Il est plus qu’évident que ma chronique sur la cachérisation, qui visait, je le rappelle, à démontrer l’abus qui était fait du mot antisémite, comme tout texte, d’ailleurs, qui aborde ce sujet (voir note 1), semble avoir touché une corde très sensible : cette expansion des produits cachérisés - et bientôt halalisés -, dont peu de gens s’étaient rendus compte jusqu’à il y a de cela quelques mois, dérange, elle choque, même, et on voudrait bien faire quelque chose pour remettre les choses à l’ordre, c’est-à-dire faire en sorte que les produits cachères ou halals restent ce qu’ils doivent être : des produits offerts à des minorités ou groupes religieux particuliers, et non imposés à tout le monde.
Deux aspects m’ont frappée dans les réactions suscitées : la recherche de ce qu’on peut faire pour y mettre fin (ou, du moins, avoir vraiment le choix d’acheter ou non cachère), et une tendance vers ce qui peut malheureusement se rapprocher de l’antisémitisme réel... D’où la mise au point suivante, qui porte, aujourd’hui, sur le second aspect. Comme l’a écrit Danny Chamberland à Richard Martineau : "Il faudrait expliquer aux gens ce qu’il en est vraiment de cette histoire de nourriture cachère... au-delà des histoires de complot et des relations plus que charnelles entre les Juifs et l’Argent qui reviennent souvent et qui sont, elles, antisémites et qui n’aident pas plus à nous faire comprendre quoi que ce soit." - Bien dit, M. Chamberland !
I. GARE À L’ANTISÉMITISME RÉEL
Rappelons, pour commencer, que malgré les chiffres que j’ai fournis sur le marché kasher, nous ne savons toujours pas ce qu’il en coûte réellement aux consommateurs. Tout ce qu’on peut dire, c’est que ce coût est extrêmement minime par produit acheté (une fraction de cenne, maximum 4 cennes), mais au total, et sachant qu’au moins 75% des produits vendus sont maintenant certifiés cachères, combien cela représente-t-il comme revenus nets pour ces entreprises de certification ? Combien ce sceau coûte-t-il aux entreprises, qui absorbent forcément son prix en le refilant aux consommateurs ?
De plus, le marché de la certification cachère est international. Sur le seul site de kashrut.com, on mentione 25 Etats US, et les pays suivants : Argentine, Australie, Belgique, Brésil, Canada, Chine, Colombie, Chypre, République tchèque, France, Allemagne, Hollande, Israel, Italie, Mexique, Nouvelle Zélande, Russie, Afrique du Sud, Ukraine, Royaume-Uni et Uruguay. Combien, alors, cela représente-t-il de revenus et de coûts au niveau mondial ?
Quoi qu’il en soit, qu’il s’agisse de millions ou même de milliards $, force nous est de reconnaître que c’est un marché florissant et très rentable. Une véritable réussite commerciale à l’échelle de la planète, un empire commercial dont les perspectives d’avenir ne cessent d’ailleurs de croître. Mais qu’en penser exactement, suite aux questionnements qui ont surgi, particulièrement lors des travaux de la Commission B-T et depuis la diffusion du reportage de JE ? Les questions posées sont légitimes et méritent qu’on y donne réponse.
Commençons par celles qui sentent passablement l’antisémitisme.
1) Un VOL ?
Une façon de voir, particulièrement très sérieuse et très grave, consiste à dire que la cachérisation est un VOL. Quelqu’un a parlé de "ce vol de la collectivité par les juifs". Plus et pire encore, il a affirmé : "Je ne suis pas raciste mais quand je vois que par des détours hypocrites les juifs exploitent honteusement, vampirisent le pays dans lequel ils vivent, il n’est pas étonnant qu’ils aient été hais partout où ils ont vécu." - Voilà une affirmation qui a de quoi faire peur et qui, appliquée à une entreprise juive, respire terriblement l’antisémitisme le plus profond. Ou alors, il faudrait appliquer ces termes à toute entreprise commerciale rentable, de quelque nationalité qu’elle soit ! Entreprise à but lucratif = exploitation, vol et vampirisation des consommateurs et consommatrices ! - FIOUF !
En ce qui concerne les entreprises de certification cachère, il faut répondre aux questions suivantes : 1) quels sont les DÉTOURS HYPOCRITES utilisés ? 2) Où est cette exploitation HONTEUSE ? 3) Qu’est-ce qu’une exploitation honteuse ? 4) Qu’est-ce donc qui distingue les entreprises de certification de toute autre entreprise générant des profits ? (Cette entreprise commerciale juive porte d’ailleurs un nom : la kashroute !)
2) Une ARNAQUE et un RACKET ?
D’autres, encore, qualifient ces entreprises d’arnaque et de racket. - Voilà une autre accusation très grave, d’autant plus qu’elle tourne autour de l’un des "préjugés" sur les Juifs disant que ce sont des "adorateurs du veau d’or", qu’ils ne pensent qu’à l’argent et que ce sont des exploiteurs et des usuriers qui, en plus, complotent pour contrôler le monde... - Ce n’est pas de la p’tite bière, ça, comme accusation ! Si elle n’est ni justifiée ni démontrée, elle est alors à classer carrément dans les véritables propos antisémites. Or, jusqu’à présent, personne n’a apporté les preuves qu’il s’agirait d’une arnaque ou d’un racket. Je les attends toujours, ces preuves, et, comme je l’ai fait savoir à quelqu’un qui navigue dans cette voie, pour en faire la démonstration, il faut avoir bien en vue le sens de ces deux mots :
ARNAQUE : escroquerie, vol, tromperie.
ARNAQUER : escroquer, voler (de la part d’un commerçant malhonnête).
ESCROQUER : tirer quelque chose de quelqu’un par fourberie, par manoeuvres frauduleuses.
FRAUDE : action faite de mauvaise foi dans le but de tromper. Tromperie ou falsification punie par la loi. Acte accompli dans l’intention de porter atteinte aux droits ou intérêts d’autrui.
RACKET : Extorsion d’argent par chantage, intimidation ou terreur.
Compte tenu de ces définitions (Petit Robert 1995), il reste à démontrer que le commerce de la cachérisation y correspond, condition sine qua non pour justifier l’affirmation. Qui s’y met ?
3) Des gens DÉLOYAUX et EXPLOITEURS ?
Dans la même veine des très graves et très sérieuses accusations, il y a l’idée que les rabbins spécialisés dans la cachérisation sont déloyaux et exploiteurs. C’est le cas de Gébé Tremblay @ TIS : "Ce n’est pas un "talent" ou "don" pour les affaires qui fait leurs succès, mais l’éducation de leurs enfants au Talmud qui est une véritable bible du capitalisme et le fait qu’ils ont des diasporas dans tous les pays qui ainsi reliées forment un réseau international très efficace. Ils n’ont aucune loyauté envers ces pays et pas même envers eux-mêmes. S’ils peuvent exploiter d’autres juifs, ils le feront."
Quant à "Ougho", il considère qu’il y a là un véritable SCANDALE, rien de moins... - Qu’il s’agisse d’un commerce déloyal, purement exploiteur et scandaleux, en plus, reste à démontrer. Pour le moment, messieurs Tremblay et Ougho s’en tiennent à des affirmations gratuites, c’est-à-dire non justifiées.
4) Une TAXE déguisée et illégale ?
Pour d’autres, il s’agit d’une TAXE servant, entre autres, à financer l’Etat d’Israël, "une sorte de taxe territoriale pour une cause nationale", dit un lecteur, qui serait équivalent à un sceau "Q" pour financer la souveraineté, la promotion de la langue française ou l’identité québécoise... - ou encore, l’équivalent d’un sceau "catho" pour financer notre patrimoine religieux ou pour permettre à des communautés religieuses d’offrir à nouveau des services à la population nécessiteuse... - Encore là, cette idée de TAXE, et non de coût d’un service, reste à prouver.
5) Une SUBVENTION À LA RELIGION JUIVE ?
Pour d’autres encore, les entreprises de cachérisation servent à subventionner la religion juive, à LUI PAYER LA DÎME, en quelque sorte. C’est l’avis d’un certain Michel @ TIS : "Via la ’cachérisation’, nous subventionnons la religion juive. Les sommes, prélevées dans nos poches, et versées par les compagnies aux rabbins et bientôt aux représentants musulmans, constituent une source de financement de leurs sectes. J’estime que je n’ai pas à payer pour la religion des autres. /.../ En somme, ils vous obligent, que vous soyez juive, jovialiste, chrétienne ou de la libre pensée, à payer la dîme à leur religion". Roger Mougeot soutient le même point de vue : "Ainsi, nos amis Juifs de confession hébraïque n’ont pas le droit de nous imposer indûment un paiement pour la sanctification de leurs produits kosher. Nous n’avons donc aucune obligation de leur payer pour cet impôt religieux sur leurs produits kosher."
Ici, on ne retient du processus de cachérisation que la bénédiction des rabbins, mais c’est là, à ce que je sache, une infime partie du processus... Certains pensent que c’est comme un curé - ou un évêque - qui irait bénir toutes les chaînes de production et tout ce qui touche aux produits pour les rendre "cathos" ! - Mais ce n’est pas le cas. C’est surtout, et essentiellement, une question d’INGRÉDIENTS.
6) Une IMPOSITION à tous ?
Enfin, ce qui dérange un bon nombre de personnes (dont je suis, dans ce cas-ci), c’est que la cachérisation nous a été imposée malgré nous, à notre insu et sans consultation, et qu’on n’a plus guère le choix de manger cachère ou pas. Certains, comme Stéphanie Roy @ Martineau, vont jusqu’à dire qu’on subit un rituel religieux qu’on nous impose...
QUELQUES QUESTIONS
1) Qu’on parle de subventionner la religion juive ou de faire des dons involontaires à une organisation religieuse, est-ce juste et réel ?
2) Acheter un produit certifié cachère, est-ce "acheter religieux" ? (Michel) - Il est certain qu’il s’agit d’une certification religieuse, mais ce n’est pas seulement cela, loin de là. C’est aussi un sceau de certification de la qualité du produit (voir note 2). Des carottes ensachées certifiées cachères ne sont pas devenues un aliment religieux : elles ont simplement été nettoyées d’une manière spécifique !
3) Qu’on parle de "religions envahissantes" et de "conquête des supermarchés par les intégristes religieux" (Michel), c’est peut-être effectivement l’impression que ça donne, mais est-ce cela, la cachérisation ?
4) Un dénommé "Phil du Mile-End" écrit à Roger Mougeot : "En démocratie, on ne peut légitimement empêcher un entrepreneur privé d’appliquer les pratiques commerciales qu’il juge adéquates pour la commercialisation de ses produits. Il faut voir cette pratique comme une méthode de marketing comme une autre. A la rigueur, certains distributeurs peuvent même exiger de leurs fournisseurs cette certification Kasher et ceux-ci doivent se conformer à cette exigence s’ils ne veulent pas voir un marché complet leur échapper. Tout ce que l’on peut faire, si on est en désaccord, c’est de ne pas acheter ces produits." - Que répondez-vous à cela ?
5) Comment se fait-il qu’on s’en prend à la certification cachère, et non à toutes les autres certifications ? Généralement, ces autres-là sont garantes de qualité et, sous de nombreux aspects, la certification cachère en est une. (Voir note 2.) - Et pour détendre un peu l’atmosphère, voici le commentaire de "Pas de Bullshit" à Martineau : "Et le pétrole ? C’est bizarre que vous ne chiâlez pas contre les nababs du pétrole qui soutiennent des dictatures islamistes et qui financent des mouvements extrémistes musulmans. Pendant que les sheiks du pétrole sont en train de trôner sur leurs bols de toilette en or massif, vous continuez à les engraisser à chaque fois que vous faites le plein d’essence. Par contre, vous chiâlez contre la certification kosher qui coûte un maigre 0.0000065 de une cenne par item." - Ça vaut la peine d’être répondu, ça, non ? :-))
La semaine prochaine : ce qu’on peut faire, si on est en désaccord avec la cachérisation.
NOTE 1 :
Les deux textes de Denis Landry, publiés sur Vigile, ont été lus respectivement par 2,206 et 926 personnes.
Le texte de Roger Mougeot, lui aussi publié sur Vigile, a été lu par 1,130 personnes.
Le texte de Richard Martineau, "Gérard pète les plombs", a reçu 167 commentaires.
Ma chronique sur la cachérisation a été lue par 584 personnes.
NOTE 2 :
Voici ce qu’écrivait "Parti Pris" à Martineau à ce sujet : "Je préfère de loin la mention Kosher (Cachère) que la mention "made in China". Que préférez-vous, de la nourriture de qualité à un prix raisonnable ou de la nourriture pas chère teinte au plomb ? Je préfère payer plus pour de la qualité. La nourriture cachère est d’excellente qualité. On sépare les aliments, ainsi certains produits laitiers ou céréaliers ne doivent pas entrer en contact avec des produits de viande ou de charcuterie ni des noix. Donc on limite la propagation des bactéries, des microbes, des allergies et du même coup les pertes de production. Ayant moi-même travaillé dans une usine de viande non cachère, il arrivait régulièrement de devoir jeter une production au complet pour cause de contamination. Des $100,000 la shot. Et bien, les producteurs cachères ne doivent pas encourir ce genre de perte très souvent. Donc, être certifié Cachère, cela revient moins cher. On paie une prime de certification, mais on perd moins de production. Et puis, une viande vidée de son sang et de laquelle on a enlevé les nervures est une viande de meilleure qualité, plus facile à conserver et meilleure au goût, moins de risques de maladies. Jadis, la doctrine cachère a été établie dans un but sanitaire afin d’éviter les empoisonnements alimentaires. Je préfère que ma nourriture soit cachère que de ne pas savoir d’où ça vient et comment ça été manipulé. Considérez la mention Cachère comme étant un gage de qualité. Vous ne vous offusquez pas que des compagnies soient ISO-9000, et bien je ne comprends pas qu’on s’oppose à un sceau et à un contrôle de qualité supérieur sur notre nourriture."
COMPLÉMENTS :
Kashrut.com (pour les différents sceaux cachères) :
ACIP, Les produits Kasher permis en France. Cliquez, dans la liste de gauche, Kacherout, puis sur Produits sélectionnés, puis sur Liste des produits sélectionnés 2007 (doc pdf).
Une inspiration :
UNILEVER :
(Voici son logo, à ne pas confondre avec celui de The Union of Orthodox Jewish Congregations) :
1) Ma chronique sur "cachérisation" :
http://www.vigile.net/Vous-avez-dit-cacherisation (584 visites et 12 messages)
2) Richard Martineau :
http://martineau.blogue.canoe.ca/2007/10/29/gerard_pete_les_plombs#comments (167 commentaires)
3) Le reportage de JE :
http://ma-tvideo.france2.fr/video/iLyROoaft6yf.html
4) Roger Mougeot :
http://www.vigile.net/K-comme-kasher-cette-taxe-privee (1130 visites et 10 messages)
5) Denis Landry :
http://www.vigile.net/Des-symboles-religieux-indigestes (2,206 visites et 9 messages)
et
http://www.vigile.net/Symboles-religieux-indigestes (926 visites et 0 message)

