Dès le 23 mai dernier, dès que j’ai su comment obtenir la version intégrale du rapport de la Commission Bouchard-Taylor, je l’ai commandée et enfin reçue 3 semaines plus tard, mercredi dernier. (Trois semaines, oui, vous avez bien lu !)
Déception ! On m’envoie la version abrégée (101 pages au lieu de 310, dimension 5,5 X 7,75" et non 8,5 X 11, comme l’intégrale), en précisant que "la version intégrale est épuisée, mais peut être téléchargée en format pdf à partir du site Web de la Commission". - Merci du renseignement, mais je le savais déjà ! Or, je ne tiens pas du tout à imprimer cette version pdf comprenant photos, graphismes, gros titres et sous-titres en couleurs diverses. J’économise le plus que je peux l’encre et le papier, et je suis écolo ! Sans compter qu’il faut avoir les moyens d’imprimer un tel document, ce qui n’est pas le cas pour tout le monde.
Bon, je devrai donc m’arracher les yeux à lire la version intégrale à l’écran... Mais POURQUOI cette version est-elle déjà épuisée ? Et depuis quand ? "Nous vous prions de nous excuser de tout inconvénient qui pourrait en résulter et vous remercions de votre compréhension", dit la lettre d’accompagnement de la version abrégée. — Eh bien non, je ne comprends pas ! D’autant plus que j’ai sûrement été l’une des premières à commander la version intégrale. Alors, depuis quand cette version est-elle déjà épuisée ? Avant le temps, peut-être ? Et comment se fait-il qu’on ait prévu si peu de copies ? Et pourquoi ne pas avoir fait une deuxième édition, considérant le nombre de demandes et l’importance que le plus grand nombre de gens lisent ce rapport ?
La lettre circulaire (c’est une photocopie qui commence par "Madame, Monsieur", et qui est signée par Claire Monette) prétend que cette version abrégée contient une table des matières "identique à celle de la version intégrale", et "traite de tous les points de l’analyse et des résultats de la version complète." - FAUX ! D’abord, la table des matières de la version abrégée tient en une page et trois-quart (n’en oubliez pas le petit format) alors que celle de la version intégrale s’étend sur 7 pages et ce, sur deux colonnes ! Il ne reste vraiment que les grandes, très très grandes lignes du rapport, ce qui est nettement insuffisant pour qui veut en faire une étude et une analyse approfondie, la plus juste possible. Il nous manque quand même plus que les deux tiers du rapport ! (Il n’en reste peut-être que le quart, voire bien moins...) — Vraiment de quoi susciter des "perceptions" et des "interprétations" erronées ! Une telle édition N’AURAIT JAMAIS DÛ ÊTRE PRODUITE : la version intégrale pour tous et toutes, point final, ou rien !
Comme je l’ai déjà signalé dans ma chronique "Contre-argumenter", ce rapport est si dense et important qu’il faut examiner à la loupe chacun de ses 11 chapitres, sans compter le préliminaire et l’intro, la conclusion, les 37 recommandations et les 9 annexes. Or, la version abrégée ne permet pas une telle étude. Les 37 recommandations n’y figurent même pas, on se contente de nous donner seulement les 5 recommandations prioritaires, et aucune trace, ou presque, des 11 chapitres, réduits à 8 courtes sections... Bye-bye le contenu, mon cowboy !
L’un des premiers sujets auxquels je comptais m’attaquer, c’est celui de la dite "crise des perceptions" plutôt que "crise des accommodements", l’un des piliers centraux de ce rapport, que couvrent les chapitres II et III, de la page 43 à 76, donc un total de 34 pages, résumées, dans la version abrégée, en 10 petites pages... En ce qui concerne la laïcité, autre point crucial des travaux de cette Commission, le chapitre VII de la version intégrale s’étend sur 23 pages alors que, dans la version abrégée, le tout tient en 7 pages comprenant, en plus, trois gros encadrés noirs répétant les mêmes mots du texte ! (Il y a 40 de ces encadrés dans cette version abrégée, alors qu’il n’y en a aucun dans la version intégrale... Je laisse le soin aux lecteurs et lectrices de déterminer pour qui on les prend !)
Autre sujet à traiter, c’est la récente "mise au point" de Gérard Bouchard sur les soi-disant "faussetés colportées", les soi-disant "profondes déformations", les soi-disant "fausses représentations" et les soi-disant "inexactitudes" dont le rapport serait l’objet depuis sa publication. Sur les 12 qu’il a énumérées, il n’en a traité que 3, mais encore là, chacune de ces 12 doit être reprise et commentée à la lumière de ce qui est écrit DANS LA VERSION INTÉGRALE DU RAPPORT. L’abrégée ne permet pas un tel travail car, justement, c’est de l’analyse "fine" et détaillée que se tirent les conséquences de cette vision du Québec et de sa population qui nous y est présentée. A ce sujet, je vous invite à lire les conclusions qu’en tire Guy Rocher dans son texte publié dans Le Devoir du 12 juin. Il y dit, en particulier, "qu’une forte proportion de Québécois francophones ne se reconnaissent pas dans l’image d’eux que leur présente ce miroir". — A Monsieur Bouchard d’en prendre bonne note et de réfléchir sur la question de savoir QUI déforme et a déformé la réalité.

