Par Élie Presseault
Je me présente à vous comme un finissant au baccalauréat de communication et politique à l’Université de Montréal. J’ai vingt-cinq ans, j’ai la particularité d’être Sourd, et de préparer un projet de parti politique nommé Option Sourde. Il y a maintenant beaucoup de sujets concernant la liberté, la corruption et l’ambition du Québec qui me dictent à me positionner d’une façon qui soit sans compromis avec la quête de l’indépendance du Québec. Que ce soit à propos de l’appui énergique manifesté par Segolène Royal à l’égard de la souveraineté québécoise, des suites d’Option Canada, et de l’état actuel des troupes du PQ, il y a là des sujets sensibles.
L’abstention dans les débats soulignés plus haut n’est plus une option pour moi désormais. Je ne puis envisager de rester sur place sans mot dire, assistant tel un spectateur impuissant à ces péripéties cruciales de la vie politique québécoise. Je crois sincèrement avoir à assumer le rôle d’acteur en prévision d’une tempête qui est en train de se lever. C’est là l’exigence implicite d’un devoir national que je pressens avoir, qui exige que je mette les points sur les i et les barres sur les t sur plusieurs questions épineuses de l’actualité que plusieurs d’entre nous se posent tout bas. Que ce soit dit !
Péripéties québécoises en France
Tout d’abord, je dois féliciter la délégation du Parti Québécois pour sa visite en France. André Boisclair a poursuivi une tradition et réalisé sa mission avec courage et brio. Nous devons remercier Segolène Royal pour avoir donné son appui à la cause souverainiste, fût-ce même au prix de quelques remous. Elle a été proactive dans ce qu’une position fondamentale de l’État français inculque à l’égard des aspirations québécoises depuis le précédent du Général De Gaulle. Ses termes ont été modérés et clairement en faveur des aspirations souverainistes et de liberté du Québec.
Ce qui m’a apparu incongru et anachronique dans cette affaire, c’est la réaction des politiciens et des médias dévoués à la promotion de la cause fédéraliste du Canada. Premièrement, ces politiciens n’ont visiblement rien appris des leçons de l’affaire du « Vive le Québec libre ! ». À l’époque de Pearson et Johnson, le ton était beaucoup plus mesuré, même si les partisans de la ligne dure canadienne l’ont finalement emporté. Il est sincèrement regrettable que tous aient poursuivi dans la même tendance intransigeante. Ce n’est pas dans l’intérêt d’un dialogue sain des aspirations québécoises.
Stephen Harper n’a pas été digne du premier ministre canadien qu’il est supposé être en prônant son « fédéralisme d’ouverture ». Il a crié au loup de l’ingérence française dans les débats intérieurs du Canada et a eu le front de prétexter les célébrations de Québec comme étant la fondation même du Canada. Nous aurions dit un conquérant anglais… De plus est, Jean Charest n’a pas été plus avisé en matière des intérêts politiques du Québec. Même Daniel Johnson Sr avait été plus mesuré que lui dans sa réaction, lui qui était pourtant un partisan d’un renouvellement de la confédération canadienne. Aujourd’hui, les choses ont évolué, et l’appui au projet souverainiste est beaucoup plus élevé qu’il l’était en 1967. Parlons d’une attitude anachronique avec l’esprit d’un Québec autonome.
Qu’attendent les fédéralistes du Québec pour trouver l’intérêt à défendre la prérogative de la prépondérance du Québec et de son degré de liberté ? Croient-ils que c’est en manifestant une telle fermeture que les relations québécoises-canadiennes s’amélioreront ? Le rapport de force du Québec en sera-t-il augmenté si Charest ou tout premier ministre fédéraliste du Québec persévérerait dans cette voie ? Il me semble à tout le moins que le fédéralisme inconditionnel n’est pas une option du point de vue du Québec. Cela me paraît être une voie sans issue.
Quoi qu’il en soit, même s’il y a des réserves au sein des commentateurs politiques qui sont en faveur de la cause de l’indépendance québécoise, qui semblent prétendre que les Boisclair et Royal se sont comportés comme deux éléphants dans un magasin de porcelaine, il faut tout de même dire qu’un appui favorable à la souveraineté en France peut parfois aider certaines choses. Cela dit, si Sarkozy pourrait être quelque peu défavorable à la souveraineté, par exemple, il ne pourrait pas faire fi des précédents français. Beaucoup de choses peuvent changer d’ici là. Pour commencer, est-il vraiment à l’encontre de la cause indépendantiste du Québec ? Ou encore est-ce, par contre, seulement pour différencier sa position d’avec le principal adversaire dans sa campagne, Segolène Royal ?
Une Option Canada controversée
Parlant de voie sans issue, il faut dire que les multiples reports du rapport Grenier portant sur les incartades du projet controversé d’Option Canada laissent songeur sur la bonne foi et l’intégrité démocratique du Québec actuel dans le cadre d’un Canada soi-disant uni. Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, Option Canada est l’entité qui a permis de financer le « love-in » du camp du NON à Montréal, quelques jours avant le référendum de 1995.
Cette opération avait été vivement dénoncée, et un ouvrage publié dans le courant de la dernière campagne fédérale de janvier 2005 – Normand Lester et Robin Philpot, Les secrets d’Option Canada – a permis de retracer certaines sommes provenant du gouvernement du Canada, et les sommes outrepassaient le plafond de dépenses de cinq millions $ établi pour chacun des camps du OUI et du NON. Les sommes mises en causes font état de dépenses clandestines de 5,2 millions $ pour les dépenses de fonctionnement d’Option Canada.
Nous serions, en principe, en droit de demander une enquête qui respecte les règles d’imputabilité les plus élémentaires. Il faut concéder que la commission d’enquête souffre d’un déficit de crédibilité, étant donné que l’intégrité et la bonne foi du juge Grenier peuvent être mises en doute de façon raisonnable. Le journal « Le Québécois » avait dressé une liste assez exhaustive de causes où le juge Grenier avait fait preuve d’un laxisme pour le moins discutable, et que plusieurs de ses décisions avaient été révisées par la Cour d’appel.
Quand nous jugeons d’une cause, notre impartialité et notre crédibilité ne doivent pas être mises en doute au moment de l’exercice du devoir, surtout dans le cas d’une question aussi cruciale de la vie démocratique québécoise. Pour le moment, je crois qu’il y a là suffisamment de motifs de douter de la fiabilité des conclusions qui seront données au rapport Grenier.
L’enjeu indépendantiste, et le PQ versus SPQ-Libre et la gauche québécoise
Maintenant l’indépendance québécoise… l’aurons-nous, la ferons-nous, et quand ? Premièrement, il nous est permis d’en douter à court terme. Non pas que je remette en cause les capacités du PQ et d’André Boisclair de la faire, mais déjà leur mutisme dit beaucoup sur le dialogue de sourds qui se joue actuellement. Aurons-nous droit à un dialogue bientôt concernant la question nationale ? Pour le moment, nous pouvons parler de monologues qui s’affrontent dans des aspirations qui semblent incomprises entre les militants et les dirigeants du PQ.
Je trouve très préoccupant qu’André Boisclair persiste dans son entêtement à garder le silence sur sa stratégie sur le processus vers l’indépendance québécoise. Tout ce que nous savons, c’est qu’il compte parler des 4 E, et de l’espoir de la souveraineté en dernier. Ce n’est rien pour rassurer les indépendantistes les plus résolus. Ces derniers pourraient choisir encore une fois de s’abstenir de voter en guise de protestation et/ou d’opter pour une autre voie. Cela pourrait causer quelques dommages au passage, qui sait…
Le PQ gagnerait à prendre des couleurs, prendre des engagements concrets, et à gagner l’indépendance de façon proactive dès l’élection un peu comme certains courants le préconisent. Il me semble à tout le moins que la communication politique d’André Boisclair avec les militants indépendantistes devrait être bonifiée et qu’il devrait utiliser les outils modernes comme l’Internet à sa disposition, qu’il communique régulièrement avec l’ensemble des membres, qu’il fasse preuve d’ouverture face à un changement dans la stratégie indépendantiste, dans le sens de gestes de souveraineté commis subséquemment à l’élection d’un gouvernement du PQ au pouvoir, par exemple.
Nous faisons l’indépendance avec des faits accomplis, et non seulement avec des prières et un référendum, que ce soit clair et dit. L’État québécois se doit de se solidifier continuellement, assumer sa souveraineté, et gagner son indépendance à la suite, avec beaucoup plus de facilité. Cela n’a rien de sorcier, c’est même la voie que le Québec, issu de l’époque de l’Union nationale de Maurice Duplessis et de la Révolution tranquille, avait entreprise pour gagner une plus grande autonomie d’action, que ce soit en prélevant un impôt québécois ou en réclamant le respect de plusieurs compétences.
Finalement, l’attitude actuelle du PQ à l’égard du SPQ-Libre, et de l’éventualité de former une coalition avec Québec solidaire paraît suspecte. Je peux très bien comprendre que le PQ veuille assurer son indépendance de statut et sa pérennité à l’endroit de Québec solidaire, mais d’autre part, il m’apparaît incongru qu’André Boisclair soit intransigeant à ce point à l’égard du SPQ-Libre et des syndicats québécois, qui constituent un bassin traditionnel de l’électorat péquiste. Je crois qu’il serait plutôt le moment pour les militants de réinvestir le parti et de prendre leur place, afin que la cause puisse avancer.
Il faut comprendre ici que je ne remets pas en question la position d’André Boisclair à l’égard des éoliennes, qui peut se défendre d’un certain point de vue, mais je déplore qu’il soit aussi rasant dans son choix de termes et qu’il adopte continuellement des positions musclées en défaveur d’une part assez active et militante dans la cause et les intérêts du PQ. Je comprends très bien qu’André Boisclair veuille affirmer son indépendance à l’égard de quelque groupe que ce soit, de se mettre au-dessus des luttes « corporatives », mais je crois qu’il risque de se tirer dans le pied s’il continue dans la même veine.
Le SPQ-Libre est crucial à l’avenir du mouvement indépendantiste. Nous ne le dirons jamais assez. La scène politique québécoise a considérablement été remise en question depuis que Françoise David a promu son Option citoyenne. Le PQ sait désormais qu’il n’a pas droit à l’erreur. Il ne peut pas se permettre d’user d’hostilité indûment à l’égard de ce qui constitue sa force mobilisatrice, à savoir l’indépendance québécoise et sa portée populaire. Il découle de l’Option Québec de René Lévesque. Qu’il le prouve, et qu’il le fasse dans la nécessité du renouvellement du discours indépendantiste.
Le PQ ne peut s’aliéner la gauche québécoise, et il doit adopter un virage majeur dans son existence, que ce soit dans le mode d’accession à l’indépendance – qui doit prendre un mode plus résolu et proactif dès l’élection d’un gouvernement indépendantiste – et l’éventualité d’un rapprochement avec les tendances associées au SPQ-Libre ou à Québec solidaire dans les efforts à faire d’une coalition indépendantiste plus étendue et qui reflète l’ensemble de la mouvance indépendantiste, qu’elle soit modérée et/ou plus ferme dans son option.
Lançons un message ultime de rassemblement des forces politiques et citoyennes indépendantistes. La conjoncture l’exige plus que jamais dans l’optique d’un Québec indépendant. Nous devons affirmer énergiquement notre destin national, le faire respecter dans sa tendance plurielle, et être fidèles envers la cause que nous servons. Tout cela en refusant de courber l’échine de manière inconsidérée face aux abus de toutes sortes, sans quoi nous pourrions devoir s’en sortir péniblement avec des bleus nationaux et de la désunion. Nous n’avons nul besoin d’abdiquer collectivement face à notre destin à venir. Soyons dignes des Québécois-es que nous devrions être et conquérons notre liberté citoyenne !

