Me voilà entraîné sur un sujet qui s’est présenté exactement comme l’indique le titre. De prime abord, je me suis opposé à pareille aventure, voyant dans ces deux termes leur propre contradiction. Le mot foi ne réfère-t-il pas, par essence, à tout ce qui est religieux et son objet principal n’est-il pas un Dieu qui transcende notre monde ? Par contre le mot laïc ne nous renvoie-t-il pas à notre monde dans tout ce qu’il y a de profane, de non-religieux ? Personnellement, j’y vois, de prime abord, comme une contradiction dans les termes et je suppose que je ne suis pas seul dans cette situation.
Ceci dit, je me lance tout de même dans l’aventure de la réconciliation d’une certaine foi avec la laïcité et de la laïcité avec cette foi. Vous conviendrez que ce ne sera pas tâche facile et mieux vaut que je me prépare bien pour faire face aux commentaires qui vont suivre. Je vous demande de n’avoir aucune indulgence à mon endroit. Je n’aurai que ce que j’aurai mérité.
Ma réflexion trouve sa base dans ces grandes valeurs laïques que sont la vérité, la justice, la bonté, la beauté, la solidarité et la compassion. En chacune de ces valeurs, la laïcité s’y reconnaît pleinement, bien que ses promoteurs et promotrices ne s’y accordent pas toujours pour en dégager le sens qui en rapproche toujours un peu plus l’humanité.
Parler de vérité sans la distancier de tout ce qui est manipulation, mensonge, tricherie, hypocrisie serait en parler sans l’identifier véritablement. Nous sommes d’autant plus sensibles à cette « vérité » que nous vivons une époque où elle est utilisée à toutes les sauces. On en a fait un vêtement attrayant pour couvrir les pires mensonges, les tricheries les plus inimaginables. Nous ne pouvons plus faire confiance au messager, tellement il nous a bafoués avec ses histoires et ses montages… Alors, qui croire ?
Parler de justice, un autre mot qui remplit nos cœurs d’espérance, est devenu un véritable chemin de Damas. Nos gouvernements partent en guerre pour répandre la justice dans le monde, pour apporter aux peuples de la terre la liberté et le respect de tous leurs droits. Nos soldats partent avec l’élan de la mission à accomplir et nous reviennent avec le cafard, l’angoisse, le mal de vivre.
Cette semaine, des journaux disaient qu’aux États-Unis, il y a eu, en 2012, 22 suicides par jour, pratiquement un par heure, de soldats et d’anciens vétérans. Au cours de la même semaine, on pouvait lire qu’en Israël le suicide est la principale cause de la mort des soldats israéliens.
Ces statistiques ont de quoi donner des frissons. Pourquoi ces hommes et ces femmes que l’on présente comme les héros des grandes luttes pour la liberté se retrouvent-ils confrontés à l’absurdité de leur propre vie, au point d’y mettre fin ?
En général, les héros des grandes luttes humanitaires, que ce soit pour la justice, la vérité, la liberté, l’indépendance, trouvent, dans leurs combats, la flamme de la vie et la paix du devoir accompli. Dans le cas présent, c’est le noir le plus complet.
Serait-ce dû au fait d’avoir été profondément trompés sur les véritables motifs de leurs luttes ? Alors que croire ?
Parler de bonté a de quoi nous apporter paix, confiance, sécurité, générosité. Nous avons tous et toutes des exemples de personnes qui respirent la bonté et en rayonnent partout où elles vont. Ce sont là des personnes dont le témoignage se grave dans notre esprit. Pourtant, que de fois n’avons-nous pas été leurrés, frustrés, trompés par des personnes qui cachaient derrière leur bonté l’avidité et la cupidité qui les habitaient. De nombreux exemples de gens, floués par ces bonnes âmes capables de leur promettre le paradis, nous sont rapportés quotidiennement. Alors, qui croire ?
Parler de beauté c’est entrer dans un monde d’ouverture, de sensibilité, d’intériorité et de grande gratuité. Ne dit-on pas que les grands créateurs, peintres, musiciens sont morts pauvres ? Leur art, la perfection de leur art ne pouvait être inspirée par des considérations monétaires. Pourtant, aujourd’hui, que voyons-nous ? Tout est devenu commercial et la valeur des créations ne se mesure plus à leur beauté, mais à celle du marché. Le beau est comme noyé dans un univers de créations où il devient difficile de distinguer le beau du précieux, le vrai du faux. Alors que croire ?
Je pense que vous pouvez poursuivre vous-mêmes ce type de raisonnement avec la solidarité et la compassion.
Dans tous les cas, nous sommes mis en situation de croire ou ne pas croire en ces valeurs, mais aussi de croire ou ne pas croire en ceux et celles qui s’en font les porteurs et souvent les manipulateurs. C’est là qu’intervient cette « foi laïque » qui fait que nous croyons en certaines valeurs, en certaines personnes, en certaines organisations, en certains gouvernants et non en d’autres.
Si déjà nous croyons tous et toutes en ces grandes valeurs d’humanité, pour ce qu’elles sont en elles-mêmes, encore faut-il que nous puissions croire, également, en ceux et celles qui s’en font les témoins privilégiés.
En somme, parler de foi laïque c’est faire référence à ces grandes valeurs pour lesquelles nous sommes disposés à donner le meilleur de nous-mêmes. C’est également en éloigner tous les manipulateurs qui s’en revêtent pour mieux tricher et tromper.
Je m’arrête ici. Vous aurez remarqué que tout au long de cette réflexion, je n’ai fait appel à aucun Dieu, à aucune foi religieuse. Je me suis appliqué à mettre au premier rang ce que je considère comme de plus « sacré » dans l’humanité : la vérité, la justice, la beauté, la bonté, la solidarité, la compassion.
Là, nous ne pouvons pas prendre prétexte de la non-existence de ces valeurs fondamentales pour nous y soustraire. Nous les avons collées à la peau.
Le défi de tous les temps et du nôtre, tout particulièrement, est d’en découvrir toute leurs richesses et d’en démasquer leurs ennemis que sont les menteurs, les manipulateurs, les prédateurs, les voleurs, les hypocrites, et surtout, d’en témoigner dans nos propres engagements.
En résumé, la foi laïque a pour "église" l’Humanité et pour "sacrements" les œuvres de justice, de vérité, de bonté, de beauté, de solidarité et de compassion.
Moi j’y crois. Et vous ?
Oscar Fortin Québec, le 5 février 2013 http://humanisme.blogspot.com

