Vers 2012 - Risible, désespérément

samedi 31 décembre 2011

On rira ce soir, avec toutes les émissions humoristiques de fin d’année. Il le faut bien : c’est l’impératif de l’époque, et puis c’est excellent pour la santé. Mais rira-t-on de bon cœur ou pour ne pas pleurer ? Car l’année 2011 s’achève dans la grisaille. Est-ce que 2012 aura enfin quelque chose d’emballant à offrir ?

Les temps que nous traversons sont marqués par de profondes injustices. Tous se sentent dépossédés, plus personne n’ose rêver, et nul n’y trouve son compte.

La droite souhaite un grand ménage des finances publiques, dont le déséquilibre nous conduirait droit vers la catastrophe. Mais redresser les finances publiques est un délicat exercice d’équilibre qui n’a rien à voir avec les coups de barre, remède tout aussi catastrophique que le mal. Comme pour toute diète sévère, quand l’État s’impose des économies draconiennes, l’effet ne tient qu’à court terme ; après, non seulement les dépenses reviennent, mais elles sont plus élevées qu’avant. Faire croire qu’il peut en être autrement n’est qu’illusion.

La gauche parle de grands projets collectifs, mais il est surtout question de protéger des acquis. De toute manière, elle ne mobilise plus, non par manque d’enjeux, mais parce que la mobilisation de masse n’existe plus. Nos sociétés individualistes n’en gardent plus que des sursauts qui n’arrivent pas à s’ancrer dans la durée.

Au Québec, souverainistes et fédéralistes sont dans le même cul-de-sac. Il est faux de croire que cette opposition qui a nourri notre vie politique dès la création de la Confédération a disparu. Mais des deux côtés, effet de deux référendums perdus et d’une constitution à laquelle nul ne veut plus toucher, on tourne en rond. Et il n’y a plus de voix puissante pour brasser la cage, lancer aux « fatigués » qu’ils n’ont qu’à aller se coucher, foi de Pierre Falardeau ! Falardeau est mort, tout comme Hélène Pedneault, Michel Chartrand. Et ne devient pas voix de la colère qui veut...

Dans les temps que nous traversons, on s’est mis à dire qu’il faudrait faire de la politique autrement. Mais comment y arriver ? La démonstration reste à faire. Avec tout ce que l’on a dit, écrit, rapporté sur les abus en politique, on pourrait croire qu’à défaut de grande révolution, nos élus vont à tout le moins cesser de nous passer des sapins coûteux, ou grossiers, ou inexplicables.

Et pourtant non, cela n’a pas de fin. En 2011, cela a donné, parmi bien d’autres bêtises, tant un ministre à Ottawa qui se sert à des fins privées d’un hélicoptère de l’armée qu’une ministre de l’Éducation qui ne voit rien de déraisonnable à ce qu’on empêche une fillette musulmane d’écouter de la musique à l’école.

Quant aux grands dossiers qui devraient stimuler notre imagination, ils se résument au Québec à découvrir quelles sociétés privées vont profiter des chantiers routiers, ou du plan Nord, ou de l’exploration pétrolière ou gazière ; à Ottawa, à un retour au XIXe siècle. Pour quoi le Canada fait-il parler de lui à l’étranger en cette fin 2011 ? Pour son retrait du protocole de Kyoto et pour l’obsession de Stephen Harper envers la monarchie (sans oublier la guerre de 1812). Risible, désespérément.

Il traîne donc dans l’air un gros fond de désabusement, un show de blues plutôt que d’humour, comme l’a résumé au Devoir François Parenteau, Zapartiste en retrait volontaire de la scène. L’horizon collectif ne tient plus qu’à peu de choses : surveiller nos gouvernants et s’indigner devant leurs dérapages. Bonjour, les lendemains qui chantent ! On est loin du mât à ériger qu’espérait Fred Pellerin dans l’appel au secours en forme d’hommage qu’il lançait à Gilles Vigneault, cet automne, lors du gala de l’ADISQ.

Ils s’accrochent donc à quoi, les jeunes de 20 ans qui voudraient amener le Québec vers l’avant ? À des groupuscules parce que le gros de la société n’est plus en marche, repliée sur son bonheur privé. Et c’est bien injuste pour toute cette jeunesse d’aujourd’hui, quand on sait la vitalité sociale et politique qui a marqué le Québec du XXe siècle et qui happait alors toutes les générations.

Bien des raisons sociologiques expliquent que le Québec, comme tant d’autres sociétés en Occident, en soit arrivé là. Les spécialistes qui nous décortiqueront dans 50, 100, 200 ans sauront mieux que nous les énumérer. Mais gardons espoir : peut-être diront-ils aussi que l’apogée de la morosité et de la rigolade triste aura été atteint en 2011. Et, croisons les doigts ! que 2012 aura marqué le début d’un réengagement collectif.


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