Comment c’est arrivé ? Il y a eu des plaintes de catholiques anglais du Canada et des plaintes de certains catholiques intégristes du Québec. Raymond Gravel a des positions précises sur l’avortement et le mariage gai, par exemple. Il y a beaucoup de monde au Québec qui a les mêmes positions. Mais les intégristes ne peuvent pas les atteindre. Gravel, lui, est prêtre. Les intégristes peuvent l’atteindre. Le Vatican s’en est mêlé. Gravel a reçu un ultimatum : choisis entre la prêtrise et la politique. Il a choisi la prêtrise. Ce sont les intégristes qui ont gagné. La prochaine étape : ils vont se plaindre (c’est déjà fait) contre le prêtre Gravel pour qu’il soit destitué à cause des mêmes prises de position sur l’avortement et le mariage gai...et peut-être aussi sur le mariage des prêtres et l’ordination des femmes à la prêtrise ou la contraception.
Un détail : Raymond Gravel est indépendantiste. Vous pensez que les intégristes catholiques anglais n’étaient pas motivés par ce détail...et aussi les plaignards du Québec. Le Bloc québécois vient de perdre un député articulé et sympathique...la veille d’une élection fédérale. Les fédéralistes anglais et français se réjouissent de ce qui arrive : c’est une défaite pour le mouvement indépendantiste et c’est ce qu’ils voulaient.
Ces catholiques n’ont pas tenu compte du projet de loi que Gravel défendait pour que les personnes âgées reçoivent le supplément de revenu auquel ils ont droit automatiquement sans avoir à le demander. Un projet de loi qui a rapport avec la charité chrétienne et à l’amour du prochain dont parle un certain livre qui s’appelle l’Evangile qui est censé être la base de la vie de tous les catholiques intégristes ou non.
Telles sont les données du problème.
Une victoire des intégristes qui ressemblent aux évangélistes qu’on peut observer au congrès des Républicains, ce ne peut pas être une occasion de se réjouir à partir de théories fumeuses et mal comprises sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat.
Raymond Gravel n’a pas de pouvoir dans l’Eglise. C’est un simple prêtre qui ressemble à ces prêtres qui approuvaient la rébellion de 1837 que les Evêques condamnaient.
Raymond Gravel a été élu. Le peuple de son comté, démocratiquement, l’avait choisi pour le représenter. Moi j’ai plus de respect pour le jugement et les valeurs du peuple que pour les manoeuvres méprisables des intégristes fédéralistes qui se sont servi du Vatican pour imposer leur morale et leur beau Canada uni.
Je partage l’analyse que Rolland Laframboise a exprimée sur le blogue de Richard Martineau et qui complète la mienne :
“Ce que je trouve triste dans cette histoire, est que M.Gravel est un être modéré, croyant, qui a une tête sur les épaules, qui est capable de réfléchir, de prendre position et d’intervenir sur les différentes situations sociales et que là, parce que des gens de droite font pression, il doive quitter la politique.
Ce qui m’inquiète le plus ce n’est pas tant la séparation de l’Église et de l’État, mais de voir comment les gens de droite, souvent radicalistes, peuvent avoir du pouvoir. Le radicalisme est l’ennemi à abattre qu’il soit religieux, politique, ou économique.
Je considère que le départ de M.Gravel est une perte et pour la politique et pour tous ceux et celles qui aiment voir des gens qui vivent dans leur quotidien une spiritualité près de l’humain et ce, sans suivre un dogme exigu et froid.”
Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, jeudi, 4 août 2008
