Il y a plusieurs façons de promouvoir l’indépendance du Québec, dont celle de Vigile. Il y avait longtemps que je fréquentais ce site, source fabuleuse d’information, lorsque, à la suite de mon article "A bas le terrorisme verbal" et de mon site web sur les AR, Bernard Frappier m’a offert la responsabilité d’une chronique. Après avoir refusé par manque de temps, consacré presque exclusivement à ce site web, j’ai fini par accepter, en autant qu’elle porte sur les AR et sur divers sujets qui y sont reliés. C’était il y a maintenant 40 semaines. Depuis ce premier texte sur le terrorisme verbal, j’ai toujours dénoncé les abus de langage et les attaques contre la personne, sophisme dégoûtant s’il en est un et auquel, me suis-je aperçu, Vigile donne bien facilement place, particulièrement dans sa Tribune libre
Une de mes chroniques, "Fédéraste", portait sur ce sujet. Or, loin de s’atténuer, les arguments "anti-personnels", comme les mines du même nom, se sont multipliés de façon quasi alarmante, particulièrement depuis la parution du texte de VLB sur "la reine-nègre", alias la Gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean. Mais bien avant, ce style répugnant d’attaques contre la personne s’appliquait déjà entre indépendantistes eux-mêmes. Il est navrant, tout à fait navrant, triste et désolant de constater, et ce sur Vigile même, les divisions internes des forces souverainistes, les chicanes de clochers, les démolitions de personnalités qui, pourtant, oeuvrent ou ont oeuvré à l’avènement de ce pays du Québec que nous attendons depuis déjà si longtemps.
En plus, sur Vigile - s’en est-on aperçu ? - l’état de guerre semble bien avoir été proclamé. Contre des souverainistes, particulièrement péquistes, contre le pays voisin, le Canada, et contre tous les fédéralistes du Québec. Certains ne parlent plus d’opposants ou d’adversaires, mais d’ennemis que l’on hait ou que l’on doit obligatoirement haïr, quand on est un VRAI indépendantiste. C’est désormais le règne du tristement célèbre "Qui n’est pas avec moi est contre moi". Comme on n’a pas de bras armé pour aller éliminer ces ennemis, on utilisera donc notre encre fielleuse et empoisonnée pour, à tout le moins, les faire voir comme des moins que rien, des MINABLES (que ce mot revient souvent !), pour tenter de les néantiser à leurs propres yeux et qu’ils s’effacent d’eux-mêmes, honteux et humiliés, de la place publique.
Je n’ai pas examiné de près les chicanes internes des souverainistes/indépendantistes mais, par contre, j’ai suivi attentivement tout ce qui concerne "l’affaire de la reine-nègre", ou "l’affaire VLB", c’est selon, un de mes dossiers déjà assez épais et que je croyais fermé, lorsqu’est apparu, le 4 juillet dernier, un ixième dénigrement de la personne de Michaëlle Jean, soupçonnée - que dis-je, accusée carrément du crime d’inauthenticité par Robert Barberis-Gervais, l’une des plumes les plus vitrioliques de Vigile.
A lire cela, dans les titres de la Tribune libre, je me suis exclamée : "Hein ! Pas encore ?!?!?", et je suis allée lire le petit texte de B-G. - Pas moyen de ne pas réagir. Je l’ai fait et je ne me suis pas cachée sous un pseudonyme, ce que j’aurais très bien pu faire, car je savais risquer, par cette intervention, de passer pour une traître à la cause. C’est arrivé, B-G s’en est tout de suite chargé et, en plus, me voici (merci du renseignement) une vile féministe qui défend une femme tout simplement parce que c’est une femme... - On aura tout lu !
Première chose qui m’a choquée en lisant B-G, c’est d’identifier Michaëlle Jean comme étant "une Haïtienne de Montréal" : erreur de langage, commune et fréquente, et c’est sans doute pourquoi B-G n’a rien répliqué là-dessus. D’ailleurs, sur ce point, il a très bien compris car, par la suite, il a écrit "une citoyenne canadienne d’origine haïtienne".
Deuxième chose, c’est la raison pour laquelle B-G a repris la plume contre la Gouverneure générale : qu’elle ait eu l’audace de citer Julien et Miron... - crime de lèse-majesté de sa part...
Troisième chose, et là ma plume n’y tenait plus, accuser Michaëlle Jean d’être une comédienne sans talent dans le rôle de GG, et une femme inauthentique, donc essentiellement fausse. - Attaque directe à la personne.
J’ai tout simplement relevé cela et il n’en fallait pas plus à un B-G pour croire que je faisais l’ÉLOGE de Michaëlle Jean, comme si c’était mon idole inconditionnelle et que je gobais tout ce qu’elle disait et faisait. Il n’en fallait surtout pas plus à un B-G pour douter de mon indépendantisme réel, et certainement tout aussi sincère que le sien. Perfidie des perfidies, il prétend que j’ai défendu Michaëlle Jean parce que je suis une femme et qu’elle en est une ! Par stricte et bête solidarité féminine !! - Ah ! ça ! Faut vraiment le faire ! C’est l’exacte correspondance avec l’idée que VLB se serait attaqué à cette même Michaëlle Jean parce qu’elle est NOIRE et lui, BLANC ! - On nage dans l’absurde le plus total.
Le mot n’est pas prononcé, mais me voici certainement devenue, dans la tête de monsieur B-G, une "traître à la patrie", puisque j’aurais "renoncé au point de vue indépendantiste /.../ pour faire l’éloge de la personnalité et de l’action anti-indépendantiste d’une autre femme" ( !!!).
Regardons les faits. J’ai défendu VLB contre des accusations de racisme en disant que si la GG avait été une Blanche (exemple : Denise Bombardier ou Marie-France Bazzo), ou un homme, ça aurait été la même chose, la couleur de peau et le sexe n’étant pas impliqués dans cette affaire de la fonction de GG. Dans ce texte, j’ai même critiqué madame Jean, allant jusqu’à dire qu’elle devrait sans doute s’excuser. En 2001, j’ai aussi défendu, et plutôt de la façon "bec et ongles" qu’autrement, la cause d’Yves Michaud, accusé d’antisémitisme, de xénophobie et d’ethnicisme. - J’ai défendu des hommes que je croyais accusés abusivement et injustement, moi, une soi-disant féministe "primaire", aux dires de madame Marie-Mance Vallée. - Comment ai-je pu, alors, réussir pareil exploit ? Comment ai-je pu investir tant d’énergies et de temps pour deux personnes du sexe opposé ? Je me pince, je rêve sans doute... - Mais non, je suis bel et bien dans l’incroyable réalité.
A mon tour de prendre ma défense, maintenant, en disant simplement que si Michaëlle Jean s’appelait Michel, Robert ou Victor et qu’on en avait dit ce qu’en a dit B-G, je serais, de la même manière, montée aux barricades ! Et, nonobstant ce que monsieur Barberis-Gervais et madame Vallée puissent juger être, je n’ai pas défendu les actions de Michaëlle Jean (sur lesquelles je ne me suis pas encore prononcée, sauf sous forme de questions), j’ai simplement réagi contre le dénigrement de sa personne, contre cette campagne de salissage qu’on fait pleuvoir sur elle. Car oui, pour reprendre la formule d’Yvan Parent, je fais partie de ces personnes qui sont "scandalisées qu’on s’attaque à elle personnellement", comme me pue au nez cette basse, et anti-philosophique, et anti-sociale tactique de l’attaque ad hominem et ce, quelle que soit la personne contre qui elle est dirigée.
Evidemment, ce texte de Barberis-Gervais a suscité de nombreuses réactions. Celle d’Yvan Parent nous apprend que Michaëlle Jean est une traître (son cas en est un de trahison, dit-il, particulièrement pour avoir cité Julien et Miron), mais heureusement, il se pose, lui aussi, la question de savoir ce que la corneille, à part sa couleur, vient faire dans le décor. (En effet, ce poème de Miron n’a absolument rien à voir avec la Gouverneure générale elle-même, ni avec la polémique qu’elle suscite.) - Ce qui ne l’empêche pas de traiter Michaëlle Jean de "poupée gonflable" qui ne sait pas ce qu’elle fait. - Une fort méprisante attaque personnelle, inadmissible et contre laquelle je lutterai toujours.
Celle de Marie-Mance Vallée m’apprend que je souffre de "féminisme primaire" (parce que j’aurais dénoncé les attaques personnelles de B-G contre Michaëlle Jean "au nom du féminisme") et que, donc, je ne me sens pas encore l’égale de l’homme (ce qui, bien sûr, est son cas). Elle nous apprend aussi que Michaëlle Jean a "tendance à se montrer de plus en plus duvaliériste", à "se comporter comme une fille des Duvalier", - autre terrible abus de langage, s’il en est un.
Celle de Gébé Tremblay est claire : être pro-Canada, c’est être contre le Québec, ce dont il accuse Michaëlle Jean, précisant, en plus, qu’elle est "contre un Québec qui ne l’a pas mis (sic) au monde". - Exclue, bannie, Michaëlle Jean, non seulement en tant que se définissant plus Canadienne que Québécoise (péché capital s’il en est), mais en tant que d’origine autre que de souche ! - Tout à fait inadmissible, et je lutterai toujours contre cela aussi.
Alors, être indépendantiste, c’est cela ? C’est considérer que les adversaires politiques sont des ennemis ? Que s’ils sont Québécois, ce sont tous des traîtres à la patrie et des vendus ? Et que cela nous autorise à les qualifier de tous les sales noms possibles et imaginables ?
Si tel est bien le cas, s’cusez-moi, mais je décroche.
Mon message, dans sa version intégrale, à Robert Barberis-Gervais
(Je souligne ce que moi, l’auteure, considère être l’essentiel)
Titre modifié : "Corneille", "ma noire"
A) Michaëlle Jean, "une Haïtienne de Montréal" ? - Vous êtes en retard d’au moins une coche, monsieur B-G. Arrêtons donc de nous en prendre personnellement à elle et, particulièrement, à son origine. Madame Jean est, à ses propres yeux à elle, une CANADIENNE D’ORIGINE HAÏTIENNE, pas une "Haïtienne de Montréal". D’ailleurs, si on peut parler de "la communauté haïtienne", tous les gens qui la composent ne se définissent pas comme des Haïtiens, mais bien comme des Québécois ou des Canadiens, quand ce n’est pas les deux, sans compter qu’un grand nombre d’entre eux sont nés ici, et non pas en Haïti. En plus, Michaëlle Jean a passé les premières années de sa vie québécoise et canadienne non pas à Montréal, mais dans la région de Thetford-Mines.
B) vRôle de comédienne que celui de Gouverneure Générale du Canada ? - Question de jugement. Rôle d’abord et avant tout protocolaire, c’est certain, auquel madame Jean a décidé, dès sa nomination, d’ajouter un rôle plus politique qu’auparavant (pour que, justement, elle ne soit pas qu’une simple marionnette ou qu’un simple pion décoratif), rôle qu’elle joue surtout dans la promotion de la culture. Un ajout de rôle, et d’influence, que l’on peut critiquer, certes, mais qu’elle joue bel et bien, et plutôt bien que mal, si on se fie à l’immense succès qu’elle a eu dernièrement en France, et partout dans le monde où elle est allée représenter le Canada. Elle a effectivement "accepté de jouer un rôle politique que manifestement elle" COMPREND TRÈS BIEN, "un rôle politique dont tous les tenants et aboutissants", loin de lui échapper, sont parfaitement clairs dans son esprit : elle sait ce qu’elle fait, et pourquoi elle le fait.
C) Il est vrai qu’elle est "charmante et pleine de bonne volonté". Mais qu’elle ait "accepté de se noyer dans un océan d’inauthenticité qu’elle essaie en vain de conjurer", c’est encore s’en prendre injustement à la personne même de Michaëlle Jean. Inauthentique, cette femme ? Bien au contraire, elle défend et promeut ce qu’elle croit de tout coeur être juste et bien, et si vous doutez de sa sincérité, c’est votre affaire, et non la sienne. Elle est même tellement convaincue de bien agir, et dans le bon sens, dans la bonne direction, qu’elle a la sagesse de poursuivre son chemin sans répliquer à ce genre de "critiques", surtout quand il s’agit de la traiter de "reine-nègre" et de "corneille", que l’on sait être de couleur noire. Et ce, nonobstant le sens propre de "reine-nègre", et l’affectueux "ma noire" de Denise à Dominique, ou de Miron lui-même à l’oiseau en question.
D) Madame Michaëlle Jean, une femme que l’on sait intelligente et cultivée, grande défenseure de la culture, de surcroît, cite à plaisir des poètes québécois, même indépendantistes. - Et alors ? Grand bien lui fasse, nous fasse et fasse au monde entier ! Au-delà des prises de position partisanes (politiques), c’est l’humain - que l’on dit aussi universel - qui ressort et que fait ressortir la Gouverneure générale du Canada qui, jusqu’à nouvel ordre, est aussi notre GG, à nous Québécoises et Québécois toujours membres d’une simple province de ce pays. Quant à moi, je dis : "Bravo, madame Jean, pour le travail que vous accomplissez ! L’Histoire saura sans doute, elle, vous rendre correctement justice."


