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On se souvient que, peu de temps avant l’élection du 26 mars 2007, le Conseil National élargi du Parti Québécois, a jeté aux poubelles le "projet de pays" intégré dans un cadre financier d’un Québec souverain voté lors du XVè Congrès de juin 2005 et qui devait être l’enjeu de l’élection, pour le remplacer par une "feuille de route" provinciale intégrée dans un cadre financier "provincial". Cette décision à laquelle ont participé également les candidates et candidats du parti était non seulement contraire au programme mais violait également les Statuts du parti puisqu’aucune instance, autre qu’un autre congrès, ne peut modifier ce qui est voté en congrès. De mémoire, c’est la première fois qu’une telle chose se produit au Parti Québécois, qui se targue pourtant d’être un parti à la fine pointe de la démocratie et du respect des Statuts. Le pire, c’est que tout le monde s’en fout, ce qui nous donne une petite idée du cynisme et du peu d’éthique qui y règnent.
Au moment où j’écris ces lignes, le programme du Parti Québécois adopté en juin 2005 et intitulé "Un projet de pays" est encore en vigueur. Mme Pauline Marois, qui sera vraisemblablement couronnée comme cheffe du parti, a déjà annoncé ses couleurs : elle ne veut pas être liée par l’obligation de tenir un référendum sur la souveraineté "le plus vite possible" lors d’un premier mandat. À la rigueur, on peut comprendre pourquoi, mais déjà, certains "référendistes" radicaux, que les médias traditionnels de masse identifient erronément comme les "purs et durs" de ce parti, sont déjà aux abois et risquent d’abandonner le navire péquiste si cette intention se matérialise. Toutefois, à lire la position ferme de Mme Marois à ce sujet, il n’y a aucun doute que cet échéancier référendaire disparaitra du programme.
Là où le bât blesse cependant, c’est que rien dans la démarche de la future cheffe semble indiquer qu’elle considère qu’il y a d’autres moyens d’accéder à la souveraineté que par la voie référendaire. Autrement dit, si dans l’esprit de Mme Marois, la voie référendaire est la seule solution possible pour accéder à la souveraineté, son report aux "calendes grecques", vous en conviendrez, n’a rien de stimulant pour remonter le moral des troupes. On pourrait toujours comprendre, à la rigueur, que si la future cheffe voulait substituer au référendum l’expression "adhésion majoritaire des québécois sur un projet de pays" pour se laisser une marge de manoeuvre quant au moyen chosi pour accéder à la souveraineté, cela pourrait redonner espoir aux militants. Mais tel n’est pas le cas. Le passé étant garant de l’avenir, Mme Marois est une "référendiste" et une étapiste fidèle au dogme de Claude Morin, le collaborateur de la GRC, dogme qui empoisonne ce parti depuis 1974, soit depuis 33 ans.
Mme Marois espère compenser la mise au rancart de l’échéancier référendaire par la promesse de relancer le vieux mythe péquiste de la "promotion de la souveraineté" qui ne s’est jamais manifesté autrement par des incancations subliminales et répétées comme un mantra la main sur le coeur pour tenir en haleine les militants de la base. "Nous sommes tous des souverainistes" clament les dirigeants péquistes. "Oui, mais pourquoi" ? Euh... Comme disait un de mes confrères, il n’y a pas 20 députés péquistes capables d’enligner un argumentaire cohérent de 20 pages sur les raisons de l’indépendance, trop occupés qu’ils sont à gérer notre dépendance provinciale.
Pour voir si Mme Marois est sincère, il faudra regarder attentivement ce qu’il va advenir de la première partie du chapitre 1 (intitulé : Un programme de pays). Dans cette partie, il est prévu spécifiquement que les instances du Parti Québecois ont des devoirs à faire et des obligations à remplir AVANT LES ÉLECTIONS. Je les résume :
Chapitre 1 - Réaliser la souveraineté politique du Québec (pages 9 et ss.)
1.1. - Enjeu - Proposer un projet de pays
1.2 - Priorités d’actions
1.2.1 - Présenter les raisons fondamentales et essentielles pour le pays
1.2.2 - Coopérer avec l’ensemble du mouvement indépendantiste pour mettre en oeuvre le pays
1.2.3 - Avant son élection, assurer une démarche démocratique vers la souveraineté
A- Entreprendre un exercice d’éducation et de formation populaires
B- Formuler des politiques nationales sur la base du cadre financier d’un Québec souverain
(Faire du projet de pays, l’enjeu de la prochaine élection)
C- S’engager dans un exercice de promotion de la souveraineté et de fierté nationale auprès de la population
- mise à jour des études existantes sur la souveraineté et préparation de nouvelles études
- projet de constitution initiale ;
- projets de lois fondamentales ;
- projet de document de transition vers le pays.
Donc, le chapitre 1 du programme est clair et n’a pas besoin d’être interprété. C’est cette partie du programme qui a été jetée aux poubelles par le Conseil National avant l’élection de mars 2007. Ce n’est pas un "projet de pays" intégré dans un cadre financier d’un Québec souverain que l’équipe Boisclair a présenté à l’électorat, mais un projet de province avec un cadre financier provincial. Ce n’est pas une légère nuance. C’est le coeur même du Parti Québécois qui s’est ramassé aux ordures ménagères. Faut le faire.
Que va-t-il se passer maintenant que Mme Marois se prépare à diriger le navire péquiste ? Va-t-on mettre le "projet de pays" avec ses devoirs et obligations encore une fois aux poubelles, cette fois, de manière plus "élégante" et conforme aux Statuts, en convoquant un Congrès en bonne et due forme ? Ne va-t-on conserver que les grandes promesses générales qui n’engagent à rien d’autre que de la "parlotte" tout en se débarrassant "en douceur" et discrètement des devoirs et obligations fermes qui doivent préparer le terrain de l’accession à la souveraineté ?
Que va-t-on présenter à l’électorat lors de la prochaine élection : un projet de pays intégré dans un cadre financer d’un Québec souverain ou une autre feuille de route provinciale intégrée dans un cadre financier provincial ?
C’est que nous verrons bientôt, dans le prochain chapitre des "Belles histoires du Parti Québécois", qui n’a pas fini de nous en conter. Une personne avertie en vaut deux.
J’espère que les militantes et militants souverainistes prendront la peine de bien lire ce chapitre avant de donner leur appui à ce parti ou de participer à sa campagne de financement. Chat échaudé craint l’eau froide.
Pierre Cloutier
M. Cloutier a tout à fait raison. Le programme doit rester tel qu’il est et être respecté. Nous n’avons pas besoin de Madame Marois s’Il s’agit simplement d’avoir un gouvernement provincial qui en remplace un autre. Nous avons besoins de libérateurs de peuple, pas de gérant de province.
La raison de la défaite du PQ n’est pas le programme et Madame Marois et la nouvelle équipe péquiste peuvent être réélues avec le programme actuel. Ce qui ne signifie pas qu’on ne peut pas faire des alliances avec l’ADQ sur certains dossiers : constitution du Québec et rapatriement des impôts à Québec, par exemple.
Vous avez parfaitement raison, monsieur Cloutier. Étant donné qu’appuyer le budget Jérôme-Forget ou même s’abstenir de voter revient à endosser le gouvernement Charest pour rire de la confiance des Québécois(e)s et des Canadien(ne)s vis-à-vis du déséquilibre fiscal, nous devrions pouvoir croire que le Parti Québécois provoquera la chute du gouvernement et le déclenchement d’une nouvelle élection générale.
Cependant, si le PQ compte restaurer la confiance des électeurs et ramener ses militant(e)s, il n’y a que deux solutions possibles :
1. Revenir à la cohérence avec sa raison d’être et affirmer immédiatement qu’un vote pour le Parti Québécois sera un vote pour faire l’indépendance. Donc, finies les négociations stériles avec Ottawa et les provinces pour obtenir les pouvoirs et les impôts qui manquent à l’État québécois pour assurer l’avenir de la nation québécoise selon sa propre volonté. Élire un gouvernement péquiste l’autoriserait à amorcer le rapatriement de tous les pouvoirs assumés par Ottawa au nom des Québécois(e)s ; ou
2. Accepter de différer l’appel à faire l’indépendance le temps de démontrer le sérieux et la compétence de l’équipe de Pauline Marois. Il faudrait cependant que le PQ donne des garanties aux militant(e)s que le gouvernement ne se contenterait pas à nouveau de sacrifier la crédibilité de la cause pour conserver à tout prix le pouvoir et qu’il s’engage à abandonner la stratégie étapiste pour réaliser l’indépendance.
La première approche est évidemment celle que je privilégie, mais je reconnais qu’elle pèche autant que le détournement d’André Boisclair dans le sens qu’elle passerait outre également aux recommandations du Congrès national (cependant, ce ne serait que faute de temps pour organiser un tel congrès avant le jour du scrutin). La deuxième laisserait le temps au parti d’honorer ses statuts et plus de latitude pour adapter la stratégie à la conjoncture du moment, mais nous exposerait à nouveau au risque de voir la direction du parti renier la parole donnée aux militant(e)s ou de commettre d’autres erreurs de jugement qui aliéneraient l’électorat à l’idée de faire le pays du Québec.
Sans un engagement clair de la direction du Parti Québécois dans le sens de l’une ou l’autre de ces deux options, je ne vois aucun avantage d’accorder ma confiance, mon temps ou mon argent au parti qu’à un autre qui se propose d’adopter une attitude plus revendicatrice envers le Canada anglais, comme l’ADQ ou Québec Solidaire.
Qu’en pensez-vous ?
Au PQ, on a déjà mis à la poubelle le projet de faire un pays. La date à retenir : 1974. Le jour où ce parti a abandonné l’élection référendaire.
Depuis ce temps, le PQ ne fait que faire miroiter un semblant de pays à faire sans être capable d’en dessiner les contours, les difficultés, les sacrifices pour y arriver. Une fois au pouvoir, le parti fait tout pour éviter de parler de ce qui devrait être sa raison d’être. L’arrivée de Pauline ne vient que confirmer cette réalité. Elle vient, de son autorité, entraîner le parti de René Lévesque dans la résurgence de l’Union nationale.
33 ans à tourner en rond. Je n’ai pas voté pour le PQ depuis la date de référence (1974). Certains continuent à croire que le pays naîtra de ce parti. Je suis absolument convaincu du contraire.
Ou bien, les Québécois s’assimilent. Ou bien les Québécois s’y prennent autrement. J’ai indiqué ailleurs comment.
Nestor Turcotte Matane

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