D’abord, quelques commentaires
L’appel lancé par Vigile est intéressant. Cette idée de suggérer la convergence plutôt que la division est rafraîchissante. Cependant, cela ne semble pas faire l’affaire de tous. La polémique, je suis pour, en autant que cela nous amène à définir nos points communs pour agir. Je dis oui à la critique quand celle-ci est constructive, quand elle m’aide à parfaire mon analyse, mes points de vue. Mais je dis non à la critique lorsque celle-ci tient plus du sophisme que d’une véritable rigueur intellectuelle. Je n’aime pas ce qui relève de la pensée unique, du jusqu’au-boutisme, du mépris, ou encore du dénigrement démobilisant qui trop souvent vise d’honnêtes indépendantistes.
Oui, il est plus que temps de nous enligner sur nos points de convergence. À trop insister sur ce qui nous divise, on en vient à oublier le reste. Avancer ensemble ne sera pas chose aisée, même si les indépendantistes ont un objectif minimalement commun. Je l’ai déjà dit et redit : notre mouvement connaît un développement inégal mais tout de même combiné. Refuser de l’admettre empêche toute réflexion sur le quoi et comment faire, c’est s’enfermer dans une stratégie minimaliste et linéaire qui exclut de l’analyse des pans entiers de ce que j’appellerais la « situation concrète ».
J’ai hésité avant d’écrire. J’aime le débat, la critique, la polémique. Mais je déteste quand on se campe sur ses positions, quand on jette l’anathème pour un oui ou pour un non. Il n’existe pas de vérité absolue en politique. Je n’aime pas les procès d’intention. Convainquons-nous mutuellement, dans la mesure du possible, plutôt que de multiplier les ruptures. Ma satisfaction intellectuelle se situe à ce niveau, pas ailleurs.
Après avoir relu quelques-uns de mes textes publiés sur Vigile et les avoir replacés dans le contexte actuel, je me suis aperçu que j’avais finalement contribué au débat (modestement, il va sans dire). Grosso modo, mon analyse générale, ainsi que mes orientations stratégiques, s’apparentent à celles développées par Gérald Larose et Gilbert Paquette. Quand je regarde ce qui se passe aujourd’hui, je constate que le PQ n’est plus enlisé dans l’immobilisme, contrairement à ce que certains tiennent mordicus à croire. Les faits le confirment, même si ces faits peuvent être interprétés selon ce que l’on croit être vrai ou faux. Bref, je suis d’avis que le PQ a évolué (en partie, du moins), et ce dans le sens que je le souhaitais en 2006-2007. Réalisant cela, j’ai décidé de contribuer à l’initiative de Vigile, même si plus d’un me taxeront d’être un péquiste impénitent. J’assume donc mes « contradictions », et je ne m’en porte pas trop mal…
Un peu de contenu maintenant, mais pas TOUT le contenu...
Bien sûr, les sempiternelles discussions associées à l’échéancier référendaire ne sont plus ce qu’elles étaient. D’aucuns aujourd’hui prennent le référendum pour ce qu’il est et ce qu’il aurait toujours dû être : un outil parmi tant d’autres. Il fait partie de l’arsenal, mais il n’est plus LA solution (ou l’arme décisive, si vous préférez). D’autres, au contraire, attribuent à cette tendance l’effritement de l’option souverainiste (je simplifie au maximum, je sais qu’il y a bien plus que cela). Plusieurs ces jours-ci s’unissent pour stipendier le « plan » Marois, notamment en affirmant avec verve que la feuille de chou soumise aux présidents de comtés du partie n’est rien de plus qu’une liste d’épicerie adéquiste. Du bonbon pour les adeptes du PQ bashing, mais rien de constructif qui pourrait susciter l’émergence d’idées concrètes. Pour nos éternels déçus, c’est une Xième trahison du PQ ; pour les fédéralistes, il s’agit là d’une stratégie visant à créer des crises dont on sait d’avance qu’elles feront « mal » aux québécois. Détail intéressant, ces deux courants pourtant diamétralement opposés disent la même chose lorsqu’il est question de la réaction du gouvernement fédéral face au « plan » Marois : « Le fédéral va dire non ! ». Et voilà, le tour est joué, il n’y a plus rien à dire. Pénible.
Pourtant, quand on prend le temps d’analyser ce qui se passe, on voit bien que le « plan » Marois suscite appui critique, approbation, indignation ou dégoût. Tous et toutes y trouvent leur compte, cela en fonction de leurs paradigmes. Le « plan » est plutôt vague, plus ou moins défini dans le temps, avec quelques exemples pour permettre aux moins clairvoyants de visualiser ce que pourrait être la gouvernance nationale du PQ. Cela, comme d’autres, je l’admets. Pourtant, comment si peu peut-il faire parler autant ? C’est là, je crois, la beauté de la chose : d’un côté, le « plan » est si flou qu’on s’en indigne au point de le de vouloir le descendre en flammes, de l’autre, on y voit une possibilité d’entamer de vraies batailles, celles dont on espère qu’elles pourront nous amener à faire autre chose que du sur-place. Bien que je sois sceptique, je suis toutefois loin de sombrer dans le cynisme dans lequel se noient un peu plus à chaque jour certains de nos irréductibles mécontents. Cela dit, j’estime devoir laisser une chance au coureur. Comme Raymond Poulain, je trouve ce plan un peu maigre, mais je crois qu’il pourrait être possible de lui faire atteindre un poids santé, notamment en donnant plus de corps aux orientations. Pire aurait été à mon avis de présenter à la population un livre de recettes. C’est statique, ça fait promesses électorales traditionnelles, ça étouffe toute tentative de participation citoyenne.
J’attends donc avant de juger, et cela me laisse une marge raisonnable d’optimisme. Contrairement à certains, j’estime que le PQ bouge. Le fait-il bien ? Il essaie, en tout cas. L’approche de Gérald Larose fait son chemin, le référendum n’est plus une fin en soi, on veut occuper toutes les compétences qu’on pourra occuper, et puis on veut aussi la souveraineté. La gouvernance nationale sera aussi une gouvernance pédagogique, laisse-t-on croire. Il y en a qui appellerons ça de la « pédagogie de moumoune ». Pour ma part, si jamais je décide de m’investir à plein dans la lutte pour l’indépendance (je suis comme plusieurs : paresseux), ce le sera dans une démarche qui se voudra rassembleuse et arc-en-ciel, et qui ne se contentera pas de convaincre uniquement les convertis. Le Québec est composé de citoyens aux idées divergentes, de groupes d’intérêts particuliers et, comme pour toute autre nation, il est influencé par diverses idéologies, le libéralisme et la social-démocratie étant indubitablement les deux courants les plus importants ici, le second étant l’enfant pauvre. Faire abstraction de cette réalité lorsqu’on prétend raisonner en termes stratégiques, donc inévitablement tactiques, c’est se lancer tête baissée dans le mur. Actes de foi intempestifs et slogans vindicatifs n’y changerons rien.
Je m’égare. Je pourrais écrire pendant des heures, mais il m’apparaît plus productif d’insister sur un point d’actualité (non relaté par les médias) qui à échappé à plusieurs.
Les États généraux du mouvement souverainiste : réalité ou utopie ?
Jusqu’à récemment, j’étais convaincu que nous n’étions que quelques-uns à souhaiter la tenue d’États généraux, question de trouver des moyens pour réveiller l’ours souverainiste (l’expression est de Patrick Lagacé, pas de moi). Gilbert Paquette, le président de l’IPSO, est l’un des principaux promoteurs de ces États généraux. Le temps a passé, et comme pour les idées de Gérald Larose, cette idée de rassembler les forces souverainistes de toutes tendances fait son chemin, dont au PQ.
Ceux qui ont assisté au colloque (ou visionné les vidéos) de l’IPSO du 6 juin dernier, ont sûrement écouté avec intérêt – ou avec scepticisme - l’allocution de Daniel Turp, président de la Commission politique du PQ. Fait intéressant, il représentait le PQ lors de cet événement. Le contenu de son allocution, intitulée Pour une concertation et une convention sur l’indépendance nationale du Québec va donc au-delà de son strict point de vue personnel. Il est aussi possible de lire cette dernière en visitant son blogue. On y apprend, par exemple, qu’un gouvernement du PQ s’engagera « à faire progresser le Québec jusqu’à son accession au statut de pays en initiant, en Collaboration avec le Conseil de la souveraineté du Québec, une Concertation nationale sur la souveraineté entre les différents partis et mouvements favorables à la souveraineté du Québec ». Même si Daniel Turp ne parle pas d’États généraux en tant que tel, mais plutôt d’une convention sur l’indépendance nationale, il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas voir en cela une avancée significative de l’idée de concertation si essentielle à notre mouvement. Certains y verront une tentative de récupération du PQ. S’il y en a, ceux-là se trompent : à ma connaissance, il n’existe pas actuellement de mouvement organisé en ce sens, conséquemment, récupération il ne peut y avoir. D’autres affirmeront haut et fort que cette convention (qui ressemble à mon avis à des États généraux) devra être pluraliste, et qu’ils n’ont nulle intention de servir de faire-valoir au PQ. Ils ont raison, mais ce risque e peut être relativisé si les joueurs pressentis acceptent de participer à l’organisation de cette convention en faisant preuve de maturité politique, pas seulement en recherchant la visibilité à tout prix en fonction de ses seuls intérêts de groupe ou idéologiques (ce qu’on pourrait être en droit de reprocher au PQ...). Pour ma part, cette idée de convention me plaît : étant pour des États généraux, je prends acte de cette ouverture. Que le PQ décide d’affirmer par des gestes concrets son leadership sur cette question, alors je dis bravo. Si d’autres oeuvraient dans le même sens, à savoir un rassemblement large et pluriel, j’applaudirais autant.
Enfin, concernant la convocation d’une telle convention, Daniel Turp est d’avis qu’il est trop tôt « pour déterminer si une telle convention devrait être convoquée avant ou après la prochaine élection ». Compte tenu du nombre importants des acteurs (partis, regroupements, sites électroniques, etc.) et des divergences qui existent entre ceux-ci, et même au-delà, j’estime qu’il y a lieu de se mettre au travail sans tarder. Après les élections, ce sera trop tard. Les débats qui inévitablement nous mobiliseront sur le comment, le pourquoi et l’organisation d’une telle convention dureront un certain temps. Aplanissons en amont, car seront de la partie les sceptiques, les « en faveur », les pragmatiques, les « brasseurs de cage », les dogmatiques, voire même les « contres ». Pas besoin d’être devin pour comprendre que s’entendre sur l’importance de tenir une telle convention relèvera de l’exploit. Alors organisons-nous pour entamer les travaux le plus tôt possible pour ne pas avoir à faire du rattrapage à un moment où il serait plus pertinent de préparer le contenu de cette convention plutôt que d’en débattre des modalités. sour ma part, si on me le propose (ou si je convaincs qui de droit de m’associer à la démarche), j’embarque.
Et Vigile, là-dedans ?
L’allocution de Turp est claire : tous les partis, toutes les organisations, ainsi que tous les médias indépendantistes – dont Vigile, qu’il a expressément nommé – sont susceptibles de contribuer au succès de cette convention.
Pour ma part, Vigile se doit d’amorcer une réflexion à savoir si oui ou non il compte contribuer à la démarche. Moi, je pense que oui. Et j’espère que la majorité des organisations indépendantistes accepteront de participer à ce qui pourrait s’avérer un moment significatif de notre lutte collective. Attention ! Je ne dis pas qu’il faille s’inféoder au PQ, mais bien participer dans une œuvre citoyenne de convergence.
Conséquemment, je m’adresse particulièrement à messieurs Poulain et Archambault. Et aussi à monsieur Pomerleau et madame Hébert, et à tous les autres rassembleurs (vous me pardonnerez de ne pas vous nommez, la liste pourrait être longue…). Travaillons avec ce qui est. Nous sommes nombreux, nos divergences itou.
La main tendue par Daniel Turp ne mérite pas qu’on la morde. Définissons nos lignes de base, rencontrons-le, lui et bien d’autres. Le programme commun proposé par Luc Archambault ne sera pas seulement le résultat d’une cogitation de trois ou quatre individus. Il sera le résultat le fruit d’un travail ardu que nous aurons su concrétiser collectivement. Soyons humbles en nous insérant dans le tout.
Ne nous contentons pas d’être de simples gérants d’estrade.
Pour la convergence, pour l’action citoyenne, pour la république.



