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Après que [la Conquête] eût arraché de ce sol la souveraineté inconsolable de la France, les ’Français canadiens’ sont convaincus qu’après le siècle d’oppression qui suivit pour eux la conquête anglaise, un second siècle écoulé sous le système défini par l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867 ne leur a pas assuré, dans leur propre pays, la liberté, l’égalité et la fraternité... - Charles de Gaulle - juillet 1967
             
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Les propos de monsieur Graham Fraser
Une confusion entre "Conquête " et "Symbiose"
Gaston Boivin
Tribune libre de Vigile
samedi 1er septembre 2007      155 visites


Alors monsieur Fraser, si je comprends bien vos propos, nous devrions renoncer encore un peu plus à ce que nous sommes, pour vous inclure dans nos lieux d’existence et de mémoire, à une époque où c’est d’Angleterre que vos ancêtres rêvaient avec envie de notre Nouvelle-France.

Ainsi, parce qu’en 1763, par le traité de Paris, la France a cédé à l’Angleterre la Nouvelle-France et ses habitants, vous semblez croire avoir acquis également la mémoire des dits habitants, ce passé et cette histoire qui leur sont si chers ! Encore plus, votre habitude depuis plus de deux siècles à nous imposer unilatéralement, fort de la majorité que vous constituez en ce Canada conquis, vos institutions et vos lois, a-t-elle marqué à ce point votre inconscient collectif qu’il apparait désormais normal pour vous de nous dominer sans vergogne et de nous regarder non pas tel que nous sommes mais comme vous souhaitez nous voir !

Cette habitude n’incite-t-elle pas votre subconscient à croire que cette cession, par la France à l’Angleterre, de la Nouvelle-France et de ses habitants, incluait également celle de nos pensées et ambitions, ainsi que pour toujours celle de nos libertés d’hommes et de peuple et nation, encouragé que vous étiez par cela à côtoyer certains des nôtres, qui, par ambition ou autrement, ont depuis longtemps vendu leurs âmes et celle de leur peuple et nation aux conquérants anglais, tout en se donnant mille justifications pour agir ainsi et tout en qualifiant et en auréolant leur agir d’un discours pseudo progressif et positif !?

Monsieur Fraser, lord Durham, dans son rapport , déclarait que les conquis, que nous sommes, étions un peuple sans histoire. Il ajoutait qu’un peuple, qui veut demeurer sans histoire, se fait un devoir d’évacuer le passé, s’assurant ainsi de n’avoir aucun avenir. Vous savez, lord Durham, parce que, comme vous, il nous regardait, non pas comme nous étions, mais plutôt comme il souhaitait nous voir, a fait erreur : Nous avons une histoire, différente de la vôtre, et qui parfois l’entre-coupe (mais même alors, notre lecture en est différente), que nous chérissons, que nous n’avons jamais chercher à évacuer, pas plus que le passé d’ailleurs, et nous avons toujours cru en notre avenir qui s’améliorera le jour où nous quitterons la Confédération pour devenir un état automnome et indépendant.

Même si parmis les nôtres, il y a de grands esprits, certains plus naifs que savants, les autres plus intéressés que pragmatiques et réfléchis, mais tous pour la plupart fédéralistes, qui voudraient bien évacuer le passé de notre peuple et nation, en confondant son histoire avec celle du Canada de la "Conquête" et de la "Confédération", le tout de manière à occulter son histoire en même temps que son âme, et à annhiler son avenir, lesquels s’époumonnent à nous vanter les mérites de la mondialisation, du multiculturalisme, de l’histoire citoyenne désincarnée et déracinée, de la Confédération canadienne et des avantages de la conquête pour notre peuple, de la Constitution de 1982 et de sa Charte des Droits et Libertés, de la langue anglaise comme première langue de ce monde, langue des sciences, du commerce et des communications, n’empêche que ce n’est pas encore fait et "The National Post" and "The Gazette" auront beau pérorer tant qu’ils voudront, on est encore loin de la coupe aux lèvres !

Pour terminer monsieur Fraser, j’aimerais vous rappeler que la fondation de Québec en 1608, ce n’est pas seulement celle d’une ville, mais c’est beaucoup plus : c’est également celle de l’établissement en permanence de la présence francaise en Amérique du Nord, celle aussi du début de la nation francaise d’Amérique, aujourd’hui dissiminée à la grandeur de ce continent et à laquelle appartiennent tous les québécois francophones, les acadiens, tous les louisianais descendants de l’ancienne Lousiane francaise telle qu’elle existait en 1763 et en 1803 (quand napoléon l’a vendue aux américains), et généralement tous les descendants des premiers francais d’Amérique.

C’est également celle du début de la nation québécoise ainsi que celle de la fondation de sa capitale. C’est aussi la consécration de la fondation de la Nouvelle-France et de sa capitale, de cette Nova Gallia comme disait Cartier, qui, avant la déportation des Acadiens et avant la conquête, en un peu plus de cent ciquante ans, avait réussi à établir l’hégémonie francaise en Amérique du Nord et qui couvrait à ce moment-là plus du tiers du territoire américain, qui, à une époque, s’étendait de la péninsule du Labrador jusqu’au golfe du Mexique, qui comprenait alors , outre ce qui restait de l’Acadie, alors amputée depuis 1713 de son principal territoire d’occupation qui passe alors à l’Angleterre et qui recoit le nom de Nouvelle-Ecosse mais qui demeura dans les faits toujours habitée par une population très majoritairement francaise, le Canada (c’est à dire l’Ontario, le Manitoba, Terre-Neuve, le Labrador, le Québec) et finalement la Louisiane de l’époque qui comprenait alors l’équivalent de quelques dix états américains d’aujourd’hui, qui s’étendait des Grads Lacs au golfe du Mexique.

Cet empire etait construit le long de deux fleuves et de deux vallées : Les fleuves Saint-Laurent et Missisipi et les vallées du Saint-Laurent et du Missisipi. En 1750, il y avait en cette colonie 90,000 francais (Francais natifs de la colonie et francais de France confondus), dont 90% dans la vallée du Saint-Laurent. Sur un territoire beaucoup plus étroit, les colonies britanniques atteignaient déjà 2 millons d’habitants. : C’est tout cela que commémore le quatre-centième anniversaire de la fondation de Québec. Ce n’est pas rien !

C’est très important et significatif. Et tous les québécois, acadiens, francophones de l’ancien Canada, les descendants de l’ancienne Louisiane francaise, généralement tous les descendants des habitants de l’ancienne Nouvelle-France, ainsi que tous les francais de France devraient être fiers d’y participer de quelque façon , ne serait-ce qu’en pensée ! C’est un grand moment !

Au surplus cela devrait être comme un ode et un hommage à la résistance et au courage des descendants de la Nouvelle-France qui ont exploré et investi une très grande partie du territoire américain, y compris presque tout le territoire canadien actuel, pour le développer et qui, suite à la conquête, ont réussi, malgré l’abandon par la mère-patrie et les embûches de toutes sortes que le conquérant anglais leur a tendu pour empêcher leur développement comme peuple et nation francaise et pour les assimiler, ont réussi à subsister presque tel quel après presque 250 ans et même à grandir !

Dans ces conditions, il est normal que le fédéral et les fédéralistes, y compris ceux qui représentent notre peuple et nation à l’assemblée législative du Québec, cherchent à récupérer l’évènement pour en désamorcer toute la symbolique, de facon encore une fois à ignorer vraiment ce qu’est notre peuple et son histoire. C’est comme si nous n’avions pas le droit d’aller vers nos racines, de peur que l’on affaiblisse les racines canadiennes ! L’on peut comprendre les libéraux fédéralistes de se prêter à ce jeu. Mais l’on aurait été en droit de s’attendre à ce que le PQ et le BQ se soient un peu plus préoccupés de la commémoration de ces fêtes et en aient mieux compris l’importance et la valeur symbolique qu’elles représentent. Les fédéralistes l’ont bien compris, eux, à tel point qu’ils ont tout mis en oeuvre pour en diminnuer la portée symbolique !

Monsieur Fraser, tous sont bienvenus à ces fêtes, y compris les anglos- canadiens et les anglos- québécois, mais ne nous demandez pas de leur attribuer une histoire et un rôle qui n’est pas le leur, sinon il est certain qu’encore une fois, nous risquons de ne pas fêter la même chose !

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

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