Quand j’ai lu le compte rendu qu’a fait Rima Elkouri de ce livre, j’ai été d’abord absolument offusquée d’un tel titre pour désigner et décrire la Commission Bouchard-Taylor, cet incroyable exercice démocratique qui a permis à tout le monde de s’exprimer sur un sujet très épineux et même délicat, dans certains cas. Tout le monde, c’est-à-dire autant les Québécois de souche que les Néo-Québécois ou les immigrants récents, les représentants de communautés culturelles et de certains lobbies, les hommes tout autant que les femmes, les gens peu ou très instruits, et tout cela, finalement, de façon somme toute très civilisée. Alors, qu’est-ce que c’est, cette idée de désigner la Commission B-T par le mot CIRQUE ?
Il faut lire le livre pour le découvrir. Alors, je me le suis payé (22.95$ + taxes = 24.10$) pour en savoir plus. Vous jugerez, suite à mon compte rendu, s’il mérite que vous l’achetiez vous aussi, ou si vous pouvez vous contenter de ma présentation !
Sous-titré "Sous le chapiteau de la commission Bouchard-Taylor", il y est question, comme dans un vrai cirque, des MAÎTRES DE CÉRÉMONIE (les deux co-présidents qui, ouf, ne sont pas ménagés, j’y reviendrai), et des différents numéros qu’on y voit généralement : celui des ILLUSIONNISTES (les médias), celui des DOMPTEURS DE LIONnes (oui-oui ! - et encore B et T dans le rôle des dompteurs), celui des ANIMAUX EXOTIQUES (les "hurluberlus"), celui des CLOWNS jovialistes (maires et immigrants assimilés), celui des LANCEURS DE COUTEAUX (les méchants osant critiquer certains accommodements et certains comportements), celui des ÉLÉPHANTS (Drouin et Thompson, évidemment), celui de LA FEMME À BARBE (Sikhs et Hassidims), et, finalement, le numéro des GRANDS MAGICIENS (les partis politiques). Sans compter LA GRANDE ROUE (titre du ch. 3), cette roue qui tourne à répétition et qui offre toujours le même spectacle, même si les personnes qui s’y retrouvent changent d’un tour à l’autre...
A ce stade-ci, laissez-moi vous dire que, loin d’être offusquée, je suis morte de rire !!! - Ma foi, j’étais trop sérieuse... J’ai pris l’événement trop à coeur depuis plus d’un an... - et comme j’aime bien rire au moins une fois par jour, minimum, j’ai adoré ma lecture et c’est en m’éclatant que je croque aujourd’hui les mots "circus quebecus" !
Au fond, Heinrich et Dufour, qui semblent avoir délibérément choisi de taire toutes les interventions et présentations de mémoires favorables aux immigrants (et travaillant pour eux) et d’insister surtout, voire essentiellement, sur les moments BURLESQUES des forums et audiences de la Commission, ne tirent pas la conclusion que ce fut un cirque. D’emblée, dès leur intro qui est le "Roulement de tambour" (cirque oblige), ils reconnaissent que ce fut une grande thérapie collective, un exercice fameux de démocratie, et un témoignage "de la richesse de l’opinion publique au Québec, richesse qui s’est manifestée tout au long de cette tournée", disent-ils (p.10). - Sauf que, de cette belle richesse, ils ne nous en font partager que les pièces sonnantes burlesques, que les titres et sous-titres indiquent fort bien, d’ailleurs. En fait, ils ont été à l’affût des "perles" et c’est ce qui rend leur livre amusant, à défaut d’être un bon reflet de la réalité. "Ce n’était pas le vaudeville tous les jours", admettent-ils (p.19), mais qu’à cela ne tienne, ils nous feront connaître les dessous croustillants de la Commission !
Le titre choisi est accrocheur et vendeur, il faut le dire, et leur compte rendu des travaux de la Commission, qu’ils ont suivis jour après jour, fait preuve d’un humour certain. Mais voilà, alors qu’ils dénoncent à grands cris le rapport statistique qui a été produit sur les types d’interventions classées en 5 catégories, nos deux lurons, eux, les réduisent à deux : 1) les propos intolérants, xénophobes, racistes et critiques, et 2) les propos tolérants, ouverts et flatteurs pour les immigrants ! On ne fait pas dans la nuance : selon eux, on est PRO- ou ANTI-immigration, voilà tout ! - Ah ! J’oubliais : 3) les propos burlesques et ridicules, justement, dont leur livre est farci. Cherchez un relevé de propos de la catégorie 2, niet, vous n’en trouverez aucun, ou alors, on les retrouve dans la catégorie des... CLOWNS JOVIALISTES ! Car nos deux lurons veulent tellement qu’on sache qu’il y a vraiment du racisme et de la xénophobie au Québec ! Et bien plus qu’on ne le pense ou voudrait le penser ! Et pour faire cette démonstration, eux aussi sélectionneront les propos entendus, et ils noirciront le portrait au lieu de le blanchir, comme ils reprochent à messieurs Bouchard et Taylor de l’avoir fait.
Dans leur conclusion, ils prétendent avoir rapporté "aussi fidèlement que nous le pouvions l’opinion des centaines de Québécois qui ont pris la parole." (p.179). Leur SÉLECTION démontre, noir sur blanc, que le portrait qu’ils nous tracent de la réalité de cette consultation est bien loin d’être fidèle. Ils étaient beaucoup plus intéressés à rapporter les "freak shows", ce qui est plus facile et ils l’admettent eux-mêmes : "Ce pot-pourri populaire était d’ailleurs souvent beaucoup plus intéressant que les interventions des divers groupes de pression, des organismes communautaires, des élites locales et des intellectuels experts de telle ou telle question pointue." (p.180). - Justement, un portrait fidèle, monsieur Jeff et madame Valérie, les aurait inclus ! - Mais trop d’ouvrage et trop de concentration exigée, sans doute ??
Gérard Bouchard a dit, à la fin des travaux de la Commission : "Réjouissons-nous de ce que nous avons fait de très bien." (cité p.46). Or, Heinrich et Dufour n’en ont rien à foutre du bien. Il est plus facile de noter et de rapporter les bouffonneries et de rire, que d’écouter attentivement et de rendre compte de mémoires étoffés et pas mal plus sérieux !
Dans mes prochaines chroniques, je traiterai de certains chapitres particuliers qui, à eux seuls, méritent un examen plus approfondi et critique. Rira bien qui rira la dernière !

