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Une sentence politique du juge Antonio Lamer - Huit ans de prison pour Michel Viger
Robert Barberis-Gervais
Tribune libre de Vigile
samedi 1er décembre 2007      400 visites      2 messages


Je n’exprimerai pas de colère contre le Juge en chef de la Cour suprême du Canada à la retraite comme l’a fait Pierre Falardeau à la mort de Claude Ryan.

J’ai vu le juge Antonio Lamer en personne alors que j’ai assisté au procès de Michel Viger, agent d’assurances de Longueuil et fondateur d’une section du Rassemblement pour l’Indépendance nationale (RIN) sur la Rive-Sud de Montréal au début des années 60.

Viger a caché les frères Paul et Jacques Rose ainsi que Francis Simard du 24 novembre au 27 décembre 1970 dans la cave de sa ferme de St-Luc. Il a subi un procès et a été reconnu coupable de complicité après le fait dans l’enlèvement et le meurtre du ministre Pierre Laporte. Le juge Antonio Lamer l’a condamné à huit ans de prison.

Militant indépendantiste, Michel Viger était vice-président du RIN. Toute son action était légale et démocratique et il s’opposait fermement à l’usage de la violence à des fins politiques. C’est dans la cuisine des Viger alors que je fréquentais sa soeur Marcelle avec laquelle je suis marié depuis 42 ans que je suis devenu souverainiste, impressionné par l’engagement et les convictions de Michel. Après avoir été représentant de poll pour le RIN aux élections de 1966, quand j’ai été arrêté par la police pour avoir participé à la manifestation du 24 juin 1968, après avoir passé la nuit dans la même cellule que Pierre Bourgault avec quatre autres manifestants, le lendemain matin, quand j’ai été libéré, Michel Viger m’attendait sur le trottoir en face du poste de police numéro 1.

C’était un chic type. Il avait peinturé en rouge des affiches unilingues anglaises et entraîné à sa suite Paul Rose et Francis Simard dans cette opération en faveur du français. Quand Paul Rose s’est adressé à lui pour lui demander de l’aide en novembre 1970, est-ce qu’il pouvait refuser ? Quand on connaît sa générosité, c’était certain qu’il ne pouvait refuser malgré les conséquences. Il cacha Paul, Jacques Rose et Francis Simard par humanité et par solidarité même s’il désapprouvait ce qu’ils avaient fait.

En prison, MIchel suivit des cours par correspondance en agriculture. A sa sortie après quatre ans de prison, il s’acheta une ferme à St-Nazaire avec son frère Jean. Il avait l’intention de compléter ses études en agriculture en étudiant à temps plein Il faisait les foins à l’été 1975 quand il a été trouvé mort dans son champ écrasé par son tracteur. Au salon de funérailles, le directeur de l’école d’agriculture de Saint-Hyacinthe a tenu à venir dire à sa mère que Michel avait joué un rôle très utile d’intermédiaire entre les professeurs et les étudiants dont les relations traversaient une crise.

Michel Viger a agi par altruisme et par compassion en acceptant d’aider des amis mal pris.Quand j’ai entendu la voix chantante et doucereuse du juge prononcer la sentence trop sévère et injuste de huit ans de prison, j’ai compris que ce juge irait loin. Il venait de poser un geste politique qui ne serait qu’une étape dans la grandiose carrière juridique qui allait le mener au poste de juge en chef de la Cour suprême du Canada.

Robert Barberis, Vieux-Longueuil, 30 novembre 2007

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

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Vos commentaires:
  • Une sentence politique du juge Antonio Lamer - Huit ans de prison pour Michel Viger
    30 novembre 2007, par Gilles Bousquet
    Félicitations M. Barberis pour ce très beau texte. Michel Viger est un autre patriote que l’on connaissait peu. Votre papier lui rend un hommage bien senti. Où sont les écrits qui peuvent nous informer de la vie de ces Québécois qui ont risqué beaucoup dans les années 60 et 70 pour que le Québec soit plus souverain ?
  • Une sentence politique du juge Antonio Lamer - Huit ans de prison pour Michel Viger
    1er décembre 2007, par Pierre Schneider, auteur

    Merci à Robert Barberis de nous rafraîchir la mémoire au sujet de "Tony" Lamer et de cette sentence politique partisane.

    Pierre Schneider,

    Montréal.



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