En voilà un qui a compris. Plutôt que des discussions théoriques idéologiques, plutôt que des schémas abstraits et stériles, le Québec a besoin d’une doctrine d’État, laquelle n’est enseignée nulle part.
Les Québécois ne manquent pas de culture artistique, scientifique et littéraire, loin de là. Qu’un peuple inféodé ait réussi à accomplir ce que les Québécois ont accompli envers et contre l’adversité, voilà qui est prodigieux. Par contre, il leur manque encore les dernières assises de l’État.
Un État est une société politique qui possède un territoire, pris en possession par une osmose territoriale accomplie au cours de plusieurs siècles, donc au terme d’une progression continue qui a transformé un peuple de colons en une nation, une société territoriale comme le Québec d’aujourd’hui, qui possède les moyens d’agir avec envergure. Ce qui lui manque encore, c’est la volonté qui se traduit en Acte.
Cette volonté est un Je et Tu qui devient un Nous, ce qu’aucune philosophie, idéologie ou système ne peut remplacer. Agir, à ne pas confondre avec agiter, est relationnel.
La Loi 99 est un premier effort dans ce sens. Le Québec est officiellement reconnu nation. Il doit se reconnaître et se faire reconnaître État nation, comme l’a fait la Californie, qui invite maintenant le pouvoir centralisateur et unitaire de Washington à quitter le territoire afin qu’il n’y ait sur place qu’un seul État, naturel et optimal, apte et capable d’agir selon les principes de la stratégie d’État, principes qui gouvernent l’action d’envergure.
La politique est affaire d’intérêts, de rapports de forces et d’effectivité. En Amérique du nord, on assiste présentement à de vastes déplacements des jeux d’intérêts et de rapports de forces. Les nouvelles communications sont en cause, notamment l’Internet. Une révolution du prolétariat est en marche. Les anciennes oligarchies peuvent difficilement garder le contrôle sur des économies qui leur échappent.
Les Québécois auraient tort de ne pas exploiter les fissures du système qui les retient en état d’inféodation, comme ont fait les peuples de l’Europe de l’Est et de l’ex-Yougoslavie. Le système communiste fonctionnait sur les mêmes principes que le système capitaliste, le même prométhéisme qui brise la volonté des peuples de se reprendre en charge et se gouverner eux-mêmes. L’État naturel et optimal ne prétend pas davantage.
René Marcel Sauvé, géographe
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