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Thérèse-Isabelle SaulnierVoilà, les travaux de consultation de la Commission B-T sont à peine terminés que l’heure est déjà aux bilans. Avant l’heure, même, car ce genre d’exercice exige un minimal recul, que dis-je, une réflexion approfondie, qui ne se contente pas de promener simplement un faisceau lumineux sur la surface des lieux, et surtout pas à la seule lumière de ce qui a été rapporté par les médias.
J’en ai trois, présentement, à me mettre sous la dent, certainement faits à chaud et en quatrième vitesse, et sûrement sans prise de distance ni analyse sérieuse : celui d’André Pratte, de la Presse, celui de Lysiane Gagnon (dans La Presse et dans The Globe and Mail), et celui de Marie-Andrée Chouinard, du Devoir.
Pour ces trois gourous de l’information, tout s’est joué à Montréal et aurait dû l’être depuis le début, d’ailleurs, et seulement là, puisque d’accommodements il n’est question que dans la métropole, c’est bien connu, et qu’il est tout aussi connu qu’en région, il n’y a pas d’immigrants : toutes les villes hors-métropole sont comme Hérouxville : à peine un immigrant (un petit Noir, là-bas), et encore.... Alors, pour André Pratte, la Commission a perdu son précieux temps à "ausculter les craintes et préjugés des Québécois des régions", lesquels sont tous obsédés par les "lapidations qui hantent leurs cauchemars"... Pour Marie-Andrée Chouinard, les forums et audiences de Montréal ont permis de "pulvériser les idées reçues" - entendez celles des petites cervelles ignares des régions. A Montréal, les témoignages nous ont fourni "un précieux guide pratique sur les thèmes du respect, de l’ouverture et de la créativité", écrit-elle. Sous-entendu : rien de tel dans les régions...
Quant à Lysiane Gagnon, qui a publié son bilan d’abord en anglais dans le Globe and Mail, le 3 décembre, puis en français dans La Presse le lendemain, elle tient le même discours que les deux autres : comme on le savait pourtant déjà, dit-elle, "sur le plancher des vaches, les choses marchent passablement bien, les problèmes posés par le pluralisme ethnique et religieux sont relativement mineurs et fort bien circonscrits, et il n’y avait aucune raison de s’inventer des drames", et encore moins d’élaborer ces "scénarios apocalyptiques fabriqués à Hérouxville !" - Aussi simple que cela. De plus, on le savait déjà aussi, n’est-ce pas, la région montréalaise est "la seule région où se posent les défis de l’immigration et du multiculturalisme."
(Vraiment, quel souverain MÉPRIS et quelle IGNORANCE CRASSE envers tout le hors-514 ! Ai-je le droit, chers lecteurs et lectrices, de me sentir offusquée, moi qui suis née et qui ai toujours vécu en région, sauf pour mes quatre années d’université à Montréal, dont 3 passées dans le très multi-ethnique secteur Côte-des-neiges, pas très différent aujourd’hui de ce qu’il était il y a 35 ans ? - Eh bien, même si je n’ai pas ce droit, je le prends ! Et je monte aux barricades !!)
Ce discours méprisant, on n’a pas cessé de l’entendre depuis le début des travaux de la Commission, alors que, pourtant, les interventions et mémoires régionaux pleuvent en abondance, qui exposent les moyens mis en oeuvre pour intégrer les immigrants (qui sont bel et bien présents en région) et leur faciliter cette tâche ardue, sans compter tous ceux, aussi bien étoffés que ceux venant de Montréal, qui abordent le thème de la place de la religion dans une société laïque comme la nôtre, et celui de l’identité québécoise. Mais non, on a plutôt choisi de nous présenter les quelques cas de gros grelons qui sont tombés, ça et là, à travers cette pluie rafraîchissante de haute qualité, faisant ainsi croire, par cette sélection biaisée, malveillante et malfaisante, qu’en région (et même dans certains recoins de Montréal, comme Outremont, par exemple), ce n’était que "craintes et préjugés", "stupeur et tremblements" (titre du beau roman d’Amélie Nothomb), ignorance xénophobe (dixit les porte-parole de Québec solidaire), racisme ouvert ou déguisé, sournois, intolérance et fermeture envers tout ce qui n’est pas "nous", tentative de régler nos problèmes identitaires sur le dos des immigrants en en faisant des boucs émissaires (dixit Amir Khadir, au forum de Côte-des-neiges), et j’en passe.
Quant à moi, j’ai suivi de très près les travaux de la Commission et, jusqu’à présent, je me suis tapé la lecture intégrale de 53 mémoires régionaux (ceux de Montréal viennent tout juste (7 décembre) d’être publiés sur le site web de la Commission), incluant prises de notes et réflexions. Inutile de vous dire qu’à la suite d’un tel travail, je ne tire pas les mêmes conclusions hâtives que Monsieur Pratte et Mesdames Gagnon et Chouinard pour qui, comme pour bien d’autres (dont Québec solidaire), toute cette saga des accommodements n’est qu’une grosse balloune qui aurait dû péter au frette dès le début car, comme Montréal l’aurait démontré "avec une désarmante simplicité" et "avec sensibilité", de problème d’accommodements il n’y a pas, ils sont monnaie courante et parfaitement possibles (Chouinard). Point à la ligne, fermez la parenthèse et passons à autre chose.
Madame Chouinard pense que l’immigration est une affaire strictement montréalaise et que, donc, seuls les Montréalais ont raison, voire droit de parole, et que, par conséquent, c’est ce qui s’est dit à Montréal qui devrait compter surtout, pour les deux commissaires, et non ce qui vient des régions. Donc, que nos deux larrons et leur quinze conseillers fassent table rase des grosses piles de mémoires régionaux reçus et qu’ils ne retiennent que ceux des écoles, des CLSC et et des CSSS de Montréal, dont celui de la Commission scolaire de Montréal et de Marguerite-Bourgeoys, celui du CSSS de la Montagne et celui du CLSC Parc Extension. Tâche alors simplifiée, allégée, raccourcie - et bâclée. Tâche réduite à sa plus simple expression, celle des stricts accommodements eux-mêmes, débarrassés de tous les pompeux grands thèmes que Messieurs Bouchard et Taylor ont cru bon et sage d’y greffer : la place de la religion dans une société laïque, le modèle québécois d’intégration culturelle et l’identité québécoise, thèmes qui ont été largement traités et approfondis avec sérieux dans tout le Québec. - BASTA ! TOUT ÇA ! Aux oubliettes de l’histoire !
Donc, inutile, la tâche de faire la synthèse de tout ce qui s’est dit, exprimé et proposé. Pour les Pratte, Gagnon et Chouinard, le travail est déjà fait, et il suffisait d’écouter Montréal - et eux-mêmes - pour régler le tout en deux temps trois mouvements, puisqu’il s’agissait tout simplement d’exagérations, de faussetés, de préjugés, de xénophobie, voire de racisme, et de craintes non fondées. - Bon, admet Lysiane Gagnon, la CSDM souhaiterait une législation en ce qui concerne niqab et burka, lieux de prière et congés pour motif religieux, mais bof, y’a rien là, que les institutions se tiennent debout et disent non ! Pas besoin de lois pour régler cela, et encore moins d’un "cadre de référence global" axé sur les valeurs communes de la société québécoise. Au cas par cas, et que la vie continue comme avant cette tempête dans un verre d’eau !
Voilà une merveilleuse façon de noyer le poisson et de laisser intacts tous les problèmes qu’on cherchait à régler pour un mieux-vivre ensemble. Voilà une incroyable et insouciante légèreté à rayer d’un trait de plume l’extraordinaire travail de réflexion collective auquel s’est attelé tout un peuple pendant quelques mois. Les Pratte, Gagnon et Chouinard, voilà de superbes exemples de FERMETURE à tout ce qui n’est pas EUX, à tous ceux et celles qui ne pensent pas comme EUX, qu’ils ne veulent même pas écouter - et encore moins lire - et qu’ils ne veulent surtout pas comprendre. Les boucs émissaires de ces gens-là, c’est NOUS, qui voyons que problème il y a et qu’il doit être réglé. C’est NOUS, qui savons que dans certains cas, la crainte est salutaire et que la négation du problème ne fait que l’amplifier. Historiquement, le laisser-faire européen face à la montée du nazisme hitlérien et les yeux fermés sur l’existence des camps de concentration et d’extermination en sont une belle preuve.
Dernière minute, 7 déc 07, 9h35 - Je viens tout juste de
lire le mémoire de la Commission
scolaire Marguerite-Bourgeois et celui du Syndicat
de l’Enseignement de l’Ouest de Montréal (SEOM),
représentant les 3,000 enseignantes et enseignants de cette
même Commission scolaire. Ce dernier est excellent (mais inutile
à lire, semble-t-il, selon nos jovialistes journalistes ci-haut
mentionnés, et puis, de toute façon, un syndicat, dites
donc, on sait bin, y’a rien là....) Quant à celui de la
CSMB, allez y lire les points mentionnés à la page 12,
juste avant la conclusion, et celle-ci au complet. Vous déduirez
sans doute, comme moi, que ces trois journalistes ne l’ont certainement
pas lu ; ils ont tout simplement attrapé au vol, à la
télé, le présentateur du mémoire dire
quelque chose comme : "Tout se règle assez harmonieusement dans
l’ensemble", ce qui leur a suffi pour 1) zapper et 2) écrire
leur si superficiel article.

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