtes si connaissant dans l’histoire et la mentalité québécoises - que même si, par exemple, on n’adhère pas aux croyances des Témoins de Jéhovah, on accepte souvent de les recevoir, lorsqu’ils frappent à notre porte, ou, alors, on ne l’ouvre pas en se disant : "Qu’ils me laissent en paix et croient ce qu’ils veulent. Inutile, même, de discuter, je crois autre chose, inconciliable et, alors, chacun et chacune ses croyances !" - Et ainsi de même pour toute religion. - Cela s’appelle, monsieur Raffa, de la TOLÉRANCE, et rien d’autre.
Vous parlez de religion et de foi. On ne demande, et n’a jamais demandé à personne de renoncer à la sienne, et encore moins de "s’en débarrasser", comme vous dites de façon si péjorative. Cependant, il peut s’avérer, et il s’est avéré, depuis au moins une quinzaine d’années et tout spécialement en 2006-2007, que certains comportements, bien plus souvent culturels que religieux, mais la plupart du temps justifiés par des croyances religieuses, fassent problème. Vous ne semblez pas l’avoir vu, comme bien d’autres, d’ailleurs, mais la "crise des accommodements" est due à ces comportements qui, qu’on l’admette ou non, heurtent effectivement certaines valeurs de la société d’accueil. Il faudra désormais les appeler "les ARP", les accommodements religieux problématiques. Il faudra, aussi, arrêter de se voiler la face, pour reprendre votre expression, et les aborder enfin de front, ces "éléphants qui trônent au beau milieu du salon, mais que personne n’ose nommer", selon la formule de Joseph Facal (Journal de Mtl, 29 août 07).
Il est vrai, comme le dit Pierre Anctil (Le Devoir, 2 juillet 08), que ce qui dérange, chez certains croyants très orthodoxes, c’est le fait de "s’afficher ouvertement comme tels". Il ajoute : "notamment lorsque venait le temps de réclamer des services de l’État." - Oui, il y a des deux, les réclamations en question tournant précisément autour des ARP.
Dans son mémoire, M. Raffa prétend que la question du vote des femmes voilées intégralement (niqab et burka) était un faux problème. - Pas du tout, c’en est un vrai, et pas des moindres. Même Québec solidaire (rappelons-nous que ce parti a appuyé et louangé le rapport Bouchard-Taylor sans la moindre critique), s’est dit contre le port du voile intégral pour toute personne oeuvrant dans le domaine public et para-public. (Prise de position bien tardive, qui ne figure même pas dans son mémoire, mais enfin : mieux vaut tard que jamais, et on se demande toujours pourquoi seulement pour ces personnes, interrogation qui vaut aussi pour la proposition G2 du rapport Bouchard-Taylor sur le port de signes religieux par les agents de l’Etat.) L’argument de QS (voir Le Devoir, 2 juin 08) repose sur le fait que ces vêtements "empêchent toute forme de communication normale", et Françoise David y reconnaît que "toutes les institutions religieuses tentent depuis fort longtemps de soumettre les femmes à des règles sexistes. Leur corps devient le premier lieu de ce pouvoir misogyne qui voit les femmes comme des occasions de péché. /.../ De façon générale, on peut affirmer que le voile islamique et plus encore, le tchador (voile et manteau long), relèvent du même sexisme."
M. Raffa, le sexisme est tout aussi condamnable et inacceptable que le racisme et la discrimination, lesquels, par ailleurs, vous dénoncez à tour de bras. (Il est étonnant, d’ailleurs, que vous parliez de "la sacro-sainte égalité des sexes" évoquée contre certains accommodements, comme si c’était là un argument fallacieux...) - Alors, allez remiser dans le grenier votre idée que cette question du vote voilé (donc du port de ces vêtements) est un faux problème !
Nous voulons voir, dites-vous encore, les immigrants SÉCULARISÉS. - Là-dessus, je vous accorde un point, car ce n’est pas faux, bien qu’il faudrait savoir ce que cela signifie exactement. Dans la religion, il y a le clergé et les "laïcs" (l’ensemble des croyants qui ne font pas partie du clergé). Ceux et celles qui portent des vêtements spéciaux pour identifier leur statut et leur rang religieux sont les membres du clergé et de congrégations religieuses. De sorte qu’associer le voile islamique (foulard ou hijab) avec celui des religieuses catholiques (et des soeurs cloîtrées, tant qu’à y être, en ce qui concerne le niqab et la burka ??) est une erreur, un faux amalgame, une bien mauvaise comparaison.
Voilà pour le "se débarrasser de sa foi, de sa religion" de Raffa. Mais le pire, dans cette affaire-là, c’est que notre tout aussi cher Gérard Bouchard (et sans doute aussi Charles Taylor) abonde dans le même sens. Dans la même émission de Geneviève Asselin ci-haut mentionnée, on présente des extraits des forums et audiences de la Commission. A l’une de ces dernières, un homme en faveur de l’adaptation des nouveaux arrivants à nos us et coutumes se fait demander par le commissaire Bouchard : "S’adapter à nos us et coutumes, dites-vous. Qu’est-ce qui va leur rester à eux comme culture qui va les différencier de la société d’accueil ? /.../ S’ils prennent nos us et coutumes, qu’ils délaissent leur religion, il leur reste quoi ?"
Vraiment, on nage en pleine malhonnêteté intellectuelle et l’amalgame le plus confus. Quel malheur et quelle tristesse de constater que notre grand sage saguenayen associe de la sorte l’adoption des us et coutumes d’une société au fait d’abandonner sa religion ! En plus, l’homme (qui n’a pas été identifié à l’écran) a commencé à s’expliquer, après la première question de Bouchard, en disant : "Leur culture comme telle, j’ai rien contre, mais, sauf que... " et a été interrompu par Bouchard qui a reformulé sa question. - Qu’a alors pu préciser cet intervenant, que la télévision ne nous montre pas ?
Il n’est pas toujours facile de répondre à brûle-pourpoint à une telle question, surtout lorsqu’on ne s’y attend pas. Alors, à vos plumes, messieurs-dames, il est grand temps de répondre à la question de l’éminent professeur !

