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Vive les Québecs libres !
Ce que ce regroupement dit en fait c’est laissez les régions s’occuper d’elles-mêmes, donnez-leur les moyens
Mathieu Taillefer
Tribune libre de Vigile
jeudi 13 décembre 2007      70 visites


« Il est devenu urgent de réviser la répartition des pouvoirs dans notre collectivité ».
- René Lévesque

Au début du mois de novembre, la Coalition pour un Québec des régions lançait le livre Libérer les Québecs afin de promouvoir l’instauration de gouvernements territoriaux. Dans ce recueil de textes de différents auteurs, on retrouve un document de 1977, qui ne fut jamais publié avant aujourd’hui et dans lequel René Lévesque lui-même s’exprime sur la nécessité de changements profonds dans le partage des responsabilités au sein du territoire québécois.

Les membres de la coalition veulent libérer les régions de la concentration du pouvoir que cultive le gouvernement du Québec pour demeurer un État central fort. En retirant tout pouvoir aux habitants des régions, en écartant les élus locaux des décisions vitales pour les communautés, on crée un fossé, celui du désintérêt envers la chose publique sur laquelle ils ne se sentent plus d’emprise. Puis vient la frustration envers le gouvernement pour son incapacité à régler les problèmes, certes particuliers à chaque région, mais importants et surtout urgents, comme l’exode vers les villes. L’État québécois nécessite une cure de rajeunissement, il devient trop lourd, trop coûteux et inefficace au point de vue démocratique. Au Parlement du Québec, on empile allègrement dossiers d’importance régionale, cas particuliers et dossiers d’ordre national dans un brouhaha sans queue ni tête où même le rapport d’importance des sujets les uns par rapport aux autres se perd.

Ce que ce regroupement dit en fait c’est laissez les régions s’occuper d’elles-mêmes, donnez-leur les moyens.

La publication de cette œuvre s’inscrit donc dans une démarche de mobilisation citoyenne qui mènera à des États généraux du Québec des régions, possiblement en 2008. La coalition sait qu’un changement radical tel qu’elle le demande exige l’approbation de la population. Comment l’obtenir se trouvera probablement au nombre des sujets à discuter lors de cet évènement.

Le Parti québécois doit s’assurer de figurer sur la liste des invités. Se présente l’opportunité d’exercer du leadership et de présenter à cette tribune une nouvelle vision du combat national ainsi qu’une approche plus régionale de la souveraineté.

***

Le plan de match actuel du PQ consiste à créer les conditions gagnantes à la tenue d’un référendum, convaincre la population de voter pour son option et déclencher le processus devant mener à l’indépendance. Suivra un deuxième référendum sur l’adoption d’une Constitution pour notre nouveau pays.

Une alternative plus crédible consiste à fusionner les deux référendums. Si le PQ accède au gouvernement, il enclenche le travail de préparation interne à la souveraineté en convoquant une Assemblée Constituante. Le mandat de l’Assemblée Constituante sera restreint dans le temps car elle remettra un projet de Constitution d’un Québec indépendant dans un délai de deux ans. Il s’agit de laisser la marge de manœuvre nécessaire au ministre de la souveraineté pour préparer le référendum sur ce projet de pays avant une élection générale.

***

Pour démontrer le lien qui unit la souveraineté et le développement des régions, le PQ et son nouveau chef proposeraient d’élire les représentants sur une base régionale, chacune des régions ayant un poids égal. On peut, par exemple, demander aux citoyens de chaque région d’élire 3 représentants pour un total de 51 élus.

Pauline Marois ne doit pas craindre de clarifier les enjeux et de jeter un peu de lumière sur le pays à faire, le chemin à parcourir. La méprise, les idées obscures et les concepts flous, laissons ça aux fédéralistes.

Cette nouvelle démarche interpelle directement les électeurs à qui l’on demandera, pour la première fois, d’imaginer après et de décider ensemble, sans l’ingérence du reste du Canada, dans quel genre de société nous souhaitons vraiment vivre.

Les membres de l’Assemblée devront créer des gouvernements territoriaux et répartir les ressources et les responsabilités entre ceux-ci et l’État central, à Québec. Ils incluront la Charte québécoise des droits et libertés ainsi que la Charte de la langue française, modifiées si l’Assemblée le juge nécessaire. Ils définiront aussi un mode de nomination des juges pour la Cour suprême et une formule d’amendement de la Constitution.

Le référendum va alors opposer

- Une Constitution québécoise, mûrement réfléchie et acceptée puisque la population du Québec aura porté le PQ au pouvoir pour convoquer une Assemblée constituante, elle aura choisi ses délégués et les idées qu’ils véhiculent. Il s’agit d’un cheminement hautement démocratique qui impose le respect et auquel chaque citoyen se sentira lié puisqu’il y participera d’une manière ou d’une autre. Le pouvoir au peuple.

- Le statu quo, la Constitution du Canada, rapatriée par le Canada anglais sans l’accord du Québec en 1982, et que, depuis, aucun gouvernement québécois n’a accepté de ratifier. La loi fondamentale du Canada repose sur le mépris de la nation québécoise et pourtant, malgré un flagrant manque de légitimité démocratique, le Québec doit s’y conformer et s’y soumettre. Democracy à la canadian.

***

Mais une telle logique suppose que le PQ revoit son discours en grande partie, sinon en totalité. Principalement, le référendum cesse de représenter le moment où les Québécois commencent à conduire leurs affaires. La rédaction de la Constitution par des élus du peuple correspond à la première étape d’une nation qui s’administre elle-même, d’un Québec qui assume toutes ses responsabilités. Dessiner, collectivement, l’ébauche d’une structure de partage des pouvoirs d’un État souverain, même sans l’assurance de gagner le référendum, demeure un geste d’arrachement et d’autodétermination, et d’apprentissage à l’auto-gouvernance. Peut-être même nécessaire pour rompre le statu quo.

Ainsi, l’élection d’un gouvernement souverainiste signifie que le peuple québécois accepte d’engager le Québec dans le processus d’accession à l’indépendance. Le référendum change de nature complètement. Il sert maintenant à confirmer que le chemin qu’a pris le gouvernement pour préparer la souveraineté correspond bien à ses promesses et aux attentes des citoyens qui portent le jugement final. Il lance au monde : Nous avons élu un gouvernement de transition pour préparer la souveraineté, il a répondu à nos attentes et nous sanctionnons son travail, nous validons notre choix de la dernière élection pour un Québec pays.

Aussi, ce programme requiert de la formation qu’elle accepte de partager son option avec un nouvel allié inédit, l’Assemblée constituante qui, après l’élection du PQ, prend le relais pour accomplir sa fonction spécifique, celle de mettre une pression supplémentaire sur le cadre politique actuel pour qu’il éclate, qu’il ne puisse plus contenir les aspirations du peuple québécois, pour rendre indispensable la présence d’un parti indépendantiste. Le PQ y perd son monopole sur la souveraineté mais il y gagne un puissant outil de promotion, une Constitution.

***

L’intérêt pour la Coalition pour un Québec des régions semble évident. Ce groupe comprendra sûrement qu’une telle proposition leur offrira une plus large autonomie que ce que le Québec pourrait consentir aux régions comme simple province avec ses moyens limités. Avec moins d’efforts même car la résistance qu’il rencontrera à vouloir décentraliser un État déjà affaibli par le lien canadien sera forte.

La stratégie de base du PQ n’inspire plus confiance. Pourquoi ne pas présenter un nouveau plan plus concret lors des États généraux de la Coalition qu’on annonce pour 2008 ?

Mathieu Taillefer

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

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