Un mandat clair

Le « rattrapage idéologique » auquel se livrent actuellement les péquistes devra s’accompagner de gestes concrets pour persuader davantage.

Chronique de Patrice Boileau
mercredi 27 mai 2009
539 visites 5 messages

Je me permets d’abord quelques lignes pour m’excuser de n’avoir pu livrer ma chronique hebdomadaire la semaine dernière. Un voyage à New York et l’acquisition d’un nouvel équipement informatique expliquent ce silence.

À mon retour de la Grosse Pomme, j’ai constaté que Vigile était de nouveau l’hôte d’un débat au sujet de la stratégie indépendantiste du Parti québécois. D’un côté se retrouvent ceux qui lui font encore confiance et de l’autre, ceux qui déplorent son caractère attentiste.

L’argumentaire déployé par les deux groupes qui s’opposent est lui aussi archi connu. Ceux qui sont souvent associés au groupe des « mous », condamnent « l’impatience » de leur compatriote en prétextant qu’elle encourage ainsi la division et l’affaiblissement des appuis accordés au PQ. À leur côté se trouvent des fédéralistes qui s’empressent de qualifier les contestataires péquistes de « purs et durs. » Le débat est alors rapidement évacué par les médias. Ainsi sont censurés ceux qui voudraient dénouer l’impasse dans laquelle piétine le camp souverainiste depuis le vol référendaire de 1995. Ne leur restent alors que des tribunes spécialisées pour discuter, comme celle que vous lisez présentement, un endroit peu connu du large public.

L’idée d’éliminer la stratégie étapiste est l’alternative la plus souvent évoquée, pour secouer l’immobilisme politique dans lequel s’enlise le Parti québécois, depuis qu’il séjourne dans l’opposition. Le congrès de juin 2005 auquel j’ai participé est venu bien près de crever l’abcès. Malheureusement, les dirigeants péquistes n’ont pas osé à ce moment défier l’ordre établi par les médias fédéralistes. Ainsi fut adoptée une plate-forme électorale intenable ; soit l’obligation de tenir un référendum « le plus tôt possible durant le prochain mandat. »

Il avait pourtant été dit clairement par des militants, lors de la « Saison des idées », qu’un grand nombre de souverainistes craignaient la tenue d’une ultime consultation populaire puisque sans lendemain. Comment alors promettre d’en organiser une si « l’assurance morale » de la gagner n’est pas au rendez-vous ? Voilà probablement pourquoi Bernard Landry, alors chef du PQ, a préféré rendre son tablier, plutôt que d’avoir à affronter les électeurs avec un engagement aussi suicidaire. On connaît la suite : ses successeurs ont décidé de mettre de côté l’article 1 du parti, plutôt que d’amorcer la réforme tant souhaitée. Mal leur en pris car le Parti québécois, émasculé de sa raison d’être, n’a pu s’emparer du pouvoir face à un adversaire libéral pourtant médiocre, même s’il ne s’est engagé qu’à former un bon gouvernement provincial. Pire : il a été relégué au rang de seconde opposition ! Le résultat du scrutin de décembre 2008 n’est guère plus reluisant. Face à un gouvernement usé, corrompu et dépassé par la tourmente économique, le Parti québécois n’a pas réussi à convaincre les indépendantistes de sortir voter.

Manifestement, l’idée de renoncer à son devoir historique n’a pas servi le PQ. Présentement confinée aux banquettes de l’Opposition officielle à Québec, la formation souverainiste teinte de nouveau son discours de couleurs indépendantistes. Sceptiques, les Québécois qui l’ont appuyé longtemps, restent sur leur faim. Trop souvent ont leur a fait croire qu’ils étaient écoutés alors que c’est plutôt leurs poches qui intéressaient, et celles qu’ils devaient solliciter. Le « rattrapage idéologique » auquel se livrent actuellement les péquistes devra s’accompagner de gestes concrets pour persuader davantage.

C’est assurément ce que laisse croire le dernier sondage effectué par la firme Léger marketing, dont les résultats ont été publiés lundi dernier dans Le Devoir. Le chroniqueur de ce quotidien, Michel David, analyse correctement cette enquête. Si le PQ ne profite pas présentement des déboires du gouvernement Charest —lui qui est nez à nez avec le PLQ avec 40% des intentions de vote— où en sera-t-il lorsque l’économie aura repris du mieux ?

On reproche souvent « aux souverainistes pressés » de brusquer les Québécois qui le sont moins. « On ne tire pas sur une plante afin qu’elle pousse plus vite », qu’on leur répond. L’adage est également servi aux ténors péquistes, lorsqu’ils donnent trop l’impression d’être au diapason avec leur base militante. Voilà pourtant un autre piège que tendent trop souvent ceux qui ont la main mise sur les moyens de diffusion au Québec. Le dicton cherche en réalité à museler. Et s’il n’y parvient pas, il y a toujours l’éternel épouvantail référendaire.

Le Parti québécois ne peut retourner devant les électeurs en ne sachant pas ce qu’il veut. Encore moins s’il promet d’être fédéraliste, surtout qu’il veut maintenant revenir à une attitude plus souverainiste. Pareille tergiversation nuit à sa crédibilité. Le PQ doit avoir le courage de ses convictions, celles qui ont mené à sa naissance en 1968. C’est au peuple qu’il doit s’en remettre. C’est à lui de décider quel est le type de mandat qui conduira sa gouverne, s’il s’empare du pouvoir.

Le PQ doit dédramatiser la démarche démocratique qui mènera le Québec à son indépendance. Le projet de pays doit demeurer accessible et surtout ne pas risquer de disparaître irrémédiablement, la prochaine fois qu’il sera soumis aux Québécois par référendum. D’où la nécessité de recourir à la voie élective, en insistant cependant sur l’exigence d’obtenir la majorité absolue des suffrages exprimés avant d’aller de l’avant. On ne peut faire fi de la reconnaissance internationale : une victoire souverainiste qui ne rallie pas 50% + 1 des Québécois sera désavouée. Aux souverainistes de trouver légitimement une façon d’atteindre ce pourcentage fatidique.

Le temps presse. Les indépendantistes ont besoin d’une voix forte à l’Assemblée nationale pour les appuyer. Il faut saluer à ce sujet les instigateurs de la « Grande marche pour l’indépendance » qui s’est tenue dimanche dernier, dans plusieurs villes du Québec. Sans moyens importants, ces souverainistes ont réussi à attirer l’attention des médias. La Fête nationale qui approche doit aussi constituer une démonstration indépendantiste musclée. La soif du pays doit faire du bruit pour convaincre. Les rendez-vous électoraux doivent en conséquence devenir des conjonctures qui rappellent aux gens que l’indépendance est possible et qu’ils peuvent lui donner vie par leur vote. Reste à savoir si le Parti québécois aura le courage d’affronter les médias fédéralistes, en décidant de clarifier ses intentions politiques.

Patrice Boileau

Commentaires

  • O, 30 mai 2009 21h49

    M. Michel,

    Attention quand même au piège du rusé Gescaïen Denis Lessard, comme nous prévient ici Robert Barberis-Gervais : C’est le même renard qui avait sorti en pleine campagne électorale que ses adjoints mêmes trouvaient Mme Marois snob... On a vu les dégâts que cette beurrée a causés !

    Méfions-nous quand même de nos propres impulsions. Comme le suggère Robert, pourquoi ne pas attendre le 15 juin pour apprendre la nouvelle du cheval lui-même ?...

  • MichelG, 30 mai 2009 13h06

    Si les affirmations de la grosse Presse sont vrais Pauline Marois nous prépare un rapatriement provincialiste donc à nous faire perdre notre temps au lieu de consacrer toutes ses énergies à l’indépendance donc à tout rapatrier tous nos pouvoirs nationaux .

  • renaud Guénette, 27 mai 2009 23h50

    M. Boileau.

    Vous avez parfaitement raison de vous questionner sur les avenues que le Parti Québécois devrait prendre. Monsieur Christian Montmarquette m’écrivait sur un précédent billet que Québec-Solidaire avait essayé de former une coalition avec le Parti Québécois. Même son de cloche du coté du Parti Indépendantiste.

    Si le Parti Québécois acceptait que la base la plus militante des souverainistes se joignent à eux, il n’y aurait pas tous ces questionnements.

    Le Parti Québécois oublie souvent qu’il fût formé par une alliance de tous les groupes indépendantistes.

  • O, 27 mai 2009 19h53

  • O, 27 mai 2009 18h56

    Autre sondage Jean-Marc Léger, publié aujourd’hui, intitulé Les Québécois se dévoilent, qui devrait inspirer le Parti Québécois :

    "...Soixante pour cent des Québécois estiment que l’on devrait interdire le port de tout signe religieux dans la fonction et les services publics alors que 36% sont en désaccord et 4% n’ont pas d’opinion.

    Cette perception est identique partout au Québec, que l’on soit jeune ou vieux, riche ou pauvre ou que l’on vive à Montréal ou dans les régions. Seuls les non-francophones ne partagent pas cet avis, car 47% sont pour l’interdiction et 47% sont contre l’interdiction.

    Est-ce donc possible au Québec de dire les choses franchement, directement, calmement et respectueusement ? Et ensuite poser les gestes qui s’imposent pour remédier à une situation déplaisante."

    http://www.canoe.qc.ca/infos/chroniques/jeanmarcleger/archives/2009/05/20090527-104800.html

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