Jean Charest a finalement nommé autant de femmes ministres que d’hommes, même s’il y a deux fois moins de femmes députées. On ne lui connaissait pas cette sensibilité pour la condition féminine.
À ma connaissance, Lysiane Gagnon a été la seule à exprimer son désaccord. Mais c’est une femme, et elle n’a jamais eu peur de personne. Chez ceux qui pensent que ce n’est peut-être pas l’idée du siècle, l’autocensure roule à plein régime.
Lysiane Gagnon fait valoir deux arguments.
Le premier est qu’il faut faire de la compétence le premier critère de sélection. Plusieurs des femmes nommées ministres, dit-elle, ne l’auraient jamais été si elles avaient été de l’autre sexe, ce qui crève les yeux.
La chose est d’autant plus ironique, ajoute-t-elle, que les meilleurs ministres du gouvernement Charest sont déjà des femmes, et qu’elles doivent leur poste à leur compétence plus qu’à tout autre critère.
La faiblesse de cet argument est que des hommes sont aussi nommés ministres uniquement parce qu’ils ont été élus dans une région qui veut absolument « son » ministre. Les anglophones veulent « leur » représentant, les minorités ethniques également. Il faut aussi récompenser les bons soldats, ou plaire à telle faction du parti.
Bref, la composition du conseil des ministres est un cocktail de plusieurs critères dont la compétence est loin d’être le principal. La politique est aussi une affaire de symboles. C’est peut-être dommage, mais c’est comme ça.
SYMBOLISME CREUX ?
Son autre argument est plus fort. C’est celui de dire que les ministres sont généralement issus des milieux aisés et éduqués. Les femmes de ces milieux ont-elles besoin de cette condescendance paternaliste héritée des années quatre-vingt, à une époque où la majorité des diplômés universitaires sont des femmes ?
Ce sont celles au bas de l’échelle, dit-elle, qui ont besoin d’aide réelle et non de symbolisme creux : celles qui ne rouleront jamais dans une limousine de ministre.
Ambivalent, j’ai demandé à ma femme ce qu’elle en pensait. Réponse : la même affaire que Madame Gagnon. Le mot qu’elle a spontanément utilisé fut « mascarade ». Mais ma femme n’a jamais demandé de cadeau, ni attendu de faveurs de personne.
AUCUN COMPLEXE
J’ai poursuivi ma petite enquête. À HEC Montréal, j’enseigne à des étudiants qui font leur baccalauréat en français, en anglais et en espagnol. Ce sont nos groupes d’élite, mais il ne faut pas le leur dire. Dans mes trois dernières classes, j’avais, au total, 94 filles sur 149 étudiants.
Et si je prends les dix meilleurs étudiants, huit sont des filles. Aucun complexe d’infériorité chez elles, ni désir d’un traitement préférentiel. Elles ont vingt ans, et le monde à conquérir.
Mon impression est que cette parité symbolique est surtout bien reçue chez une certaine génération de femmes, et même encore, comme l’illustre la réaction de Madame Gagnon. Les temps changent, et vite. Et quand ce symbolisme attache littéralement les mains de vos successeurs, on a au moins le droit de se poser des questions, non ?
Le vrai progrès ne serait-il pas qu’autant de femmes que d’hommes soient candidates aux élections et se fassent élire députées ? La parité chez les ministres ne serait alors que normale.
Source
http://www.canoe.com/infos/chroniques/josephfacal/archives/2008/12/20081224- (...)


