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Quiconque a un peu suivi l’actualité politique au cours des dernières années est à même de constater que la démocratie est en panne au Québec. Les citoyens sont de moins en moins aux rendez-vous électoraux. La participation aux élections scolaires, municipales, provinciales et fédérales n’a jamais été aussi basse.
Le dernier grand rendez-vous démocratique qui a donné lieu à une participation massive des citoyens a été le référendum de 1995. Ce jour-là, le Québec n’est pas devenu un pays et les citoyens ont dû continuer à vivre avec des décisions de leurs élus qu’ils n’avaient pas plébiscitées. On a qu’à penser au déficit zéro, au départ à la retraite de nombreuses infirmières du réseau de la santé et aux fusions municipales.
Puis, avec un nouveau gouvernement, sont venues les défusions municipales, l’abolition des CRD, les tentatives de privatisations de biens et services de l’État et l’imposition de projets qui allaient à l’encontre de l’intérêt des citoyens comme les cas du Parc du Mont Orford, du Suroît, de Rabaska et de Gros-Cacouna. Les Québécois ont également assisté à de nombreuses situations remettant en question l’intégrité de leurs élus. Les affaires Cadman, Airbus, le scandale des commandites et le secret entourant les rémunérations supplémentaires du premier ministre et du chef de l’opposition officielle à Québec ne sont que la pointe de l’iceberg du mal qui gruge nos administrations publiques.
S’est ajouté à ce déficit démocratique, un déficit économique caractérisé par la dépossession des ressources québécoises au profit d’une petite élite. On a qu’à penser au saccage de la forêt boréale et à la vente de la Noranda, de Domtar et de Alcan à des intérêts étrangers sans que nous ayons pu faire quoi que ce soit, sauf assister à l’apparente impuissance de nos élus et à sa justification par les médias.
Nos élus locaux, municipaux, provinciaux et fédéraux nous ont fait la démonstration qu’ils n’avaient pas les pouvoirs nécessaires pour vraiment représenter leurs concitoyens au sujet de questions qui les touchaient, les lobbys économiques ayant une plus grande influence que leurs votes auprès des différents gouvernements.
Devant cet état de fait, les citoyens réalisent de plus en plus qu’ils ont de moins en moins de contrôle sur leurs univers politiques et économiques. Le mot démocratie n’a plus aucune signification tant les élus sont soumis à d’autres impératifs que ceux de bien servir leurs électeurs.
Pour que les citoyens reprennent confiance en la démocratie, il faut qu’elle ait un sens à leurs yeux ; il faut qu’ils puissent en voir les résultats dans leur vie quotidienne ; il faut qu’ils acquièrent le pouvoir de décider de ce qui est bon pour eux. Or, actuellement au Québec, tout se décide dans les bureaux des premiers ministres du Canada et du Québec sous l’influence d’importants lobbys. Même si tous les indépendantistes s’accordent pour dire que le palier fédéral doit disparaître, malheureusement, ce rêve ne s’accomplira pas si les électeurs n’ont pas la conviction que cela aura pour conséquence de leur donner plus de pouvoirs dans leurs écoles, leurs quartiers, leurs villes et leurs régions.
À cause des effets positifs de la Révolution tranquille, les Québécois n’ont jamais été aussi nombreux à avoir l’instruction et les compétences requises pour gérer leurs propres affaires. Au fil des années, en plus du savoir-faire, ils ont acquis la conviction qu’ils n’avaient plus besoin de remettre la gestion des détails de leur vie quotidienne à un État central omnipotent. Si les Québécois ne veulent pas d’un Canada centralisé, ils ne veulent pas non plus d’un Québec centralisateur.
L’exemple des fusions et des défusions municipales a démontré aux citoyens comment le gouvernement et sa fonction publique pouvaient être incompétents lorsqu’il s’agissait de gérer les affaires municipales. L’abolition des conseils régionaux de développement et leur remplacement par les conférences régionales des élus sont la meilleure preuve de l’incompréhension de la part de nos gouvernements que la démocratie doit avant tout s’appuyer sur la participation des citoyens des régions aux décisions et non sur l’influence de quelques élus qui siègent aux CRE sans réels pouvoirs.
Le jour où les Québécois auront la conviction que l’indépendance du Québec leur apportera plus de pouvoir dans leur vie quotidienne parce que leurs élus auront les pouvoirs politiques et économiques de réaliser des projets d’intérêts publics pour lesquels ils ont été plébiscités dans leurs villes et leurs régions, ce jour-là, il y aura certainement au Québec plus de personnes désireuses de se donner un pays où ils pourront vivre quotidiennement les effets de l’indépendance, loin des tracasseries administratives des fonctionnaires provinciaux et de leurs solutions mur à mur qui étouffent les citoyens du Québec.
Le jour où les Québécois auront goûté aux fruits du pouvoir, nul doute qu’ils voudront se donner un pays où ils pourront être maîtres chez eux. Et pour leur donner ce goût du pouvoir, il faut d’abord leur donner la possibilité de vraiment l’exercer dans leurs collectivités. Dans cette perspective, on ne peut plus parler d’indépendance du Québec sans aussi parler de démarche citoyenne préalable. Pour cette raison, le débat qui doit précéder l’accession à l’indépendance doit porter avant tout sur le pays que nous voulons habiter au quotidien, pas sur les pouvoirs qui doivent être transférés des fonctionnaires d’Ottawa à ceux de Québec.
À part quelques mandarins assoiffés de pouvoir, il n’y a plus personne au Québec qui veut d’un état centralisé parce que cela ne fonctionne tout simplement plus, la preuve ayant été faite à plusieurs occasions. Il faut proposer aux Québécois quelque chose d’autre, un projet de pays auquel ils auront participé, où le résultat leur accordera sans aucun doute plus de pouvoir au quotidien. C’est cette démonstration qui doit être faite au Québécois, en les invitant à participer à un processus qui conduira inexorablement à une véritable indépendance dans tous les sens du mot. Je ne connais personne au Québec qui veut donner plus de pouvoir aux fonctionnaires de Québec, c’est d’ailleurs un des principaux obstacles au projet de pays.
La démarche des États généraux du Québec des régions que nous propose la Coalition pour un Québec des régions est un pas dans la bonne direction qui vise justement à donner aux citoyens une emprise sur le pouvoir politique et les décisions économiques là où le pays se construit chaque jour : dans nos écoles, nos quartiers, nos villes et nos régions. Nul doute que cet exercice encouragera les citoyens du Québec de se donner tous les pouvoirs nécessaires pour construire ce pays.
Louis Lapointe
Brossard
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —
Bonjour M. Lapointe ! Je vous écris ici parce que je suis incapable de vous répondre à votre dernier article sur les autochtones.
Que pensez-vous de ces deux citations de Trudeau peu de temps avant de rendre l’âme en 2000 ? N’invite-t-il pas les Québécois justement à s’associer aux Autochtones pour un nouveau Pays (comme vous le souhaitez) ?
Sébastien Harvey
sebastien_harvey1@hotmail.com
« Je ne doute nullement qu’ils « Les Québécois) seraient capables de faire du Québec un pays indépendant respectable. »
Pierre Elliott Trudeau, La Presse, 17 février 1996 ; tiré de Le vrai visage de Pierre Elliott Trudeau, François Xavier Simard, 2006, p.318
« Dans son dernier livre, en 1998, Trudeau écrit : « Le Québec n’est pas une nation. C’est une entité multinationale. »
Le vrai visage de Pierre Elliott Trudeau, François Xavier Simard, 2006, p.313

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