Jean Charest et son ministre de la police, l’arrogant Jacques Dupuis, prétendent que des enquêtes policières sont le meilleur moyen pour attraper ceux qui enfreignent la loi.
Il s’agit ici de collusion entre des entrepreneurs en construction pour contrôler les appels d’offres pour obtenir des contrats. Il s’agit de bureaux d’ingénieurs ou de gros contracteurs qui se servent de prête-noms pour contourner la loi du financement des partis politiques municipaux ou provinciaux en remboursant les contributions individuelles de leurs employés. Il s’agit d’enveloppes brunes qui circulent pour mettre de l’huile dans ce système qui en vient à coûter de 20 à 35% plus cher pour des travaux de construction ou d’infrastructures. Il semble que seul le Ministère des transports échappe au système s’il faut en croire la diminutive ministre Julie Boulet. Mais même les ingénieurs du gouvernement demandent une enquête publique pour décrire le système de collusion, de prête-noms, d’intimidation qui prévaut autour des appels d’offres et des contrats donnés par les gouvernements. Une enquête publique décrirait le système et présenterait des recommandations pour le changer.
C’est ce qu’a fait la commission Gomery sur le scandale des commandites. Elle a réussi à décrire le système encouragé par Jean Chrétien et Jean Pelletier, son chef de cabinet. Ce système a établi une courroie de transmission entre le Parti libéral du Canada et les firmes de publicité qui ont surfacturé sans vergogne pour leurs “services” de publicité pour faire de la propagande en faveur du “plus meilleur pays du monde”. On a appris que les deux susnommés ont admis ouvertement qu’ils appliquaient la morale de la fin justifie les moyens avant le référendum de 1995, pendant le référendum de 1995 et après le référendum de 1995. Ce qui devrait servir de leçon aux indépendantistes.
La Commission Gomery a bien décrit ce système qui a déshonoré les fédéralistes. Mais, en même temps, des enquêtes policières ont suivi leurs cours. Des documents obtenus par La Presse en vertu de la loi d’accès à l’information nous apprennent que la Gendarmerie royale du Canada a dépensé près de 12.5 millions jusqu’ici pour enquêter sur ce scandale politico-financier dans le cadre de son projet Carnegie depuis 2002. Ce qui est intéressant dans l’article de Jean-Noël Bellavance, c’est sa remarque selon laquelle “la GRC tarde à déposer des accusations contre d’autres acteurs du scandale des commandites, sept ans après l’éclatement de ce scandale” . Comme le dit le sergent Bessette, ”il faut produire la preuve la plus complète possible et prouver qu’il y avait eu une intention criminelle de commettre des gestes répréhensibles.”
Je quitte Jean-Noël Bellavance pour donner un exemple d’acteur du scandale des commandites à propos duquel une enquête si complexe et si ardue exige tant de rigueur et tant d’expertise qu’après sept ans, il a échappé au filet des enquêteurs. Tout le monde se souvient de Jacques Corriveau, qui repoussait violemment le micro des journalistes et qui avait de grosses pertes de mémoire en plus d’avoir fait disparaître des documents compromettants. Même s’il jouait du piano avec Aline Chrétien, l’ancien maire de Québec et chef de cabinet Jean Pelletier a essayé de nous faire croire que son pif lui avait permis de détecter le danger. Jacques Corriveau est de toute évidence un gros poisson dans l’aquarium du scandale des commandites : il était au coeur du système. Tout le monde l’a vu et tout le monde le sait. Pourtant la GRC n’arrive pas à porter des accusations contre lui, Après sept ans. Ce qui prouve les limites des enquêtes policières qui sont l’échappatoire dont se sert Jean Charest pour faire semblant de vouloir apporter des solutions au scandale de la collusion dans le domaine de la construction en lien avec le financement des partis politiques.
Comme pour la Commission Gomery, seule une commission d’enquête ayant un mandat large pourrait décrire le système qui corrompt et qui coûte cher aux contribuables. Seule une commission d’enquête pourrait suggérer des solutions concrètes et efficaces. En n’agissant pas, Jean Charest fait la preuve qu’il est complice du système et qu’il en bénéficie. C’est ce qu’on appelle un conflit d’intérêts.
Cet homme n’agit pas dans l’intérêt du Québec. Comme sur les accommodements raisonnables, comme sur le contrôle de la Caisse de dépôt, comme sur la francisation des immigrants, comme sur les finances publiques, tout ce qu’il trouve à faire c’est de donner des réponses niaiseuses aux questions sérieuses de l’opposition pendant que la basse-cour libérale applaudit. Mais avec la multiplication des révélations comme celles de La Presse d’aujourd’hui qui rapporte le témoignage d’un entrepreneur en construction victime de la collusion qui sévit autour des appels d’offres à Montréal, Jean Charest n’aura plus le choix. Il faudra qu’il accepte une enquête publique et ouverte sur le domaine de la construction.
Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark même si Gagliano s’est recyclé dans la vigne.
Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 29 octobre 2009

