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CHRONIQUE DE LA CROQUEUSE DE MOTS
Vous avez dit... "les enjeux liés aux rapports sociaux de sexe" ?
Thérèse-Isabelle Saulnier
Chronique de Thérèse-Isabelle Saulnier
vendredi 27 juin 2008      727 visites


Cette semaine, en consultant la note 51 du chapitre 11 du rapport de la Commission Bouchard-Taylor (p.228), j’ai eu la curiosité de lire le mémoire d’un groupe de 53 professeures et chercheuses de l’Université Laval, indiqué à cet endroit comme source d’une statistique sur le taux de diplômation universitaire des femmes immigrées. (Cette statistique n’est même pas dans ce mémoire-là... - A moins que ce soit dans une annexe fournie à part, non intégrée au mémoire, ou donnée verbalement, ou présente dans un document cité en référence. En tout cas, dans ce mémoire, il n’est pas question du niveau de diplômation des femmes immigrantes. - Mais merci quand même de m’avoir permis de lire ce rapport, fort intéressant !)

On y lit :
  • "Il faut dénoncer toute forme de dogmatisme religieux" (p.2).
  • "Le conservatisme religieux, qui s’observe ici et ailleurs dans le monde et au sein d’une majorité de religions, constitue une menace au droit à l’égalité entre les femmes et les hommes" (p.2).
  • "Des balises claires dans la sphère publique doivent être imposées au conservatisme religieux" (p.2). (La seule mentionnée, malheureusement, est le principe de l’égalité hommes-femmes.)
  • "L’invocation de la nécessité de respecter les cultures de groupes immigrants sert souvent de prétexte pour brimer les droits des femmes" (p.2).
A propos du Document de consultation, elles disent que "les enjeux liés aux rapports sociaux de sexe ne sont pas abordés dans ce document. Cela se traduit, entre autres, par une insensibilité aux dimensions sexuées des rapports sociaux. En outre, on observe une symétrisation des cas qui évacue la position de subordination des femmes dans une société encore patriarcale. Ainsi, la question du port du kirpan et du turban, la disponibilité de salles de prière dans les lieux publics et d’autres accommodements religieux sont mis sur le même pied que le port du foulard islamique ou de la burqa ou encore le refus de certaines communautés de se faire servir ou de recevoir des soins prodigués par des professionnelles ou des fonctionnaires de sexe féminin." (p.6-7)

Ces professeures et chercheuses reconnaissent qu’imposer le port du voile aux femmes, spécialement aux filles, "contraint ainsi leur intégration sociale" (p.7). - On se demande alors pourquoi cette contrainte-là ne s’applique qu’à ces femmes et à ces filles, et non à toutes celles qui le portent... (Car d’autre part, elles affirment qu’il faut "dénoncer la stigmatisation des femmes voilées." (p.3 et 14).) 

Je ne suis évidemment pas en faveur de la stigmatisation d’un ou de groupes particuliers, mais il ne faut tout de même pas nier certaines réalités qui les concernent, et dans lesquelles ils sont impliqués de près. On abuse terriblement du mot "stigmatisation" : il suffit de désigner un groupe et de le critiquer sur certains points pour qu’on en use à notre égard...

Revenons à cette idée que le port du voile, imposé aux femmes et aux filles, "contraint leur intégration sociale". Qu’est-ce que cela signifie au juste ? Contraint, c’est-à-dire limite, freine, empêche cette intégration ? - Le 25 juin dernier, Don Butler publiait, dans The National Post, sous le titre "A need to ’Canadianize’ to get ahead", un compte rendu d’une étude de Catalyst, réalisée auprès de 19 groupes-sondes. La plupart ont dit croire que pour réussir sur le plan professionnel, les gens des communautés visibles devaient perdre (to shed) leur culture et même leur accent, bref, se "canadianiser’, adopter les manières, comportements, tenues vestimentaires et caractéristiques canadiennes. - En nuançant la perte "totale", incluant l’accent ( !!!), c’est ce que Boucar Diouf appelle L’ADAPTATION.

Quelqu’un a déjà posé la question suivante : Pourquoi certaines femmes musulmanes tiennent tant à porter le voile, alors qu’elle savent très bien que cela peut nuire à l’obtention d’un emploi, souvent, même, rémunérateur ? - Cela a probablement beaucoup à voir avec la CRISPATION IDENTITAIRE qui nous est reprochée, à nous Québécois d’origine canadienne française, et à aucun autre groupe ethno-culturel. - Mais ce sera là le sujet d’une autre chronique.

Toujours pour les femmes voilées (encore n’est-il question, la plupart du temps, que du foulard islamique (hijab), et non du voile intégral (niqab et burka), la question, suite au rapport Bouchard-Taylor, reste toujours entière : ce "voile" n’est-il pas précisément relié aux rapports sociaux de sexe, dont la Commission a fait abstraction ? - En ce qui me concerne, ça fait longtemps que ma réponse est oui, du moins jusqu’à preuve du contraire, et je l’ai expliqué lors de mon intervention au forum de Trois-Rivières :

Les femmes musulmanes qui sont venues à Hérouxville, le 11 février 2007, ont offert en cadeaux deux livres sur l’Islam, pour mieux nous le faire connaître. Or, il y est affirmé que hommes et femmes sont égaux, certes, mais différents, surtout, une différence voulue par Dieu et par la nature, et que cette différence impliquait nécessairement une différence de droits, tant sur le plan social que juridique, une différence niée par l’Occident. Les percées et acquis du féminisme, loin d’être un progrès, sont, pour eux, un véritable désastre, la source de nouvelles coutumes, usages et lois qui ne sont que productrices de malheurs et de PERVERSION, donc surtout pas à imiter, mais à éviter et à combattre. Le mot égalité - et je cite Motahhari, l’un des auteurs de ces livres - n’est "qu’un slogan démagogique", une "marchandise occidentale", et il s’attaque, en plus, à la Déclaration Universelle des Droits de la personne. - Vous me direz que c’est là une interprétation parmi d’autres du Coran, et pas des plus ouverte ou tolérante. En effet, c’est de l’intégrisme islamiste pur et dur, encore minoritaire au sein des communautés musulmanes, particulièrement celles d’ici et de certains pays, qui n’en veulent pas plus que nous et qui le combattent, mais il existe, il est actif et il est incompatible avec les fondements mêmes de nos sociétés démocratiques occidentales. C’est pourquoi nous devons mettre des balises à la liberté de religion si souvent invoquée (la définir en précisant ce qu’elle inclut et ce qu’elle exclut), et rejeter tout comportement qui va à l’encontre du principe d’égalité hommes-femmes. Non pas, peut-être, en établissant la primauté de ce principe sur la liberté de religion, mais en délimitant celle-ci pour qu’en aucun cas, elle n’aille à l’encontre de l’égalité des sexes, et que toute demande d’accommodement en ce sens soit rejetée pour cette raison. (J’ai établi ces balises dans une chronique précédente, sur la liberté de religion.)

Une lecture recommandée, particulièrement à messieurs Bouchard et Taylor : la position du Lobby européen des femmes (LEF), adoptée le 27 mai 2006.

* * *

Cette semaine, lisant les chapitres 2 et 3 du rapport Bouchard-Taylor, j’ai fait une recherche web sur l’histoire de la cabane à sucre de Mont Saint-Grégoire, ce qui m’a fait découvrir, grâce à des liens vers YouTube, des clips faisant la promotion du voile, tant intégral que partiel. Éloquent ! Je vous invite à aller en voir quelques-uns, dont ceux-ci :

1) "La femme et son foyer", qui fait la promotion de la femme dont la place est à la maison ; l’homme, lui, travaille à l’extérieur.
En complément, lire le texte "A nos soeurs".

2) La chanson "Touche pas à mon voile", de youn-s-alif neila, le présentant comme un symbole d’honneur. Pour les paroles de la chanson, cliquez ici

3) La chanson "O ma soeur", du groupe Le silence des mosquées, en faveur des femmes voilées. "La pudeur est un droit". "Tu as les clés de la pureté, de la piété."
Pour les paroles de la chanson, cliquez ici.
Autre clip pour cette chanson, avec petite intro : "Les meilleures femmes"
Autre (la même chanson, autre vidéo), "la soeur portant le hijab"

4) "Conseil à une soeur portant le niqab" (vs sa mère qui ne veut pas sortir avec elle dans cette tenue) - Le niqab présenté comme obéissance à Allah.

5) "Le voile islamique", qui en fait la promotion ; texte se déroulant à l’écran (pas toujours facile à lire), sur petite musique douce)




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