« Tant que l’indépendance n’est pas faite, elle est à faire. Et je me suis laissé dire en haut lieu que nous n’étions pas prêts. […] j’ai des petites nouvelles: tant qu’un peuple n’est pas indépendant, il n’est pas prêt.  » Gaston Miron

Un grand cri du peuple

Une manifestation d’une ampleur sans précédent pour la Journée de la Terre

lundi 23 avril 2012


Mélissa Guillemette - Des dizaines de milliers de personnes - de 250 000 à 300 000 selon les organisateurs - ont répondu présent à l’appel du 42e Jour de la Terre, hier, à Montréal. Gaz de schiste, sables bitumineux, Plan Nord, protection des écosystèmes, protocole de Kyoto et même l’éducation : toutes les raisons étaient bonnes pour participer au grand arbre humain formé au parc Jeanne-Mance.

Ce rassemblement « pour le bien commun » aura été assurément le plus grand pour la cause environnementale au Québec et peut-être même le plus grand pour toutes les causes confondues, du moins selon le cofondateur d’Équiterre, Steven Guilbeault.

Dès le début de l’après-midi, la Place des Arts et la place des Festivals débordaient déjà. Malgré l’aspect revendicateur de l’événement et la grogne à l’origine de la manifestation, l’ambiance était des plus festives. Jusqu’à la fin, le rassemblement aura été pacifique. « Le Québec au complet bouillonne, a commenté le président de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, André Bélisle, l’un des instigateurs de l’événement. Et les gens réalisent qu’il faut défendre nos droits, défendre la démocratie. »

Au son des clochers d’église de 14 heures, le créateur de L’homme qui plantait des arbres, Frédéric Back, surnommé par le poète Fred Pellerin « le jeune indigné », a planté un chêne au parc où la foule allait plus tard se rendre. Le cortège s’est au même moment ébranlé rue De Bleury, en direction du mont Royal. Gilles Vigneault, à l’avant du cortège, était ému de voir une si grande foule. « Ça donne de l’espoir… », nous a dit le poète.

De nombreuses affiches récoltaient des sourires, comme « L’argent, l’argent… ce n’est pas une raison pour me faire mal ! » et « Désolé pour le dérangement, on essaie de changer le monde ». Des bannières ont été déroulées sur des immeubles.

La foule n’avait rien d’homogène. Venus du « fin fond de la Beauce » à bord d’un autobus, 56 membres de la Coalition citoyenne gaz de schiste Beauce-Etchemins portaient leurs pancartes bien hautes. « Nous, il y a 37 municipalités qui ont été “claimées” par les compagnies gazières, a raconté une Beauceronne, Danielle Fay. On a déjà sensibilisé une vingtaine des municipalités et on continue pour bloquer ça. Ce qui nous inquiète, c’est beaucoup la question de la contamination de l’eau. » Comme des dizaines de comités contre les gaz de schiste qui se sont joints à l’événement, les affiches rouge et jaune en témoignant un peu partout dans la foule.

Marguerite Tremblay, une citoyenne de Montréal, en avait plutôt contre les décisions du gouvernement Harper dans les dossiers environnementaux. « C’est à ne pas comprendre qu’on puisse élire un gouvernement comme ça. Fallait qu’il y ait autant de gens aujourd’hui ; chaque personne compte. » De l’autre côté de sa pancarte qui interpelle Ottawa, elle s’adressait toutefois à Québec. « Ça, c’est une autre histoire, le Plan Nord… » Mélanie Labelle, une bénévole, était là pour demander une plus grande justice dans la gestion des ressources naturelles partout dans le monde. « Il ne devrait pas y avoir de division au sujet de l’eau, des minerais… Il faut que les conflits cessent à travers le monde. »

Arbre mouvant et spectacle

Si la protection de l’environnement était au coeur de toutes les revendications, un autre fil conducteur était perceptible : le carré rouge, symbole de la contestation étudiante de la hausse des droits de scolarité. Un enseignant au cégep interrogé à mi-parcours, alors qu’il faisait un « pool » pour deviner si plus de personnes s’étaient déplacées hier que lors de la marche étudiante du 22 mars, s’est dit présent pour dénoncer l’ensemble de l’oeuvre du gouvernement libéral. « Il y a plusieurs enjeux qui se mélangent : l’environnement, les étudiants…, a expliqué Pascal Deschênes. Je suis là pour l’attitude générale du gouvernement, pour sa façon de gérer le Québec. »

Au parc Jeanne-Mance, 800 bénévoles ont aidé la foule à recréer une immense main. « Par ici, pour faire l’annuaire ! Le majeur, c’est ici et c’est le meilleur doigt aujourd’hui ! », criaient des bénévoles, en riant. La main mouvante s’est transformée en arbre ensuite. À ce moment, le réalisateur Dominic Champagne, qui était à l’avant-plan de l’organisation du rassemblement, regardait la vue du haut d’une tour à côté. « J’ai vu la plus belle marée de fraternité de ma vie ! », a-t-il dit une fois que le spectacle en plein air a commencé, invitant les manifestants à poursuivre leur combat pour « mettre de la pression sur les gouvernements pour imposer le respect qui nous est dû ».

Discours et prestations musicales se sont succédé. « M. Harper, nous sommes 250 000, a dit le directeur général de la Fondation David-Suzuki, Karel Mayrand, sur scène. Nous entendez-vous ? L’avenir de nos enfants ne passe pas dans un pipeline. » Greenpeace en a plutôt profité pour demander un gel complet du Plan Nord, du moins jusqu’à ce qu’on « protège adéquatement les écosystèmes vierges du Québec », « qu’un système de redevances soit à la hauteur de nos ambitions » et que l’on « respecte les droits des Premières Nations », a dit Nicolas Mainville, de Greenpeace.

Plusieurs artistes ont présenté un morceau, dont le groupe Mes Aïeux, Pierre Lapointe, Ariane Moffatt, Damien Robitaille, Beast, Les Hommes rapaillés, Lisa LeBlanc et Diane Dufresne. La foule a quitté peu à peu le parc.

Les organisateurs du rassemblement ont indiqué hier que 52 000 personnes ont signé à ce jour la Déclaration du 22 avril, écrite pour l’occasion. Les signataires demandent à Ottawa de participer « pleinement » au protocole de Kyoto et à la lutte contre les changements climatiques. De plus, ils invitent le gouvernement du Québec à se doter « d’une véritable stratégie, pour le Nord et l’ensemble du territoire, où le développement de nos ressources naturelles et énergétiques respecte nos exigences les plus hautes en matière de partage de la richesse, de respect de l’environnement et des populations ».


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