Une relève rachitique

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Guillaume Bourgault-Côté
Édition du samedi 24 et du dimanche 25 novembre 2007

Mots clés : Grand Séminaire de Montréal, Religion, Montréal

Le Grand Séminaire de Montréal compte dix fois moins d'étudiants qu'aux grandes années

Ce n'est pas la place qui manque au Grand Séminaire de Montréal. Alors que cet établissement comptait près de 300 étudiants à la fin des années 50, il en compte 36 aujourd'hui.

Dans la grande chapelle centenaire, fraîchement rénovée, les trois rangées de bancs sculptés le long des imposants murs demeurent largement vides, même à l'heure des messes communes. «Pour avoir de la place, nous avons de la place», dit Clément Laffitte. Dans quatre ans, il deviendra prêtre... s'il ne bifurque pas en cours de formation, à l'instar de près d'un étudiant sur trois.

Cette formation est longue: deux ans pour obtenir un baccalauréat «à la romaine» en philosophie, puis cinq autres années pour décrocher un deuxième baccalauréat en théologie, suivi d'une maîtrise dans le même domaine. Les étudiants passent donc sept ans entre ces murs qu'ils habitent au quotidien (tout en restant libres de leurs mouvements les soirs et les fins de semaine: il ne s'agit pas d'un cloître).

Or l'Église a grand besoin de nouveaux effectifs. La désaffection des églises a forcé des regroupements de paroisses ainsi qu'une nouvelle répartition des tâches des prêtres au cours des dernières années. Ceux-ci doivent maintenant se débrouiller seuls là où on comptait auparavant trois ou quatre prêtres.

On en déduit donc qu'il faut vraiment avoir la foi pour se lancer dans de telles études. Et c'est vrai, reconnaissent en choeur Clément Laffitte (38 ans), Jean-François Roy (23 ans) et Denis Leblanc (52 ans), trois séminaristes rencontrés par Le Devoir cette semaine.

Ces trois étudiants illustrent la diversité de la relève du clergé québécois: des parcours de vie bigarrés, des écarts d'âge considérables et une grande lucidité devant ce qui s'en vient. «On ne se raconte pas d'histoires, dit le cadet du trio. On va vivre une période difficile en sortant d'ici.»

À son âge, Jean-François Roy détonne un peu dans le lot. Quand il était jeune, il se rendait à la messe sans ses parents et rêvait de devenir prêtre, comme d'autres rêvent de jouer au hockey. À 19 ans, il a été admis au séminaire. Ce sera sa première et, il le souhaite, son unique carrière.

À l'inverse, Denis Leblanc a travaillé 12 ans comme fonctionnaire et autant d'années comme directeur général d'un organisme pour les aînés avant de faire le saut à 50 ans. Il se présente donc au terme d'une longue réflexion, enrichie de diverses expériences de vie.

Clément Laffitte, lui, est quelque part entre les deux: sur la terre familiale, on était catholique. Mais avant de découvrir sa vocation, il a fallu quelques années de travail sur la ferme, puis un séjour comme frère dans une communauté.

Loin de la gloire

«Ce n'est pas une décision facile de nos jours, dit Alain Mongeau, curé dynamique d'une paroisse du Plateau Mont-Royal. Moi, j'ai une formation en communication et en littérature, je n'étais pas enligné vers la prêtrise. Alors, quand j'ai annoncé que j'entrais au séminaire, je pense que j'ai perdu tous mes amis en une semaine! Le téléphone a cessé de sonner. Mes proches me disaient les classiques du genre: "Ça va? Tu es désespéré à ce point-là?" On est loin du temps où c'était la gloire, devenir prêtre.»

Ce qui n'est pas mauvais en soi, dit-il: on s'assure ainsi d'un «sentiment d'authenticité» chez ceux qui font la démarche de s'engager.

Ses trois futurs collègues disent ne pas avoir entendu de telles réactions. «Souvent, les gens ne savent pas ce que c'est, explique Jean-François Roy. Alors ils posent beaucoup de questions, ils sont très curieux. Le mot "courage" revient régulièrement dans les commentaires qu'on entend.»

Après 11 années de prêtrise, Alain Mongeau souligne quant à lui que ce courage n'est pas que pour les prêtres: «le simple fait d'être croyant et de s'afficher clairement est un acte qui démarque.» Ainsi, le cas de Martin Raymond, 27 ans, qui fait partie de la Bande FM, un groupe de jeunes qui se réunit dans la paroisse du curé Mongeau. Il y a 11 ans, sans aucune pression familiale, le jeune Raymond s'est «converti».

Lui qui «croyait les croyants idiots» est devenu l'un deux. «Et je le dis sans aucune gêne.» Cela même si certains le prennent pour un extraterrestre ou demeurent convaincus qu'il a commis quelque chose de grave dont il doit se repentir. «Il faut leur dire en riant qu'on n'est pas des ex-voleurs, juste des êtres humains qui pratiquent une activité de sens. Les gens sont respectueux de ce choix.»

Le salut laïque

Tous ceux qui observent la façon dont l'Église évolue anticipent de grands changements au cours des prochaines années. On pressent une Église moins centralisée. En ce sens, des gens comme Martin Raymond et d'autres laïcs pourraient jouer un rôle de plus en plus actif. Faute d'effectifs, le débat sur le mariage des prêtres et sur l'ordination des femmes va revenir.

Déjà, certaines paroisses tentent d'organiser des célébrations auxquelles le prêtre n'assiste pas: il consacre les offrandes à l'avance et des laïcs formés président la petite assemblée. À Montréal, le diocèse recense aussi plus de 3000 bénévoles laïques qui donnent des cours de catéchèse aux jeunes. «La participation de ces gens rajeunit et dynamise les paroisses», dit Alain Mongeau. Et si le salut de l'Église passait par les laïcs?


Vos réactions


Félicitations. - par Richard Saint-Louis, dp (rsaint-louis@diocesemontreal.org)
Le mardi 27 novembre 2007 11:00

Favoriser le dialogue dans l'Eglise - par Pierre Brousseau
Le dimanche 25 novembre 2007 12:00

La religion intéresse encore, mais la prêtrise... - par Eric Blais
Le samedi 24 novembre 2007 08:00

félicitations - par Rose-Hélène Corriveau
Le samedi 24 novembre 2007 05:00

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