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Une répétition de 2002-2003
Une nouvelle guerre se prépare.
Jocelyn Coulon
La Presse
jeudi 1er février 2007


Un air de déjà vu règne présentement à Washington. Il y a quatre ans, l’opinion publique avait été chauffée à blanc afin de lui faire croire à la dangerosité du dictateur édenté de Bagdad. Depuis quelques semaines, l’administration Bush distille ses nouvelles alarmantes sur le caractère "démoniaque" de l’Iran. Une nouvelle guerre se prépare.

À l’hiver 2002-2003, les membres de l’administration républicaine affrontaient des élites divisées et une opinion publique réticente quant à leurs préparatifs de guerre contre l’Irak. Qu’à cela ne tienne, une bonne campagne de désinformation a fait tourner le vent. Chacun avait son rôle à jouer. Le secrétaire à l’Intérieur réchauffait le thermomètre placé dans ses bureaux et illustrant le danger terroriste auquel faisaient face les États-Unis. Pendant ce temps, au Pentagone et à la Maison Blanche, des "gorges profondes" discutaient de terribles menaces en provenance d’Irak avec quelques journalistes déjà acquis à la cause. Toutes les chaînes d’information continue réagissaient alors de la même manière.

Aux heures de grande écoute, le désormais fameux Breaking News interrompait l’émission en cours afin d’annoncer une primeur : Saddam cherchait à acheter de l’uranium au Niger (faux), Saddam avait acquis des tubes d’acier pouvant servir à fabriquer une arme nucléaire (faux), Saddam avait des armes de destruction massive (faux) et Saddam allait les refiler aux terroristes (faux). Les Breaking News apparaissaient à l’écran comme autant de grains de maïs éclatent dans une machine à pop-corn, et l’appui à la guerre ne cessait d’augmenter. En fin de journée, les reporters couraient à la Maison-Blanche quérir la réaction présidentielle déjà toute prête : "Je suis troublé par ces nouvelles révélations" disait Bush, sans rire.

Aujourd’hui, le scénario de 2002-2003 se répète. L’Iran et, dans une moindre mesure, la Syrie sont dans la ligne de mire. Pourquoi ? Pour deux raisons. La première est liée aux contingences du moment. Tout va mal au Proche-Orient et il faut bien trouver un grand coupable sur qui frapper afin de détourner l’attention du naufrage de la politique américaine dans cette région. Les Palestiniens se révoltent et les Libanais se tirent dessus ? Les Iraniens et les Syriens ne sont pas loin L’occupation américano-britannique de l’Irak est une catastrophe sanglante ? C’est la faute des Iraniens qui s’ingèrent dans les affaires des autres. Tous les grands pays de la région cherchent à acquérir des armes nucléaires ? C’est encore la faute des Iraniens qui osent contester ce monopole aux mains des États-Unis et d’Israël.

Les médias américains consacrent maintenant des émissions spéciales aux agissements démoniaques de l’Iran. Mardi soir, CNN s’est fendue d’un Breaking News hystérique où des "sources" informaient une journaliste que l’Iran serait, probablement, derrière la mort de cinq soldats américains. Les conditionnels et les adverbes de doute étaient si nombreux dans ce reportage qu’on en vient à remettre en cause l’éthique de certains médias.

Changer les régimes

La deuxième raison est intimement liée à la première et porte sur le long terme. L’administration Bush mise toujours sur le remodelage du Proche-Orient afin d’éviter un autre 11 septembre. La politique de copinage suivie depuis soixante ans avec les régimes dictatoriaux et corrompus du Proche-Orient a été un désastre, répète sur tous les toits la secrétaire d’État, Condoleezza Rice.

Au lendemain des attentats contre New York et Washington "il fallait être audacieux et porter la guerre là où nos ennemis sont", dit-elle. L’Irak est le rat de laboratoire de cette nouvelle politique. Mais devant le désastre sanglant de cette entreprise, on croyait qu’à Washington les têtes froides avaient succédé aux idéologues fêlés. Il n’en est rien. La guerre et le chaos seront portés là où l’"ennemi" est. Après tout, Mme Rice et le vice-président Dick Cheney sont très fiers des résultats en Irak. Alors, 100000 morts de plus ou de moins n’ont guère d’importance au vu de l’objectif final.

Le récent plan annoncé par le président et visant à augmenter le nombre de troupes en Irak et à rejeter tout dialogue avec l’Iran s’inscrit dans cette logique. Et il a des appuis. Il faut voir loin, écrivait cette semaine dans le Washington Post le sénateur républicain Richard Lugar. Selon lui, le plan du président "est un des premiers épisodes d’un engagement beaucoup plus vaste au Moyen-Orient, qui a commencé avec l’invasion de l’Irak et qui pourrait durer encore plusieurs années."

La stratégie de la déstabilisation a ses opposants. Les deux coprésidents du rapport sur l’Irak déposé en novembre, le républicain James Baker et le démocrate Lee Hamilton, ont invité l’administration Bush à ouvrir le dialogue avec la Syrie et l’Iran. La semaine dernière, Robert Malley, ancien conseiller du président Clinton sur le Proche-Orient, a dit aux sénateurs que le plan du président "est fondé sur des objectifs régionaux contradictoires et voués à l’échec : on ne peut à la fois stabiliser l’Irak et déstabiliser l’Iran et la Syrie". Le résultat, a-t-il dit, sera de plonger la région dans le chaos et les divisions religieuses.

Dans cette partie de cartes sanglante, les jeux ne sont pas faits. L’opinion publique américaine ne suit plus le président et les Breakings News de propagande risquent de tomber à plat. Mais le président a juré de ne pas laisser les Iraniens avoir la bombe avant la fin de son mandat. Les paris sont ouverts.

http://www.cerium.ca/rop

Jocelyn Coulon est directeur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix, affilié au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal. Il vient de publier le " Guide du maintien de la paix 2007 ", chez Athéna Éditions

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