« un bon courtisan est tellement absorbé dans l’idée de son devoir, qu’il s’enorgueillit souvent de faire des choses auxquelles un honnête laquais ne voudrait jamais se prêter.  »

Un fédéraliste à la Caisse de dépôt : problème ou pas ?

Ce n’est pas la première gaffe de Jean Charest, ni sans doute la dernière, mais celle-ci donne la mesure de son attachement réel pour le Québec.

vendredi 10 avril 2009

Le 6 avril dernier, Le Devoir publiait un texte de Richard Vigneault, ex-conseiller des premiers ministres Daniel Johnson et Jean Charest. M. Vigneault y attaquait violemment le député péquiste Bernard Drainville qui avait critiqué dans ces mêmes pages la nomination de Michael Sabia à la tête de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Il accusait Bernard Drainville de pratiquer le « nationalisme le plus frileux et le plus étriqué ». « D’où vient cette idée, s’indignait l’ex-conseiller, qu’un fédéraliste ne puisse rien accomplir de bon pour le Québec ? »

En effet, Jean Lesage, qui était fédéraliste, a rendu d’immenses services aux Québécois. Maurice Duplessis également, malgré ses nombreuses tares. Et, dans une certaine mesure, presque tous les premiers ministres libéraux ou unionistes qui se sont succédé à Québec. Après tout, gouverner, c’est aussi construire. Mais, dans le cas présent, il s’agit de tout autre chose. Un peu d’histoire nous aidera à comprendre.

La Caisse de dépôt fut créée par le gouvernement Lesage sous l’inspiration de Jacques Parizeau, alors haut fonctionnaire à Québec. Un de ses buts, comme chacun sait, était d’utiliser la masse des fonds de pension provenant des citoyens pour stimuler l’économie du Québec.

Dès l’annonce du projet, les réactions des milieux politiques fédéraux et du monde des affaires anglo-canadien se montrèrent hostiles. Voici ce que pensait de la future caisse en 1963 la ministre Judy LaMarsh, ministre à Ottawa dans le cabinet Pearson : « La puissance d’un gouvernement [celui de Québec] possédant autant d’argent serait effarante. En contrôlant les capitaux d’investissement, il serait en position de dominer les affaires. On risquerait de déboucher sur une sorte de national-socialisme, tel qu’il s’exerçait dans l’Allemagne nazie. » (Cité par Pierre Duchesne dans Jacques Parizeau - Le Croisé, tome I, p. 283, Québec Amérique, Montréal, 2001.) On a déjà vu des réactions plus chaleureuses.

Le syndicat financier, dont dépendait le gouvernement québécois pour ses emprunts, s’opposa également à la création de cette caisse publique de retraite, qui diminuait son emprise sur nos politiciens. Les compagnies d’assurance, comme la Canadian Life Insurance, attaquèrent le projet, qui allait les priver de juteux revenus (au profit des retraités québécois).

M. Vigneault ignore-t-il ces faits ? Peut-être les a-t-il oubliés ? Peut-être fait-il semblant de les avoir oubliés ?

Malgré tous les obstacles, la Caisse de dépôt vit le jour. On connaît son action bienfaisante sur l’économie québécoise.

En nommant Michael Sabia à la tête de la Caisse de dépôt, Jean Charest a choisi un homme qui a oeuvré dans le monde politique fédéral et appartient en même temps à l’élite financière anglophone. Les adversaires de la création de la Caisse, quoi ! En effet, Michael Sabia, en plus d’être le financier-vedette que l’on connaît, a fait partie du Conseil de l’unité canadienne et du puissant Conseil privé, le ministère, en quelque sorte, du premier ministre du Canada.

À en juger par ses commentaires récents, Michael Sabia semble se ficher comme de sa première culotte de l’action stimulatrice de la Caisse de dépôt sur l’économie québécoise. Chômeurs, réjouissez-vous ! En somme, la garde des moutons a été confiée à un loup. On a jeté sur lui une belle couverture de laine blanche. Mais le museau dépasse.

Ce n’est pas la première gaffe de Jean Charest, ni sans doute la dernière, mais celle-ci donne la mesure de son attachement réel pour le Québec.

On m’objectera qu’une partie des faits que je rapporte remonte à plus de 40 ans et appartient à la vieille histoire. Mais je ne crois pas que les relations du Québec avec la classe politique fédérale et la haute finance anglophone aient changé à ce point. Dans un pays, les rapports de force et les oppositions d’intérêts sont profonds, car structurels, et ils évoluent avec une lenteur géologique. Jean Charest lui-même ne cesse d’en faire l’expérience.

Au fil des ans, le Québec a perdu le contrôle de Provigo, d’Alcan, de Bell, etc. Michael Sabia va-t-il faire sombrer la Caisse de dépôt dans le morcellement et l’insignifiance ? Déstructurer l’économie du Québec, c’est le rendre encore plus dépendant du Canada, et donc renforcer la sacro-sainte unité canadienne. Michael Sabia doit partir.

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Yves Beauchemin, Écrivain


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CDPQ - Où va Michael Sabia ?

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