Tu as raison VLB, c’est mauditement démoralisant d’assister à ce lamentable effritement, à cette dérive navrante, à cette érosion décapante qui nous ronge et charrie nos débris vers la sédimentation tranquille au fond de la grande mare de l’oubli. Souffre qu’un modeste écrivailleur te manifeste son appui avec cet humble scribouillage.
Québécois, sans te réveiller
pour quitter cet engourdissant dortoir,
sans te remettre à veiller
pour réinvestir ton propre parloir,
sans te résoudre à manifester
pour boursoufler ton espoir,
tu ne pourras éviter
l’existence illusoire
d’un peuple courbaturé
sclérosé en reposoir
le portrait tout défiguré
par une vérole de faux espoirs.
Prendre ce pari risqué
de maintenant t’asseoir,
c’est le passeport assuré
de t’aplatir dans l’obscure grimoire...
Comme peuple occulté
soufflant son bougeoir
pour ronfler à satiété
à l’orée du hachoir.
Peuple assiégé
infirme à s’émouvoir
de son avenir hypothéqué
pour un futur dérisoire.
Peuple tiraillé
empêché de se mouvoir
par des élus invertébrés
aiguilleurs vers le mouroir.
Peuple clôturé
gavé de dilatoire
en train de se raturer
dans sa propre histoire.
Peuple enfirouapé
éleveur de corbeaux noirs
avant d’être happé
pour passer dans le pressoir.
Peuple partitionné
inconscient de son pouvoir
trop occupé à faire lever
son petit pain noir.
Peuple recroquevillé
hibernant sa mémoire
en train de se fossiliser
dans son grand tiroir.
Peuple abusé
par le déformant miroir
d’une réalité en fumée
étouffée sous l’éteignoir.
Peuple éclipsé
en déroute pour les petits soirs
dans un rêve pantouflé
prisonnier d’une balançoire.
Peuple liquéfié
s’épandant dans des couloirs
en train de submerger
son propre vouloir.
Peuple lessivé
dans cette ruineuse foire
où il s’étête à brader
devenir contre déboires.
Peuple cocufié
abandonnant le crachoir
à ceux qui veulent lui gosser
un confortable agenouilloir.
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —


