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Une riposte "disproportionnée" ?
La réaction d’Israël est en fait à la mesure d’enjeux vitaux pour l’État juif et pour chacun de nous
Annette Paquot
La Presse
samedi 22 juillet 2006


On a beaucoup critiqué la riposte d’Israël aux attaques du Hezbollah : de l’avis de nombreux commentateurs, elle serait " disproportionnée ". Cette critique, reprise un peu partout est-elle justifiée ? Pour répondre à cette question, il faut d’abord répondre à une autre question : " disproportionnée par rapport à quoi ? "

La notion de proportionnalité est par essence subjective. Du point de vue subjectif des civils libanais et étrangers qui sont atteints par les opérations militaires d’Israël, il est bien évident que le prix à payer peut être jugé trop élevé et l’on peut comprendre qu’à leurs yeux, rien ne justifie les très pénibles souffrances qu’ils endurent. C’est probablement parce qu’elle épouse ce point de vue " humanitaire à sens unique " qu’une grande partie de l’opinion publique est si critique envers Israël, dont elle semble ignorer les souffrances, pourtant bien réelles et bien dures elles aussi.

Mais la prise en compte de ce point de vue ne suffit pas à justifier une condamnation d’Israël, car il faut aussi se placer de son point de vue à lui : c’est par rapport à l’objectif qu’elle poursuit qu’une mesure doit être proportionnée. L’objectif d’Israël inclut, certes, la récupération de ses deux soldats, mais il le dépasse de loin, car, comme le souligne Daniel Vermet dans Le Monde, " l’enjeu, c’est le destin d’Israël, dont les organisations extrémistes palestiniennes et le Hezbollah ont juré la perte ".

Ce chroniqueur rappelle que dans un article publié le 11 juillet par le Washington Post, Ismaël Haniyeh, premier ministre palestinien, estime qu’il s’agit de résoudre " les questions essentielles de 1948 plutôt que les questions secondaires de 1967 ", autrement dit, ajoute-t-il, la question de l’existence même de l’État juif plutôt que ses limites. Les déclarations du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, patron véritable du Hezbollah, sont également on ne peut plus claires : il l’a dit et répété, il veut " rayer Israël de la carte ". Indiscutablement, par rapport à l’objectif de sa survie et de la protection de ses citoyens, tous menacés par le Hezbollah, l’action d’Israël n’est pas du tout disproportionnée : elle est nécessaire et tous les États placés dans une situation semblable réagiraient de la même façon que lui.

Il faut comprendre aussi que l’objectif que poursuit Israël est plus large encore et que son action actuelle n’est qu’un épisode de la lutte planétaire que se livrent les démocraties occidentales et les diverses factions du terrorisme islamiste. En un sens, on peut dire qu’il s’agit, par Israël et Hezbollah interposés, d’un combat entre deux conceptions de ce que doit être la vie en société. Considérée de ce point de vue, l’action d’Israël prend une tout autre dimension, dont il nous faut tenir compte dans notre évaluation de l’opération en cours. Nous devons comprendre que tous, citoyens des pays engagés dans cette lutte globale, nous bénéficierons du succès de l’opération de l’État hébreu et que tous, nous pâtirons de son échec.

La sensibilité et la compassion ne suffisent pas à fonder une évaluation. Ramenée à cet objectif existentiel pour Israël, sa survie, et à cet autre, essentiel pour l’ensemble du monde occidental, la lutte contre le terrorisme, l’opération actuelle d’Israël n’est-elle pas non seulement proportionnée, mais aussi nécessaire et salutaire ? La " réaction démesurée " dénoncée par certains est en fait une action à la mesure d’enjeux vitaux- pour Israël et pour chacun de nous.

Annette Paquot

L’auteure est professeur au département de langues linguistique et traduction de l’Université Laval.

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