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Les pôles de l’acte constitutionnel sont très variables. Ils dépendront des acteurs politiques et de la volonté populaire. C’est à nous qu’il incombe d’imprimer aux événements un cours décisif afin que cette Constitution ne soit pas une reddition mais bien l’amorce d’un bris de condition provinciale. - André Savard
             
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Une décision précipitée et imprudente
Chaque confession, à bon droit, voudra se prévaloir du précédent créé
Gérard Bouchard
La Presse
samedi 15 janvier 2005


La décision que vient de prendre le gouvernement Charest sur le financement des écoles privées juives est extrêmement importante. Elle jette un éclairage assez cru sur la mentalité de certains gestionnaires scolaires ; elle atteste un nouveau mode de prise de décision à Québec ; elle laisse augurer une réorientation radicale dans le dossier de la sécularisation du système scolaire ; enfin, elle s’annonce lourde de conséquences pour l’avenir du pluralisme ethnique au Québec.

Deux remarques, d’abord. Il y a plusieurs données inconnues entourant cette décision ; elle doit donc être commentée avec circonspection. Il faut rappeler aussi ce qu’elle contient de positif. Elle semble motivée par un souci louable de rapprochement interculturel. En plus, elle concerne la communauté juive, avec laquelle les Franco-Québécois ont entretenu un rapport parfois difficile dans le passé. Il faut donc se réjouir d’une volonté visant à intégrer davantage cette communauté à la culture francophone, diversifiant ainsi ses alliances traditionnelles avec le Québec anglophone. Pour le reste, la décision du gouvernement inspire beaucoup d’inquiétude et soulève d’importantes questions.

Un pragmatisme mal inspiré

Comment ne pas s’étonner des déclarations des deux présidents de commission scolaire francophones concernés par l’entente ? Leur adhésion au projet aurait été commandée par la perspective d’un supplément de revenus escompté pour leurs écoles (un business deal). Compte tenu des enjeux, c’est là une étroitesse de vue assez navrante qui relève du maquignonnage.

La démocratie ?

Dans toutes les sociétés pluriethniques, les rapports entre cultures sont aisément inflammables. Le Québec en a fait l’expérience dans le passé avec des projets de loi mal inspirés, des initiatives mal planifiées dont il a été souvent la victime et parfois l’auteur. N’a-t-on rien appris de ces expériences ? La décision est sortie sur la place publique comme un lapin du sac. Quels intervenants ont été consultés ? Les citoyens ont-ils eu l’occasion de faire valoir leurs points de vue ? Les spécialistes ont-ils pu analyser le projet, en reconnaître les implications, formuler des avis ? Les coordonnées et retombées possibles ont-elles été soigneusement examinées ?

Une tour de Babel des religions...

Le débat sur la laïcité de l’éducation, qui devra être tranché en 2005, est à peine amorcé qu’il se heurte à une sorte de fait accompli. La décision du gouvernement ouvre la porte de l’école à toutes les religions. Chaque confession, à bon droit, voudra se prévaloir du précédent créé. Les écoles privées francophones voudront hausser à 100 % leur financement gouvernemental. Le secteur public réagira. Où cela va-t-il conduire ? Comment le gouvernement va-t-il gérer le capharnaüm qui risque maintenant de s’installer ?

Un pluralisme improvisé

Au cours des vingt dernières années, le Québec a élaboré un modèle original en matière de rapports interethniques. L’interculturalisme est un alliage de compromis et d’audaces fondé sur le bon sens et une sagesse qui font honneur à notre société. Un consensus s’est formé autour de cette proposition qui imprègne nos politiques et nos comportements collectifs. Un équilibre délicat mais efficace s’est lentement installé. Il risque d’être durement bousculé par la nouvelle entente.

Garder la tête froide

On se trouve ici devant une initiative irréfléchie, imprudente, où ni la logique ni la démocratie ne trouvent leur compte. Même aux yeux d’un vigoureux tenant du pluralisme et de l’ouverture, tout cela est extrêmement déconcertant et assez décourageant. Il reste un souhait à formuler : que les Québécois s’emploient à redresser la situation dans le climat de bonne entente qui a prévalu jusqu’ici.

Gérard Bouchard
Professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi, l’auteur est coauteur du livre « Juifs et Canadiens français dans la société québécoise » (Septentrion, 2000)

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