Je n’ai absolument aucune estime pour le Parti conservateur de Stephen Harper. Convaincu que les Libéraux sans chef ne pourraient prendre le risque d’aller en élections, l’arrogant Harper a cru qu’il pouvait imposer au PLC un énoncé économique d’un conservatisme pur (ni subventions aux entreprises ni intervention de l’État dans l’économie, mais plutôt une réduction de la taille de l’État) et que les troupes de Dion n’auraient d’autre choix que d’appuyer le gouvernement en se bouchant le nez. Mal lui en prit.
Son expulsion du pouvoir me procurerait donc une grande satisfaction. C’est d’autant plus le cas que le Bloc serait alors en position pour tenir le PLC et le NPD par les ouïes en mettant sur la table de nombreuses revendications faisant consensus au Québec mais que l’opinion publique du « Rest of Canada » a en horreur. L’option souverainiste en sortirait alors relancée et revigorée.
Mais lorsque j’entends Stéphane Dion dire qu’il a « respectueusement recommandé » à « son Excellence la Gouverneure générale du Canada, la Très honorable Michaëlle Jean » d’accepter la formation d’un gouvernement de coalition par les partis d’opposition, je ne peux m’empêcher de sursauter devant l’immense pouvoir qui est présentement conféré à une non-élue. Cette représentante de la Couronne britannique au Canada a même été nommée par un gouvernement issu du parti dont l’actuel et le futur chef accèderait successivement au poste de Premier ministre. Si madame Jean donne son aval à la demande de la coalition, il y aura là grotesque apparence de retour d’ascenseur.
Je souhaite à Elizabeth II une vie aussi longue que celle de sa mère. Mais je me demande franchement s’il faut attendre que le Prince Charles lui succède pour savoir si les Québécois veulent un jour avoir à endurer son faciès chevalin à chacune de nos visites au guichet automatique. Si cette crise peut avoir une autre utilité, ce devrait être celle-là. Vivement la République québécoise !
Christian Gagnon
Montréal
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