Une année de transition

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Bernard Descôteaux
Édition du lundi 31 décembre 2007

Mots clés : politique, changements, forces armées, Dollar, Économie, Canada (Pays), Québec (province)

Nous aimons tous les bonnes nouvelles. En cette fin d'année, on se réjouit particulièrement de la montée du dollar canadien qui nous fait nous sentir plus riches. Riches au point de croire parfois que tout va pour le mieux au pays du Québec où le chômage connaît son niveau le plus bas depuis 30 ans et où les Québécoises semblent retrouver le goût de faire des enfants. Cela nous donne confiance, mais peut-être est-ce pour mieux oublier les incertitudes du temps présent.a nouvelle de l'année 2007 a été, cela est certain, cette résurgence du huard qui vient confirmer la force de notre économie. Notre ego, qui a si longtemps souffert de la comparaison avec le billet vert américain, est flatté et notre appétit de biens de consommation s'en trouve stimulé en voyant enfin les commerçants ajuster à la baisse leurs prix.

Ce dollar à parité est rassurant. Il arrive à nous faire oublier que ce dollar fort impose à nos entreprises manufacturières et à nos régions-ressources un lourd tribut; que la crise du crédit, dite des subprimes, menace de nous entraîner dans une récession; que la hausse vertigineuse des prix de l'énergie crée une pression inflationniste dangereuse; que le Canada fait fi des impératifs environnementaux pour produire du pétrole.

Ces dernières années ont ébranlé plusieurs de nos certitudes. L'économie mondiale est en mutation et nous n'échappons pas à ses effets. Autrefois, nous n'étions dépendants que des États-Unis. Il suffisait qu'ils éternuent pour que nous attrapions le rhume de ce côté-ci de la frontière. Aujourd'hui, les sources de contagion sont multiples. Nous sommes exposés à d'innombrables courants qui viennent remettre en cause nos vieilles convictions.

Même des valeurs que l'on croyait profondément ancrées chancellent. Ainsi, les Canadiens, qui se croyaient investis d'une mission pacifiste à l'égard du reste de la planète, font la guerre en Afghanistan à leur corps défendant. Les Québécois, qui se voyaient comme une société ouverte aux autres, se découvrent tout à coup des démons qui les incitent à se replier sur eux-mêmes et à valoriser l'individualisme plutôt que la solidarité.

La volonté de changement a rarement fait défaut aux Québécois. Depuis le début de la Révolution tranquille, un long parcours les a amenés aux portes de la reconnaissance de leur nation. Une reconnaissance dont ils ne sont plus trop certains de la forme qu'elle doit prendre. Ces hésitations les ont conduits à renvoyer dos à dos, lors de l'élection du 26 mars dernier, libéraux, péquistes et adéquistes. Laissez-nous tranquilles! leur ont-ils dit, exprimant leur méfiance tout autant envers les programmes des partis qu'envers leurs leaders.

Ce n'est pas sans raison que les électeurs québécois sont devenus adeptes des gouvernements minoritaires. Par là, ils enlèvent aux politiciens la capacité de les conduire contre leur gré sur des voies qui leur apparaissent incertaines. Ils reprennent en quelque sorte le contrôle de l'agenda. Les partis politiques, qui au déclenchement des élections n'avaient pas perçu ce changement d'attitude, se sont fait servir une belle leçon d'humilité. Ils sont maintenant tenus de se remettre en question.

***

L'élection d'un gouvernement minoritaire pourrait être vue comme la victoire de l'immobilisme. Certains l'ont déplorée, craignant que ce ne soit l'occasion d'un recul. Il y a tant de projets qui ne demandent qu'à être réalisés, disent ceux-là qui voudraient des leaders politiques qu'ils assument leurs responsabilités et gouvernent en ignorant les mouvements de l'opinion publique. Une démarche que les Québécois ont rejetée à l'élection en disant qu'ils ne sont justement pas disposés à laisser aux politiciens une telle liberté. C'est collectivement qu'ils veulent s'engager dans la voie du changement. Ils veulent que les projets de société, qu'ils soient politiques, économiques, sociaux ou environnementaux, s'appuient sur des consensus forts.

La recherche de consensus n'est pas un processus stérile. Au contraire, le Québec n'a jamais été aussi fort que lorsqu'il pouvait s'appuyer sur une volonté largement partagée. Cela oblige à des exercices difficiles qui, bien menés, peuvent être productifs. On se souviendra des grands sommets lancés par René Lévesque, une approche avec laquelle le gouvernement Charest a renoué ces dernières semaines pour dégager une politique de relance du secteur forestier à laquelle ont adhéré syndicats, entreprises et groupes écologistes.

Quoique l'on pense des audiences de la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, des exercices de réflexion collective de cette sorte, bien que périlleux, sont indispensables. Il y avait un problème. Il fallait le poser. Personne ne peut nier avoir été forcé à réfléchir, ne serait-ce qu'en son for intérieur, aux relations qu'il entretient avec les nouveaux arrivants. Combien de discussions ont été provoquées entre parents, amis, collègues de travail, qui auront fait avancer notre réflexion personnelle sur des questions existentielles telles la laïcité, la religion et les droits et libertés. La réflexion souhaitée par les Québécois est loin d'être terminée. Ce n'est pas parce que la commission Bouchard-Taylor a clos ses travaux que tout a été dit. Beaucoup reste à être discuté. Le Québec ne retrouvera pas instantanément tous ses repères.

Que le ciel commence à s'éclaircir ne doit pas laisser croire aux politiciens que le temps est venu d'aller demander aux électeurs de faire le choix qu'ils n'ont pas voulu faire en mars dernier. L'ordre d'arrivée des partis pourrait certes être différent, mais la réponse serait sans doute la même.

Nous aurions un autre gouvernement minoritaire. Comment pourrait-il en être autrement puisque libéraux, adéquistes et péquistes n'ont pour le moment rien à proposer de bien différent de ce que les électeurs ont rejeté il y a neuf mois.

Le rideau tombera ce soir sur 2007. La nouvelle année ne chassera pas toutes nos incertitudes. Ce sont des années de transition que nous vivons. Raison de plus pour poursuivre la réflexion et travailler à créer des repères et des consensus durables. Nous avancerons plus sûrement.

bdescoteaux@ledevoir.com


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Le lundi 31 décembre 2007 11:00

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Le lundi 31 décembre 2007 09:00

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