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Une baignoire sans bouchon
Joseph Facal
www.josephfacal.org
mardi 10 mars 2009


Ma chronique sur les hôpitaux m’a valu des réactions qui justifient que j’y revienne.

Plusieurs raisons expliquent pourquoi il est souvent difficile au Québec d’avoir accès à un médecin. L’une est que les jeunes médecins, souvent des femmes, travaillent moins d’heures que la génération précédente parce qu’ils veulent une vie plus équilibrée. Bravo.

Une autre raison est qu’à chaque année, plus de médecins quittent le Québec qu’il n’en arrive de l’extérieur. En proportion de leur nombre, l’exode des médecins est deux fois plus élevé au Québec qu’en Ontario.

On explique souvent ces départs en disant que le Québec n’offre pas aux médecins des conditions de travail et des revenus suffisants pour les retenir. C’est vrai qu’ils gagnent moins ici qu’ailleurs au Canada.

Mais si l’argent était le nœud du problème, les départs se feraient grosso modo dans les mêmes proportions pour les diplômés des quatre facultés de médecine du Québec. Or, les chiffres montrent que les départs sont astronomiquement plus élevés chez les médecins passés par McGill.

Un médecin peut partir à deux moments : il peut quitter sitôt le doctorat en médecine obtenu, s’il décide de ne pas se spécialiser ou de se spécialiser ailleurs, ou il peut quitter une fois sa spécialisation complétée, lorsqu’il doit décider de son lieu de pratique professionnelle.

Dans le premier cas, les chiffres de la Canadian Medical Education Statistics pour la période 1996-2004 montrent un exode annuel moyen de 47,6% pour McGill contre 1,0% à Laval, 1,3% à Sherbrooke et 2,1% à Montréal.

L’explication ne peut être que les étudiants de McGill sont des étrangers rentrant chez eux puisque la proportion d’étrangers dans les facultés de médecine est faible. Ce sont donc des Québécois qui partent.

Dans le deuxième cas, une fois la spécialisation complétée, l’exode de ceux formés à McGill avoisine les 50%, alors qu’il oscille entre 5 et 15% pour les facultés francophones, selon les chiffres du Canadian Post-MD Education Registry (http://www.caper.ca/).

Entre 1995 et 2004, 550 médecins diplômés de McGill ont quitté le Québec, ce qui représente les deux tiers de l’exode total de médecins affligeant le Québec. Si le taux d’exode de McGill était ramené à celui des facultés francophones, cela suffirait pour annuler toutes les pertes subies par le Québec au profit des autres provinces canadiennes et des États-Unis.

Avec un nombre de places allouées d’à peine 1,5 fois supérieur à celui de McGill, l’Université de Montréal forme 4 fois plus de médecins pratiquant au Québec. Pour dire la même chose autrement, seulement 11,1% des médecins pratiquant au Québec viennent de McGill. Bref, si la baignoire se remplit si lentement, c’est parce qu’elle n’a pas de bouchon.

Est-il raisonnable d’allouer environ le quart des places dans les facultés québécoises de médecine et la moitié des 4 milliards que coûteront les deux méga-hôpitaux à une institution qui exporte ensuite ses diplômés dans des proportions si ahurissantes ?

Sommes-nous, au Québec, riches au point de nous permettre de subventionner les soins de santé que ces expatriés donneront aux Ontariens ou aux Américains ?

Deux questions comme ça.


11 mars 2009 par Joseph Facal

Un petit mot rapide sur le sujet de la semaine (non, pas Carbo). Ce n’est pas évident que cela mérite d’être commenté, mais bon, si ça vous tente, ne vous gênez pas.

Ah oui, avant que j’oublie, fascinants, tout simplement fascinants certains des commentaires sur le blogue suite à mon texte sur les diplômés en médecine de McGill.

Je présente des chiffres qui, objectivement, illustrent un réel problème, mais plutôt que de l’admettre de bonne foi, il s’en trouve pour jouer à la victime, se plaindre d’anglo-bashing, tout justifier au nom du refus de la « chicane », ou changer de sujet en invoquant mon passé politique.

C’est drôle, hein, c’est toujours « l’autre » qui est partisan, jamais nous. Et puis, bien sûr, cela confirme le vieil adage qu’aimait tellement Claude Ryan : on peut amener l’âne jusqu’à la fontaine, mais on ne peut le forcer à boire. (...)



Source
http://www.josephfacal.org/une-baignoire-sans-bouchon/




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