Le petit exercice de réflexion sur les raisons de faire l’indépendance (ma chronique du 22 août dernier, dont celle-ci est une suite) n’a pas donné grand résultat. Ce qui en ressort, c’est plutôt la difficulté de les trouver ou de les formuler ! Et surtout de les expliquer ! Les expliquer pour construire un discours politique stimulant pour la cause de l’indépendance. Un discours qui ranimera la flamme qui allumera le flambeau indépendantiste !
Quelqu’un m’a écrit que le fédéralisme était une position existentielle et politique. - Mais l’indépendantisme en est aussi une ! Et qu’est-ce que ça veut dire, une position existentielle ? L’existence est un fait et bien peu de personnes, à part les philosophes, en cherchent la justification : on existe, on vit, c’est tout. "Pourquoi la vie ? - Parce que la vie !" - On dirait que c’est exactement la même chose pour l’indépendance : "Pourquoi l’indépendance ? - Parce que l’indépendance ! Parce que la liberté !"
La liberté. Voilà le mot par lequel Pierre B a résumé toute la question et, s’il a raison, alors c’est ce désir de liberté qu’il faut stimuler ! Paraît-il que le peuple québécois y préfère le confort et l’indifférence.... - Y a-t-il un psy dans la salle pour nous expliquer comment retourner cette situation ? S’il n’y en a pas, alors on peut toujours revenir à l’introspection, à cet examen de conscience, dont j’avais parlé, sur les raisons ou motifs qui nous ont menés, un jour, lointain dans le passé pour bon nombre d’entre nous, à opter pour l’indépendance, pour un pays à nous. Selon les commentaires que j’ai reçus, cet examen n’a pas l’air d’avoir été fait. Aucun, du moins, ne va en ce sens, même si, depuis, on a beaucoup parlé du sujet.
SE RAPPELER de ces raisons... de nos raisons personnelles ! - Vraiment, quelle foutue devise que la nôtre ! Ce n’est pas "Je me souviens", mais "Je ne me souviens plus !" Ou, comme chantait Jeanne Moreau : "J’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien"... Au point qu’on se demande si, comme Candide, on ne devrait pas, désormais, se contenter de cultiver son jardin sur son terrain...
Ces deux dernières semaines, je les ai consacrées, justement, à recouvrer la mémoire. Je vous fais part de quelques réminiscences. Ça nous aidera peut-être à enfin trouver quelque chose, une piste intéressante sur laquelle nous engager pour remporter les prochaines élections. Je réfléchis donc, ici, à voix haute.
PREMIER CONSTAT
Opter pour l’indépendance, c’est d’abord une question de SENTIMENT. (Une position existentielle, justement !) Le sentiment d’appartenir à un peuple qui a une histoire et qui tient à la continuer, pas à disparaître tranquillement à plus ou moins longue échéance. Le sentiment de fierté d’en faire partie, et de s’affirmer, et d’être connus et reconnus, partout dans le monde, en tant que Québécois dont la langue est le français. Le sentiment de poursuivre des luttes de libération et de devenir vraiment "maîtres chez nous". Or, nous ne le sommes toujours pas.
DEUXIÈME CONSTAT
L’affaire, c’est que ce sentiment-là, il ne se manifeste, collectivement, que sporadiquement : lors de la fête nationale, le 23 ou 24 juin, ou d’autres fêtes comme celle du 400e de la ville de Québec : Paul MacCartney se promenant sur scène en brandissant le drapeau du Québec, notre grande Céline avec ses "invités"... - Ah ! oui !, alors, on se sent Québécois dans l’âme ! Profondément et intensément ! - Et puis après...
De Gaulle, 24 juillet 1967 (qui nous a appelés "Les Français du Canada") : c’est son coeur qui a parlé et qui a touché celui des Québécois et Québécoises, et le touche encore, quand on regarde à nouveau son discours du haut du balcon de l’Hôtel de ville. - Et puis après...
La victoire du PQ en 1976 : quel grand moment d’ÉMOTION ! - Quatre ans et 2 ou 3 plus tard ("crise économique" oblige...), on déchantait... - Il faut nous remonter le moral ! Et réussir à le maintenir en permanence.
TROISIÈME CONSTAT
Qu’est-ce qui, il y a 7 ou 8 ans, a tiédi affreusement mon sentiment nationaliste et m’a éloignée pour un temps de la cause indépendantiste ? - L’invention et la promotion bien orchestrée du "nationalisme civique", opposé au nationalisme prétendûment "ethnique". Un coup presque mortel, ou à tout le moins gravement paralysant, pour le peuple québécois dans son ensemble, et pour bien des individus. Car à quoi bon l’indépendance de ce peuple, s’il n’existe plus et va jusqu’à se renier lui-même ? Quand on ne te considère même plus comme le peuple fondateur de ton propre pays et qu’on réussit à t’en convaincre, tu déchantes - ou tu te révoltes, quand tu t’aperçois de la supercherie !
Le NOUS existe, mais on a cherché à nous faire croire que le simple fait de le dire était "exclusif" et xénophobe. - Ah ! non !, alors ! On ne marche plus dans ces plates-bandes-là, Noulah ! Nous l’avons très majoritairement dit à la Commission Bouchard-Taylor, nous y avons dit que nous existions et que nous étions chez nous, ici, et nous avons d’ailleurs été (ou sommes) appuyés par un grand nombre de Néo-Québécois. Nous avons réaffirmé et repris possession de ce Nous, et nous continuerons à l’affirmer, sans peur et sans reproche, selon la formule que se plaît à dire et redire G-E Cartier : "Et honni soit qui mal y pense" ! Au lieu de baisser les bras à chaque objection, nous continuerons d’affirmer l’existence de ce Nous que nous sommes, et nous contre-objecterons à la moindre occasion !
QUATRIÈME CONSTAT
Suite à ce que je viens de mettre sur papier, le discours à tenir, particulièrement mais non exclusivement par le PQ, doit changer ou, du moins, se concentrer sur des idées-forces que ce parti a déjà mises sur la table mais reléguées sur des tablettes, semble-t-il (comme le projet de Constitution québécoise ; comme le renforcement nécessaire de la loi 101 ; comme l’image du train en marche dans lequel embarquent des passagers pour avancer avec nous dans la même direction, celle de notre indépendance).
Premièrement, il faut lâcher le discours victimaire, comme l’a écrit Marcel Haché, un genre de discours que boude l’électorat et qui l’éloigne de la cause. On ne veut pas se faire taper dessus, on ne veut pas se faire dénigrer, dévaloriser et mépriser, surtout pas par ses propres compatriotes, qu’ils s’appellent Gérard Bouchard ou je ne sais qui. On veut se servir de nos forces et de nos talents ! On veut un projet axé sur notre désir de liberté en tant que peuple ! - En tant que peuple d’origine canadienne-française, en tant que, tout court, peuple historiquement canadien-français, arrêtons d’avoir peur des mots !
Deuxièmement, il faut donner, ou susciter, ou ressusciter, le goût de la liberté. De la liberté collective, celle du peuple dont nous faisons partie. Ce qui suppose ou présuppose que ce peuple, notre peuple, ne l’a pas. Pas encore.
Pour la démonstration de cette absence de liberté, des éléments sont déjà sur la table :
Affirmer notre identité et notre historicité en tant que peuple fondateur.
Québec français, mais encore faut-il démontrer qu’il est en danger, surtout à Montréal. Démontrer qu’on n’a pas les pouvoirs nécessaires au maintien et au renforcement de notre culture et de notre langue, particulièrement dans la métropole.
Que nous devons avoir le pouvoir de voter des lois et ce, sans interférence d’un autre peuple, sans intrusion dans nos priorités, pour pouvoir enfin régler nous-mêmes nos problèmes.
Que l’indépendance, créant un Etat-Nation québécois, est la seule voie pour mettre fin aux chicanes constitutionnelles, qui n’ont jamais été résolues et ne le seront sans doute jamais, surtout pas avec un gouvernement fédéral centralisateur.
Que la prédominance de la Charte canadienne et de la Cour suprême du Canada est un obstacle majeur au "Maîtres chez nous".
Voilà une partie de mes réflexions des deux dernières semaines. Suite au prochain numéro ! Mais en attendant, pourquoi ne pas me faire parvenir vos propres souvenirs de ce qui a déclenché votre choix pour l’indépendance ?
N’oublie pas que ce sont les gouttes d’eau
Qui alimentent le creux des ruisseaux
Si les ruisseaux savent trouver la mer
Peut-être trouverons-nous la lumière !
Si tu cherches à savoir le chemin qu’il faut suivre
Si tu cherches à comprendre ce pourquoi tu t’en vas
Si tu vois ton bateau voguer à la dérive
Amène-toi chez nous, j’aurais du rhum pour toi
Je ne suis pas marin, je vis loin de la rive
Mais peut-être qu’à cent nous trouverons la voie !
(Jacques Michel)

