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« Je sais aujourd’hui de façon définitive que dans la conjoncture actuelle de notre vie nationale, mon pays, ce n’est pas et ce ne sera jamais le Canada » - Chaput-Rolland, Solange, Romancière, ex-députée de l’Assemblée nationale, ex-sénatrice (1919-2001)
             
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Une cagnotte pour demain
Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir
samedi 25 mars 2006


Une nouvelle créature vient de naître qui a pour nom le Fonds des générations. Son objectif : dévorer la grosse dette du Québec. Même si l’effort reste symbolique comme il se devait, il mérite d’être consenti par la génération actuelle.

La dette totale du gouvernement du Québec atteint les 120 milliards. Quant aux intérêts qu’il faut payer chaque année, ils dépassent la somme de sept milliards, soit l’équivalent de la moitié du budget de l’Éducation. Incité à s’y attaquer depuis un moment, le ministre des Finances pouvait s’y prendre de trois façons.

La première était de ne rien faire et de laisser la croissance économique réduire progressivement le ratio de la dette par rapport au PIB. C’est ce qui s’est passé depuis huit ans alors que la dette totale est passée de 52,2 % à 42,7 % du PIB du seul fait de la croissance et de la politique du déficit nul. Et cette amélioration est encore plus spectaculaire quand on s’attarde uniquement à la partie de la dette qui résulte des déficits accumulés au fil du temps, en excluant les immobilisations.

La deuxième façon aurait consisté à rembourser chaque année une somme déterminée. C’est le moyen qu’Ottawa a choisi parce qu’il baigne dans les excédents, et c’est celui auquel la plupart des gens ont recours parce qu’ils n’ont pas le choix.

Or, comme quelques autres provinces, Québec a plutôt opté pour une troisième formule, celle qui consiste à confier un demi-milliard par année à la Caisse de dépôt pour qu’elle fasse fructifier cet argent. Les rendements de la Caisse étant généralement plus élevés que les taux d’intérêt sur les emprunts gouvernementaux, le résultat net devrait être avantageux.

Cela étant, entre ne rien faire et investir aussi peu que 500 millions par année comme on prévoit le faire, la différence n’est pas importante d’un point de vue comptable. En effet, compte tenu de la taille de l’économie québécoise, le ratio de la dette par rapport au PIB continuera de diminuer à peu près au même rythme, avec ou sans l’argent du Fonds des générations. Même le service de la dette ne serait pas tellement différent. Ainsi, grâce à ce fonds, Québec prévoit économiser 500 millions par année en intérêts dans dix ans. Or un seul point de variation des taux d’intérêt cette année-là aurait un effet deux fois et demi plus marqué. Dans ces conditions, pourquoi se donner tant de mal ? D’abord pour des raisons politiques, accessoirement pour des raisons financières.

En proportion du nombre d’habitants, le Québec a accumulé la plus grosse dette au pays. C’est aussi la province où la population vieillit en moyenne le plus rapidement. La génération actuelle a mis en place des programmes sociaux généreux, mais une partie de ce progrès a été réalisée à crédit.

Au Canada et au Québec plus qu’ailleurs dans le monde, on a corrigé l’erreur. Le plus gros a donc été fait, mais on ne doit pas s’en satisfaire.

Dans dix ans, le Fonds des générations pourrait atteindre huit milliards et, dans vingt ans, 30 milliards. Les gens actifs d’une génération auront donc économisé chacun de ces milliards en limitant leurs dépenses courantes au profit de la génération suivante.

Quant à la façon d’abreuver la bête, c’est-à-dire en percevant une redevance sur l’eau utilisée par les producteurs privés et surtout par Hydro-Québec, le temps seul permettra de juger de l’efficacité de cette approche. Tout le monde est d’accord pour qu’on impose une redevance sur le captage de l’eau à des fins industrielles. En revanche, il faudrait être naïf pour croire que ce ne sont pas surtout les consommateurs d’électricité québécois qui contribueront à ce fonds. Après tout, que l’argent provienne d’Hydro-Québec Production ou d’Hydro-Québec Distribution ne change absolument rien à l’affaire.

j-rsansfacon@ledevoir.com

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